Charles Wright : “Personne ne sera épargné…Ne soyez pas surpris de voir un magistrat ou un ministre devant la CRIEF”

Nommé par décret présidentiel en date du 7 avril comme procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Charles Wright a officiellement pris fonction ce jeudi 9 avril, à l’occasion d’une cérémonie de passation de service avec Aly Touré, à la Cour d’appel de Conakry.

Dans un discours ferme, le nouveau procureur spécial a dénoncé avec vigueur l’ampleur de la corruption en Guinée. “La corruption, c’est un poison qui a beaucoup d’adeptes. C’est une pratique qui peut venir du corrupteur, du corrompu ou des deux à la fois. Elle est présente dans nos maisons, dans l’administration publique, dans le secteur privé, et même dans la justice”, a-t-il déclaré.

Insistant sur la nécessité d’une application stricte des textes, Charles Wright a rappelé que la loi s’impose à tous, sans exception. “La loi sur la détection, la prévention et la répression de la corruption et des infractions assimilées s’applique à tout agent public, à quelque niveau que ce soit. Qu’il s’agisse d’un responsable nommé, élu ou exerçant une autorité, nul ne doit se soustraire à la rigueur de la loi”, a-t-il affirmé.

Le magistrat a tenu à clarifier sa méthode de travail, rejetant toute idée d’improvisation dans ses actions. “Ne soyez pas surpris par ce qui sera fait. Il n’y a pas d’improvisation dans ce que je fais. Je sais où je vais, je sais comment orienter les choses, et tout se fera dans la légalité”, a-t-il assuré.

Évoquant la création de la CRIEF en 2021, il a rappelé les ambitions de cette juridiction dans la lutte contre les crimes économiques. “La République a pris ses responsabilités en mettant en place cette juridiction d’exception. D’autres pays africains comme le Bénin ou le Sénégal n’ont rien de plus que nous. Nous avons les ressources, nous avons le potentiel, mais notre principal problème reste la corruption”, a-t-il souligné.

Charles Wright a prévenu que personne ne sera à l’abri de poursuites. “Ne soyez pas étonnés de voir des magistrats comparaître devant la CRIEF. Ne soyez pas surpris non plus qu’un ministre en fonction passe devant cette juridiction. Personne ne sera épargné”, a-t-il martelé, ajoutant que “si certains parlent de chasse aux sorcières, je dis que si le sorcier mange quelqu’un, il faut aller lui demander ce qu’il a mangé”.

Reconnaissant les dysfonctionnements au sein même de l’appareil judiciaire, il a déploré certaines pratiques contraires à l’éthique. “Le mal se trouve parfois dans notre propre maison de justice. Il arrive que pour obtenir une décision, certains soient contraints de payer. Cela ne peut plus continuer”, a-t-il regretté.

Le nouveau procureur spécial de la CRIEF a annoncé des mesures concrètes pour instaurer la transparence. “J’ai promis et je vais le faire. Dès lundi, je déposerai ma déclaration de biens au greffe. Nous sommes magistrats, et nous devons montrer l’exemple”, a-t-il conclu.

Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info

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