Après la condamnation de Boubacar Barry, chauffeur de taxi, en juin dernier à 18 mois d’emprisonnement par le tribunal de première instance de Coyah pour coups et blessures involontaires ayant entrainé la mort de son épouse sans intention de la donner, le parquet général avait relevé appel contre ce jugement.
Ce week-end, le principal accusé est décédé dans un centre hospitalier de la place. Ce mardi, devant la presse, son avocat s’est dit attristé d’apprendre son rappel à Dieu. Maître Aboubacar Camara estime que le parquet devrait s’abstenir de relever appel dans ce genre de situation, car le prévenu souffrait d’une maladie.
Maître Camara souligne que le juge du tribunal de première instance de Coyah a été ‘’vraiment clément dans toute sa souveraineté. Il a prononcé une décision juste qui a permis à mon client de pouvoir avoir confiance en lui et telle décision a permis aux filles de mon client d’avoir une conscience tranquille après le décès de leur maman’’.
Et d’ajouter : ‘’C’est contre toute attente que j’ai appris, à travers le ministère public, que le parquet général a donné instruction de relever appel contre cette décision, qui pourtant était une décision légale. Je sais que c’est la même nouvelle qui est tombée aux oreilles de mon client qui était convalescent. À la phase des débats, je lui ai toujours posé la question de savoir s’il va bien. Mais il avait ce remord-là. Il y avait cet événement-là qui pesait lourd sur sa conscience, il ne se retrouvait plus et la maladie en a suivi. Avec cette nouvelle d’appel relevé par le ministère public, il a dû comprendre que certainement son sort pouvait être aggravé au niveau de la Cour d’appel’’.
Selon Maître Aboubacar Camara, ‘’je ne vais pas tenir responsable l’agissement du ministère public. Chacun suit son destin. Mais il faudra au moins que dans le traitement des dossiers, on ait un regard social de la justice. La peine n’est pas seulement prévue par le législateur pour sanctionner. Certes, il faut sanctionner, mais aussi dissuader. Si le président du tribunal a pris cette peine, c’était une façon de dissuader mon client et faire en sorte qu’il puisse s’occuper de ses filles’’.
‘’Loin de tenir le parquet responsable de ce qui lui est arrivé, je profite pour lancer un appel non seulement au ministre de la justice, aux chefs de parquet notamment les procureurs, de voir dans des cas de figure, à partir du moment où il faut condamner, mais quand il y a une peine de ce genre, il faudra essayer vraiment d’analyser la situation avant de pouvoir relever appel. Parce qu’il ne faudra pas, au lieu de faire du bien, commettre le mal. C’est ce qui est sûrement arrivé lorsque mon client a appris que son dossier devrait être examiné à la Cour d’appel. Ça lui a donné plus de traumatisme, de choc et il ne pouvait plus y résister’’, estime l’homme en robe noire.
‘’Le dernier mot de mon client était le pardon pour avoir commis ce crime par inadvertance (…). S’il a reconnu sans ambages les faits à la barre, pour lesquels la décision de condamnation a été purement dissuasive à son égard, je pense que le ministère devrait essayer de voir dans cette optique s’il faut relever appel, bien que ce soit un droit. Parfois, il y a certains droits auxquels il faut renoncer, si vous estimez que ce droit peut causer des préjudices. Même si la mort de mon client ne s’en était pas suivie, le fait d’avoir relevé appel, il fallait imaginer si le lien qu’il y a entre le père et ses filles n’allait pas encore se déchirer’’, martèle-t-il.
‘’Je peux dire que ce qui est arrivé, c’est le destin. Nul ne peut échapper à son destin. Mais j’en appelle à la conscience de la justice, notamment ceux qui s’occupent de la chaîne pénale, de voir la situation quand il s’agit des gens en détention’’, lance-t-il à l’endroit de la justice.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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