Bijouterie artisanale à Labé : ‘’Si nous ne prenons pas garde, notre métier risque de disparaître’’, alerte Ibrahima Sory Barry

Dans leur atelier du grand marché de Labé, Ibrahima Sory Barry et Mamadou Oury Kanté perpétuent depuis des décennies l’art de la bijouterie artisanale. Héritiers d’un savoir-faire transmis par Elhadj Siradio Daaka, ces deux maîtres bijoutiers voient aujourd’hui leur métier menacé par les bijoux importés et le manque d’apprentis.

Ce lundi 24 aout, lors d’un entretien accordé à notre rédaction, Ibrahima Sory Barry est revenu sur ses débuts dans ce métier. À ses côtés, Mamadou Oury Kanté partage les mêmes inquiétudes, mais garde espoir. Entre fierté, nostalgie et détermination, ils lancent ensemble un appel à la jeunesse pour ne pas laisser disparaître la bijouterie artisanale de Labé.

‘’Ça fait près de 50 ans que j’exerce ce métier. J’ai commencé tout petit. Celui qui me l’a appris est décédé. Il s’appelait Elhadj Siradio Daaka. C’est leur père qui a introduit ce métier à Labé. Ce sont mes parents qui m’ont orienté vers ce métier. J’en ai tiré beaucoup de bénéfices. Grâce à ce métier, j’ai pu avoir un toit et fonder une famille’’, confie Ibrahima Sory Barry, les yeux rivés sur sa forge.

Alors que les matières premières se font rares sur le marché, le bijoutier affirme s’approvisionner en or et en argent auprès des personnes qui revendent leurs anciens modèles.

‘’Avant, on importait la poudre de l’or et d’argent depuis la France ou le Sénégal. Ensuite, on achetait selon nos moyens. Mais cela s’est arrêté. Peut-être que la matière première est devenue chère là-bas et qu’ils ne gagnent pas assez de bénéfices. Aujourd’hui, nous rachetons les anciens bijoux que les gens nous revendent pour en fabriquer de plus jolis. Parce que les anciens modèles sont de très bonne qualité. Mais si la qualité fait défaut, nous n’achetons pas’’, indique-t-il.

Au cours de l’entretien, Ibrahima Sory Barry a détaillé les différentes étapes et le temps nécessaire à la fabrication des bijoux.

‘’Pour fabriquer une bague, par exemple, nous prenons la poudre que nous mettons dans un petit creuset pour la faire fondre. Ensuite, nous la martelons jusqu’à ce qu’elle prenne la forme que nous voulons. Ensuite, nous la lavons et nous la vendons. C’est le même procédé que le bracelet. Le temps de fabrication varie. Pour une bague, il faut une heure seulement. Un bracelet peut prendre un à deux jours de travail’’, explique-t-il.

Aujourd’hui, leur plus grand défi reste la concurrence. Avec l’arrivée massive de bijoux sur le marché, leur activité tourne au ralenti.

‘’Avant, les blancs venaient ici pour acheter nos bijoux. On pensait qu’ils voulaient seulement acheter. Mais c’était pour avoir les échantillons. Ils rentraient et imitaient notre travail. Comme ils ont des machines adaptées, ils pouvaient produire des tonnes par jour’’, se souvient-il.

‘’Donc, si nous ne prenons pas garde, notre métier risque de disparaître. Parce que nous n’avons pas de jeunes apprentis. Avec l’abondance de bijoux artificiels sur le marché, nous pouvons rester des jours sans avoir de clients. La vie est devenue chère. C’est pourquoi, beaucoup se tournent vers d’autres bijoux qui sont moins chers que les nôtres’’, déplore ce bijoutier.

Ibrahima Sory Barry évoque également les avantages de posséder des bijoux en or et en argent.

‘’L’avantage d’acheter nos bijoux est que, quand ça se gâte, tu peux nous les ramener et on les refait plus jolis encore. Par contre, les bijoux artificiels, une fois gâtés, tu es obligé de les jeter. Tous ceux qui connaissent la valeur de l’or et de l’argent viennent acheter chez nous. Parce que, quel que soit le temps, ça ne change pas. Si tu as aussi des difficultés financières, tu peux les revendre. C’est pourquoi ceux qui achètent de l’or, ce n’est pas seulement pour se rendre belles’’, assure-t-il.

Pour sa part, Mamadou Oury Kanté estime que, malgré la concurrence, ils parviennent à tirer leur épingle du jeu. ‘’Actuellement, nous avons moins de difficultés. Ici, nous ne travaillons pas avec des machines, mais avec notre savoir-faire. Nous recevons des commandes lors des cérémonies de mariage ou de baptême. Concernant les prix, ça dépend du poids. Nous vendons certains colliers à 400 000, 500 000 jusqu’à 1 000 000 GNF’’, indique-t-il.

‘’Certains clients veulent acheter, mais la conjoncture ne leur facilite pas la tâche. Par contre, nos compatriotes qui sont en occident, surtout aux États-Unis, achètent beaucoup chez nous. Nous lançons un appel à tout le monde de venir acheter chez nous. Ici, chacun peut trouver sa pointure’’, lance-t-il.

Malgré les difficultés, ils nourrissent des projets pour améliorer leurs conditions de travail.

‘’Nous avons des projets pour améliorer notre travail. Nous sommes en train de commander petit à petit des matériels modernes venus du Sénégal avec d’autres artisans pour avoir un meilleur rendement. Avant, certains parmi nous prenaient de l’argent avec les clients sans faire le travail et se cachaient après. Cela a beaucoup fragilisé notre métier. S’il marchait bien, il n’y a pas de métier plus noble que ça’’, estime-t-il.

Mamadou Oury Kanté lance un appel aux jeunes pour qu’ils s’intéressent à ce métier, afin d’éviter sa disparition. ‘’Nous devons chercher de jeunes apprentis pour leur apprendre ce métier. Sinon, après nous, il risque de disparaître. Parce qu’il y a d’autres modèles, c’est nous seulement qui savons les faire’’, conclut-il.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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