Boubacar Sylla, poursuivi pour meurtre : ‘’Je n’ai pas fait exprès, c’était pour me défendre’’

Ce lundi 20 avril, Boubacar Sylla, âgé de 25 ans, tradipraticien, a comparu devant les juges du tribunal de première instance de Coyah pour le meurtre d’Abdoulaye Diallo. À la barre, le prévenu, qui avait commencé par nier les faits qui lui sont reprochés, a difficilement reconnu avoir ôté la vie à cet homme.

Devant le juge, l’accusé a livré sa version des faits. ‘’J’ai été interpellé dans mon lieu de travail. Deux jeunes m’ont trouvé, sans rien me dire, ils ont commencé à me bastonner. C’est grâce à l’intervention d’un autre jeune que j’ai eu la vie sauve. Ensuite, j’ai été conduit à la gendarmerie. Une fois là-bas, ils m’ont expliqué les faits pour lesquels on m’a arrêté. Ils m’ont expliqué des faits d’assassinat, je dis que je ne peux pas faire ça. Ils m’ont demandé qui a fait alors ? Je leur ai dit que ce n’est pas moi. Ils ont dit que si je ne dis pas la vérité, ils vont me torturer. C’est ce qui fut fait. D’ailleurs, j’avais perdu une dent. Comme j’étais dans une douleur intense, j’ai fini par signer des papiers dont je ne connaissais pas le contenu. Après, j’ai été déféré au tribunal, là-bas, ils m’ont demandé si je suis l’auteur du meurtre, j’ai dit non’’, explique-t-il.

Le juge lui a rappelle qu’il avait décrit méthodiquement, devant les juges d’instruction, comment Abdoulaye Diallo avait trouvé la mort. ‘’Abdoulaye est venu avec une machette, mais pour assurer ta défense, vous avez pris un bois pour le frapper sur sa nuque. Il est tombé. Vous avez pris son corps pour l’envoyer près d’un marigot. Pour vous assurer qu’il est décédé, vous avez pris un caillou et mis dans sa main. Quand le caillou est tombé, vous avez su qu’il était décédé’’, souligne le magistrat.

‘’Tout ce qui se dit, je ne l’ai pas fait’’, se défend Boubacar Sylla. Malgré l’insistance du procureur, le prévenu est resté droit dans ses bottes : ‘’Tout ce qu’ils ont écrit là-bas ne vient pas de moi. Je n’ai pas ôté la vie de quelqu’un’’.

Alors que le prévenu continuait de nier les faits, l’un des avocats de la défense lui a rappelé que seule la vérité peut l’affranchir dans cette affaire.

‘’Nous ne pouvons pas soutenir le mensonge, ce n’est pas notre sacerdoce. Je ne vous pousse pas à reconnaître les faits, mais seule la vérité peut vous affranchir. Si vous dites la vérité, c’est sur cette base que nous pouvons demander la clémence du tribunal’’, indique l’homme en robe noire.

Face à la persistance de l’avocat, le prévenu finit par avouer le meurtre d’Abdoulaye Diallo en affirmant que ‘’je n’ai pas fait exprès. C’était pour me défendre. J’avais peur. Je regrette beaucoup’’.

Après les aveux, l’avocat de la défense a fait appel aux dispositions de l’article 216 en demandant la requalification des faits de meurtre en homicide involontaire.

Le procureur a par la suite pris la parole pour demander au tribunal de rejeter cette demande : ‘’Il a eu des difficultés à parler à l’audience criminelle iciM. le président, j’aurais préféré entendre requalifier en coups et blessures involontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner que de requalifier les faits en homicide involontaire. Nous, les professionnels, nous savons que c’est différent. Je vous demande de rejeter cette demande parce que l’infraction de meurtre tient. Dès lors, il a pris ce bois, il a l’intention de le frapper avec ce bois sachant bien qu’un tel coup, et à cette partie du corps, peut lui être fatal’’.

Selon le juge, ‘’chaque camp a donné sa position par rapport à ces questions. Vous comprendrez aisément, vu la gravité de la question et la technicité pour aller dans un sens ou l’autre, cela nécessite un temps de réflexion au tribunal, même si la réponse peut sembler simple. Il convient de se retirer et de délibérer sur ces questions et d’avancer. Il y a une question plus importante, celle de la comparution de la partie civile, que ce soit le père ou la mère de la victime, ou le monsieur qui répond au nom de Mamadou Telly Diallo, qui a été entendu à la gendarmerie et devant les juges d’instruction’’.

L’affaire est renvoyée au mercredi 22 avril pour la comparution des proches du défunt et pour trancher sur la question de la requalification des faits.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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