Charles Wright : “Nous allons examiner en profondeur les marchés publics conclus en Guinée depuis 2010”

A l’occasion de la passation de service tenue ce jeudi à la Cour d’appel de Conakry, le tout nouveau procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Charles Wright, a affiché sa détermination à s’attaquer à la question sensible des marchés publics en Guinée. Dans un discours ferme, il a annoncé l’ouverture prochaine d’investigations approfondies sur les conditions d’attribution de ces marchés, avec un regard particulier sur la période allant de 2010 à nos jours.

“Les marchés publics en Guinée, comment sont-ils obtenus ? Nous y reviendrons, notamment sur la base des injonctions qui ont été données. Heureusement, ces injonctions existent et appellent à passer à l’action. Ces marchés publics, nous allons les examiner en profondeur. Oui, nous allons tout analyser, notamment les marchés conclus en Guinée depuis 2010”, a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de faire toute la lumière sur ces pratiques.

Le procureur spécial de la CRIEF a précisé qu’il entend couvrir une large période d’analyse, tout en reconnaissant une brève interruption dans son propre parcours professionnel. “Aujourd’hui, je m’intéresse à l’intervalle 2010-2026. Je ne peux pas comprendre que, dans cette dynamique de développement que nous voulons pour notre pays, certains tentent de manquer de respect à l’intelligence de Monsieur le président de la République”, a-t-il ajouté.

Il affirme que “certains disent qu’il n’a qu’à laisser la justice faire ce qu’elle veut. Non, nous leur prouverons le contraire. Dans ce pays, chacun devra assumer ses responsabilités. Au bout du compte, ce ne sera pas le président de la République qui paiera le prix, mais les délinquants financiers”, a-t-il martelé.

Poursuivant son intervention, le magistrat a rappelé que la lutte contre la corruption exige une exemplarité de tous les acteurs. “Si nous voulons réellement lutter contre la corruption, nous devons nous-mêmes éviter d’être corrompus. Un corrompu ne peut pas poursuivre un autre corrompu, ce n’est pas possible. Vous êtes tous justiciables”, a-t-il averti.

Évoquant les nouveaux outils à disposition de la justice, il a mis en avant les avantages de la numérisation dans la traçabilité des opérations financières. “Aujourd’hui, les marchés passés peuvent être vérifiés. Avec la numérisation, les pratiques deviennent plus visibles, on peut déclarer, par exemple, 30 millions là où 60 millions sont réellement dus. Mais je suis informé de ces pratiques et j’ai des pistes de solutions que je ne souhaite pas exposer ici”, a-t-il confié.

Le procureur spécial a tenu à replacer son action dans une perspective institutionnelle et non personnelle. “Ce n’est pas un débat de personnes, mais la loi finira par s’imposer. (…) Nous ne tomberons pas deux fois dans le même piège. Que Dieu protège la Guinée”, a-t-il conclu, tout en annonçant une lutte sans concession contre les infractions économiques et financières.

Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info

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