Bah Oury prévient : ‘’Pour ne pas que la croissance liée au Simandou s’affaisse, il faudrait qu’on trouve d’autres accélérateurs’’

Face aux enjeux économiques liés au projet Simandou, le Premier ministre Bah Oury plaide pour la diversification des moteurs de croissance et une plus grande implication du secteur privé dans le financement des infrastructures. Lors de ses échanges avec Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, il a évoqué plusieurs projets stratégiques, dont la construction d’un port en eau profonde à Dobali et de nouvelles lignes ferroviaires.

L’ambition est de faire de la Guinée un hub logistique au service de l’Afrique de l’Ouest et de pérenniser les retombées économiques de Simandou.

Pour Bah Oury, la réussite du projet Simandou ne doit pas conduire la Guinée à dépendre durablement de la seule exploitation minière.

‘’Pour ne pas que la croissance liée au Simandou s’affaisse, il faudrait qu’on trouve d’autres accélérateurs pour ne pas avoir des projections qui risqueraient de nous ramener encore en arrière’’, a prévenu le Premier ministre, soulignant la nécessité d’engager dès maintenant une réflexion sur les futurs relais de croissance.

A l’entendre, cette stratégie passe par une évolution du modèle de financement des infrastructures. Bah Oury souhaite que les investissements à caractère marchand mobilisent davantage les capitaux privés, afin de préserver les ressources publiques pour d’autres priorités nationales.

‘’Par rapport au développement du secteur privé, nous voulons changer un peu notre approche du financement de manière générale. Nous voulons de plus en plus que tous les secteurs marchands puissent être financés par le secteur privé ou par d’autres biais liés aux SPV’’, a-t-il expliqué.

Pour le chef du gouvernement, l’État ne peut continuer à supporter seul le poids financier de projets nécessitant des investissements considérables, alors que des mécanismes alternatifs peuvent être mobilisés.

‘’Nous ne pouvons pas utiliser les ressources publiques pour payer des échéances extrêmement élevées alors que le secteur privé pourrait le faire’’, a-t-il souligné.

Les infrastructures routières, les installations portuaires et les chemins de fer figurent parmi les domaines dans lesquels cette approche pourrait être privilégiée, particulièrement pour les projets capables de générer des revenus.

Des projets structurants pour le nord du pays

Parmi les projets évoqués par Bah Oury figure la construction d’un grand port en eau profonde à Doblin, dans le cadre du développement d’un axe logistique dans la partie nord du pays. Le Premier ministre estime que cette infrastructure pourrait compléter les investissements liés à Simandou et ouvrir de nouvelles perspectives économiques.

‘’Il y a quelques projets majeurs structurants et nous sommes aujourd’hui devant la nécessité d’envisager la construction d’un grand port en eau profonde et des voies de chemin de fer pour la partie nord’’, a-t-il indiqué.

Plusieurs projets sont actuellement à l’étude, notamment à l’initiative d’investisseurs privés. Bah Oury a notamment cité l’intérêt d’un consortium d’entreprises minières chinoises pour la réalisation d’un port à Cap-Verga, relié au Santou par une ligne ferroviaire. Le projet de Dobali suscite également un intérêt particulier auprès du Premier ministre, qui met en avant les atouts naturels du site et les perspectives économiques qu’il offre.

‘’Il y a le projet majeur de Dobali, qui, de par sa position naturelle, présente beaucoup plus de perspectives d’avenir puisque la profondeur peut atteindre facilement, avec un peu de dragage. C’est une position stratégique rare sur la façade Atlantique du continent africain et qui pourrait rivaliser avec le port de Tanger et le port de Durban’’, a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a insisté sur la complémentarité entre les infrastructures du nord et celles du sud du pays. Selon lui, le développement de deux grands axes logistiques permettrait de mieux répartir les investissements et de renforcer les effets économiques du projet Simandou.

‘’La partie nord est l’une des parties qui peut contribuer à stabiliser la partie sud du Simandou, d’où la nécessité d’avoir deux axes majeurs au nord et au sud qui permettent, disons, le développement des infrastructures logistiques, le chemin de fer, le port et aussi, pourquoi pas, aller vers l’intérieur du continent’’, a-t-il expliqué.

Compte tenu de l’ampleur des investissements envisagés et de la multiplicité des projets en discussion, le gouvernement bénéficier de l’expertise de la Banque mondiale.

‘’Nous avons besoin globalement, en ce qui concerne les bases logistiques, d’avoir vos conseils. Parce que nous nous retrouvons aujourd’hui avec beaucoup de projets. Nous devons exploiter ces potentialités et ces opportunités pour permettre ici en Guinée que le pôle de développement soit un hub, pas simplement pour la Guinée, mais pour une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest qui contribuerait à stabiliser la région, à créer des facteurs de croissance et aussi à ramener, disons, la paix‘’, a-t-il affirmé.

Il a fini par établir le lien entre la lutte contre la pauvreté et l’espoir d’un avenir meilleur. ‘’C’est la lutte contre la pauvreté de manière efficace, pragmatique qui peut permettre aux populations d’envisager l’avenir avec beaucoup plus d’optimisme’’, a-t-il conclu.

Boussouriou Doumba, pour VisionGuinee.Info

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