Cinq morts dans l’effondrement d’un immeuble à Hafia : la famille des victimes interpelle l’État sur les risques liés aux constructions

Une délégation gouvernementale composée du ministre délégué à la défense, Ibrahim Kalil Condé, de la ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, Djenabou Touré ainsi que du général Ahmed Mohamed Oury Diallo, ministre en charge de la sécurité, s’est rendue auprès de la famille Cissé, endeuillée à la suite de l’effondrement d’un immeuble R+5 à Hafia, ce jeudi 13 août 2026.

Le drame a fait cinq morts et neuf blessés, plongeant plusieurs familles dans la douleur. La délégation a présenté les condoléances et témoigné la solidarité du gouvernement aux proches des victimes.

Au nom de la famille, Souleymane Cissé, porte-parole, a salué la démarche des autorités tout en appelant le gouvernement à tirer les enseignements de cette tragédie afin d’éviter que de tels drames ne se reproduisent.

“Cette situation est une véritable tragédie. Se trouver, en moins de quelques instants, délesté de cinq membres de sa famille, c’est insupportable. Mais votre présence aujourd’hui nous réconforte à plus d’un titre”, a-t-il déclaré.

Souleymane Cissé a salué l’arrivée du ministre de l’habitat sur le site dès les premières heures du drame. Selon lui, la mobilisation rapide des forces de défense et de sécurité a permis de limiter le bilan humain du drame.

“N’eût été la promptitude de Monsieur le ministre de l’habitat, pour pouvoir mobiliser les forces de défense et de sécurité que je salue au passage, eh bien au lieu de cinq victimes, on se serait retrouvé à plus de neuf victimes. Qu’ils en soient vivement remerciés”, a-t-il ajouté.

Le porte-parole de la famille Cissé estime que cet effondrement doit pousser les autorités à engager une réflexion plus profonde sur les problèmes liés au secteur de la construction en Guinée.

Pour lui, les pouvoirs publics doivent désormais prendre des mesures concrètes afin de prévenir de nouvelles catastrophes, notamment à Conakry, où plusieurs effondrements d’immeubles ont été enregistrés ces dernières années.

“Notre plan, cela nous appelle, en tant que cadres de ce pays, de tirer les leçons du drame que nous venons de vivre. En cela, il faudrait que le gouvernement veille pour ne pas que de pareilles tragédies se répètent dans notre pays”, a-t-il plaidé.

“Vous constaterez que toutes ces tragédies se passent à Conakry. Pourquoi pas à l’intérieur ? Pourtant, il y a des étages qui se construisent là-bas”, a-t-il relevé.

Cette situation, selon lui, doit pousser les autorités à s’interroger sur l’efficacité des mécanismes de contrôle et de suivi des constructions dans la capitale.

Pour prévenir de nouveaux drames, Souleymane Cissé propose la mise en place, au sein du ministère de l’habitat, d’une structure spécialisée chargée d’identifier les causes des effondrements et de proposer des solutions durables.

“Notre préoccupation aujourd’hui, c’est comment préserver la vie de nos autres frères qui sont en danger maintenant. Et pour cela, certaines dispositions doivent être envisagées, notamment la mise en place au niveau du ministère de l’habitat d’une task force”, a-t-il proposé.

Cette structure, selon lui, devrait identifier les problèmes qui affectent le secteur de la construction, comprendre les causes qui conduisent aux effondrements et déterminer les solutions permettant de protéger les personnes vivant dans des bâtiments potentiellement dangereux.

“Premièrement, c’est quoi nos problèmes qui se posent à nous en matière de construction et qui conduisent à ces différentes catastrophes ? Deuxièmement, pourquoi et comment on en est arrivé là ? Troisièmement, quelles solutions il faut envisager pour cela, afin de mettre à l’abri les autres frères qui se trouvent dans la même situation ?”, a-t-il détaillé.

Des fissures signalées avant l’effondrement

L’un des points les plus préoccupants soulevés par le porte-parole de la famille concerne les alertes qui auraient précédé l’effondrement de l’immeuble.

Selon Souleymane Cissé, des membres de la famille avaient constaté des fissures et alerté sur le danger. “Vous serez surpris quand je vous dis que certains de nos neveux qui étaient là, dès qu’ils ont constaté les différentes fissures, ont alerté”, a-t-il révélé.

Face à cette situation, il préconise la création de mécanismes d’alerte accessibles aux citoyens, notamment à travers des numéros verts permettant de signaler rapidement les bâtiments présentant des signes de danger.

“Il faudrait qu’il y ait un numéro vert au niveau de l’Habitat, un numéro vert au niveau de la police, de la sécurité, pour que quand il y a des alertes de ce genre, que les autorités s’approprient du problème et interviennent immédiatement”, a-t-il insisté.

Souleymane Cissé considère que toute perte humaine constitue une perte pour la nation. Il rappelle que les victimes sont souvent des personnes en âge de travailler, sur lesquelles la société et l’État ont investi à travers leur formation et leur accompagnement.

“Je voudrais dire combien de fois que la nation guinéenne perd, parce que quand nous faisons une projection dans le temps le ministre du plan n’est pas là, il sait ce qu’on appelle le dividende démographique. Nous avons des bras valides, des cadres en lesquels l’État a investi des millions, et qui devaient rentrer dans la phase de production, de retour sur investissement en faveur de ce pays, nous les perdons”, a-t-il déclaré.

Selon lui, la multiplication de ces pertes humaines fragilise les perspectives de développement du pays. “Quand vous comparez leur apport à l’économie nationale par rapport à ceux qui sortent du processus économique, vous constaterez effectivement que le pays n’avance pas”, a-t-il ajouté.

Le porte-parole de la famille n’a pas épargné les anciens responsables publics, reconnaissant que les autorités passées ont leur part de responsabilité dans les insuffisances actuelles du secteur de l’habitat.

“Nous-mêmes nous avons une part de responsabilité dans ce qui se passe maintenant. Parce que nous n’avons pas pris les bonnes dispositions pour définir une meilleure politique avec une certaine prévisibilité nous permettant de cerner en temps réel les différents problèmes qui se posent au secteur de l’habitat”, a-t-il reconnu.

Pour lui, une politique efficace dans le domaine de l’habitat doit être fondée sur l’anticipation, le contrôle et une meilleure connaissance des risques liés aux constructions.

Il estime que les communes doivent disposer des moyens nécessaires pour exercer efficacement leurs responsabilités, notamment dans le suivi des constructions et l’application des directives gouvernementales.

“Au ministre de l’administration du territoire, je pense qu’il doit faire en sorte que la délégation de pouvoirs au niveau des communes soit une réalité. Non pas une délégation verbale, mais une délégation accompagnée de moyens financiers, parce que quand vous confiez une mission, les moyens doivent suivre pour ssurer la mise en œuvre des différentes directives que vous donnez aux communes pour que le contrôle de proximité des différentes réalisations puisse se faire à ce niveau-là”.

“Encore une fois, en vous remerciant d’être venus présenter les condoléances au nom du gouvernement, c’est la preuve que vous vous préoccupez du quotidien des citoyens dont vous avez charge de gérer, et la famille vous en sera très reconnaissante”, a-t-il conclu.

Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info

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