Bah Oury II : exécutif allégé, une femme aux Finances…et 10 % de femmes en moins qu’à l’ère Kassory II

Un exécutif resserré et une rationalisation déjà fragilisée. Le gouvernement Bah Oury II est désormais complet. Il se distingue par sa structuration : un exécutif légèrement allégé, avec un nombre réduit de portefeuilles ministériels ; une bouffée d’oxygène bienvenue pour les finances publiques.

Étonnamment, cet aspect n’a pas été suffisamment mis en avant dans les articles particulièrement élogieux consacrés à la « pertinence » de la nouvelle architecture gouvernementale. Car, en réalité, cette configuration n’a rien de révolutionnaire : elle se contente surtout d’éviter l’éclatement excessif des missions, un travers que j’ai personnellement eu à reprocher aux précédents gouvernements dans un article intitulé : « Gouvernement XXL, budget en péril :  vers une instrumentalisation des échéances électorales ? ».

Il faudra toutefois observer cet allégement avec vigilance dans les jours à venir. Déjà, certains appendices ministériels commencent à émerger, à l’image du poste de ministre chef de cabinet à la Primature, qui interroge sur la cohérence et la durabilité de cette volonté affichée de rationalisation. Sans oublier que la Présidence, elle, se renforce au gré des recasages de recalés et d’anciens ministres, ce qui nuance fortement l’idée d’un exécutif véritablement allégé.

La Justice en pole position : une ambition institutionnelle à éprouver

Après sa configuration allégée, le gouvernement Bah Oury II se distingue également par le positionnement protocolaire accordé au ministère des Garde des Sceaux et de la Justice. Ce choix n’est pas anodin : il semble s’inscrire dans la continuité de la déclaration du nouveau chef de l’État, alors président de la transition, qui affirmait que « la justice sera la boussole… » une formule reprise par le nouveau ministre lors de sa passation de fonction. Reste à espérer que cette promesse trouvera enfin une traduction concrète dans cette nouvelle République. Car les attentes sont immenses.

Le nouveau ministre de la Justice est désormais attendu au tournant, notamment sur des dossiers sensibles comme l’accélération des enquêtes liées à la disparition de leaders d’opinion, un sujet qui continue de hanter l’espace public et d’alimenter les inquiétudes citoyennes.

Une femme aux Finances : un symbole politique, mais une avancée qui recule de 10 % par rapport à l’ère Kassory II

Ce gouvernement se distingue aussi par la nomination à la tête du ministère des Finances d’une femme disposant d’un pouvoir élargi sur le budget. Là encore, rien d’inédit : beaucoup se souviennent de Madame KABA Malado, première femme à diriger ce ministère. Mais le choix politique mérite d’être salué, car il s’inscrit dans la droite ligne de la promesse du chef de l’État : « Ce mandat est pour les femmes…»

Cependant, derrière cette formule présidentielle et l’efficacité affichée, une réalité demeure : malgré un exécutif resserré, la représentation féminine reste minimale. Le « plafond de verre » continue de peser sur la scène politique guinéenne.

La place protocolaire accordée au ministère de la Femme, de la Famille et de la Solidarité illustre d’ailleurs ce décalage. Son positionnement institutionnel, loin d’être anodin, envoie un signal ambigu quant à la volonté réelle de faire des femmes un pilier du septennat.

L’appréciation quantitative de la présence féminine dans ce gouvernement a certainement refroidi l’optimisme de nombreux observateurs. Elle contredit aussi les affirmations de certains soutiens du pouvoir, à l’image de Joachim Baba Millimouno, qui écrivait sans détour : « Ces nominations donnent corps à l’engagement présidentiel de dédier ce septennat aux femmes et aux jeunes, en leur offrant une place centrale dans la construction de la Guinée de demain. Elles marquent, en d’autres termes, une rupture qualitative avec les régimes précédents. » Une déclaration difficile à concilier avec la réalité des chiffres et la persistance d’un déséquilibre structurel.

Il a été montré précédemment qu’il n’y a rien d’inédit dans ce symbole politique, et que nous sommes loin de la « rupture » évoquée dans le passage cité plus haut. En effet, le gouvernement Bah Oury II compte 6 femmes sur 29 membres, soit environ 21 %, un niveau déjà inférieur aux 30 % de représentantes au sein de l’actuel CNT. Les lecteurs apprécieront l’« exploit » gouvernemental.

Plus encore, comme le gouvernement Bah Oury I, celui-ci reste 10 % en dessous de la représentation féminine observée avant le coup d’État, sous Kassory II. Un simple rappel qui montre que M. Millimouno semble jouer avec la réalité plus qu’il ne la décrit.

Un exécutif éphémère face à des défis durables

À moins d’un an des élections législatives et locales, les membres du gouvernement Bah Oury II disposent d’un temps très limité pour démontrer leur efficacité. On ne peut que leur souhaiter pleine réussite dans leurs nouvelles fonctions, tant les défis sont pressants.

Mais la question de la participation des femmes demeure un test majeur de crédibilité. Les chiffres actuels montrent que le plafond de verre reste intact, malgré les discours et les symboles. Sur ce point, les recommandations d’Avocats Sans Frontières dans « Les droits des femmes en Guinée à l’aune de la transition politique » offrent des repères solides et toujours pertinents.  Elles rappellent que la place des femmes ne se proclame pas : elle se prouve dans les actes et dans les institutions. Et, sur ce terrain, ce gouvernement reste loin du compte.

Taliby Diané

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