Bella Bah à la barre : “Je n’ai jamais eu l’intention d’insulter qui que ce soit”

Le procès de l’activiste Bella Bah s’est ouvert ce lundi 17 août 2026 au Tribunal de première instance de Dixinn. Poursuivi pour des faits présumés d’injures et de diffamation à l’encontre du premier imam de la mosquée Fayçal, Elhadj Mamadou Saliou Camara, par le biais d’un système informatique, l’activiste a été interrogé par le juge Mohamed Sangaré sur ses publications, leur contexte et les circonstances de son arrestation intervenue le 8 août dernier.

Dès le début de l’audience, Bella Bah a livré sa version des circonstances de son interpellation. Contrairement à la qualification d’arrestation, il affirme avoir été kidnappé alors qu’il se trouvait dans son établissement scolaire pour préparer la prochaine rentrée.

“Je ne pense pas que j’ai été arrêté, j’ai été kidnappé. Venant d’un événement militaire à mon école, c’était le 8 août 2026. J’étais en train de travailler sur l’ouverture qui doit se faire fin septembre. Nous anticipons les faits pour savoir quels sont les enseignants qui sont disponibles ou pas, en même temps aussi, il y a la révision. Donc, on était tranquillement au bureau”, a expliqué l’activiste devant le tribunal.

Selon Bella Bah, des éléments de la gendarmerie, notamment des agents du GIGN, se sont présentés dans son établissement avant qu’un agent en civil ne lui demande de le suivre. Il affirme avoir demandé les raisons de son interpellation ainsi qu’une éventuelle convocation ou un mandat, mais dit n’avoir reçu aucune réponse satisfaisante.

“Il m’a dit non, que j’ai le choix entre le faire bien ou le faire par la force. Je dis non, ça ne mérite pas de le faire par la force. Je lui ai dit juste de me donner le temps d’informer soit ma femme ou mon avocat”, a-t-il relaté.

L’activiste affirme avoir suivi les agents, avant d’être conduit à la Direction centrale de l’information judiciaire. Il dit y avoir été auditionné durant plusieurs heures dans la nuit, principalement sur une publication qui lui est aujourd’hui reprochée dans le cadre de cette procédure.

Sur le contenu de cette publication, Bella Bah a rejeté toute volonté d’insulter une personne en particulier. Il se présente comme un acteur de la société civile dont le rôle consiste, selon lui, à apprécier les actions positives tout en critiquant celles qu’il juge contestables.

“J’ai eu à dire que je n’ai jamais eu l’intention d’insulter qui que ce soit. Je suis un activiste de la société civile qui apprécie quand c’est bien, et qui critique quand ce n’est pas bien”, s’est-il défendu.

Il a indiqué avoir retiré la publication après avoir reçu des remarques de certaines personnes. “Quand il y a eu des personnes de bonne foi qui m’ont appelé, j’ai retiré la publication, tout simplement”, a-t-il précisé.

Une partie importante des débats a porté sur le contenu des publications et leur éventuel lien avec le Premier imam. Interrogé par le juge sur la personne visée dans son message, Bella Bah a insisté sur le fait qu’aucun nom n’avait été directement cité.

“L’objectif, c’était de commenter un fait de société qui est fondamentalement lié au fait que les religieux commentent les actions politiques. C’était un peu lié à ça. Donc, il y a eu des allusions, l’allusion a été faite au premier imam, mais franchement, ce n’était pas l’intention”, a-t-il assuré.

Le juge Mohamed Sangaré a toutefois cherché à comprendre comment les internautes pouvaient faire le rapprochement entre les propos de Bella Bah et le premier imam de Fayçal si celui-ci n’était pas directement nommé dans la publication.

“Franchement, je ne sais pas. Sinon, dans ma publication, nulle part je n’ai mentionné le nom de qui que ce soit”, a répondu l’accusé.

Les échanges ont porté sur la critique formulée par Bella Bah à l’égard de l’implication des responsables religieux dans les questions politiques. L’activiste a expliqué que ses remarques concernaient les leaders religieux musulmans de manière générale.

“À mon avis, c’est le fait qu’ils s’immiscent dans l’action politique. Personnellement, j’apprécie beaucoup la chrétienté qui prend beaucoup de réserves et qui reste dans un cadre d’apaisement, de paix et d’interpellation”, a-t-il soutenu.

Poussé à préciser ce qu’il reprochait aux responsables religieux, Bella Bah a estimé que leur rôle devait avant tout être orienté vers l’encadrement et le conseil des fidèles.

“Un leader religieux, son rôle est très bien précis. Son rôle, ce n’est pas de commenter l’actualité politique. Son rôle, il doit guider les fidèles musulmans, il doit leur prodiguer de très bons conseils, il doit leur demander de faire du bien et il doit agir dans ce sens”, a-t-il déclaré.

Le tribunal s’est également intéressé à une autre publication partagée par l’accusé, faisant référence à une intervention de l’imam Elhadj Mamadou Saliou Camara appelant les Guinéens au calme. Bella Bah a reconnu avoir partagé cette vidéo accompagnée de ses propres commentaires.

Face aux questions du juge sur certains termes dans son commentaire, l’activiste a expliqué qu’il s’adressait, selon lui, aux responsables religieux de manière générale et non à une seule personne.

“Je parlais des imams de façon générale. Parce qu’à mon avis, un religieux n’a pas à tenir ce genre de discours pour rassurer les citoyens que tout va bien et que les choses vont très bien dans ce pays”, a-t-il ajouté.

Pour Bella Bah, ses publications s’inscrivaient dans une démarche de critique de la place occupée par certains religieux dans le débat public. Il affirme ne pas avoir cherché à porter atteinte à l’honneur de l’imam de Fayçal, mais plutôt à exprimer une opinion sur le rôle que devraient jouer les responsables religieux dans la société.

Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info

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