CRIEF : Kassory Fofana et Damaro Camara autorisés à quitter la Guinée pour des soins médicaux

Le Parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a requis l’autorisation de sortie du territoire national pour deux anciens hauts responsables du régime d’Alpha Condé, Ibrahima Kassory Fofana et Amadou Damaro Camara. Dans un document daté du 10 septembre 2026, le procureur spécial Alphonse Charles Wright demande aux autorités aéroportuaires et à la police aux frontières de permettre aux deux anciens responsables de se rendre à l’étranger pour des raisons médicales.

La décision concerne d’une part Ibrahima Kassory Fofana, ancien Premier ministre, et d’autre part Amadou Damaro Camara, ancien président de l’Assemblée nationale. Le Parquet estime que leur état de santé justifie une levée de la mesure d’interdiction de sortie du territoire.

Concernant Kassory Fofana, le procureur spécial Charles Wright rappelle qu’il est engagé dans une procédure pénale devant la CRIEF et qu’il avait été transféré à la Clinique Pasteur de Conakry pour des raisons médicales. Il souligne que l’ancien Premier ministre a constitué domicile auprès de ses avocats.

“Attendu que l’intéressé présente toutes les garanties de représentation, pour avoir fait élection de domicile aux cabinets de ses conseils, qui écarte tous doutes sur son retour au pays après les soins ; que requérir cette levée de la mesure d’interdiction de sortie du territoire national à son égard ne préjudicie en rien à la continuation de l’exercice des droits du parquet et de la défense par devant l’instance judiciaire supérieure de la République de Guinée, qui statuera éventuellement sur les moyens de pourvoi”, peut-on lire dans le document.

Ibrahima Kassory Fofana fait l’objet de poursuites devant la CRIEF depuis 2022 pour des faits de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, portant notamment sur environ 15 milliards de francs guinéens. Il avait été placé en détention le 31 mai 2022.

En première instance, l’ancien Premier ministre avait été condamné en février 2025 à cinq ans de prison ferme et à une amende de deux milliards de francs guinéens. En appel, le 2 juillet 2026, il a été relaxé pour le détournement de deniers publics, mais reconnu coupable d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux. Sa peine a été fixée à trois ans et neuf mois d’emprisonnement, avec une amende de deux milliards de francs guinéens.

Kassory Fofana avait bénéficié, le 5 mars 2026, d’une mise en liberté provisoire pour raisons médicales. Il se trouvait alors à la Clinique Pasteur.

Sa défense considère que la peine prononcée en appel a été déjà purgée au moment où elle demandait la possibilité d’une évacuation sanitaire à l’étranger.

Le cas d’Amadou Damaro Camara est également rappelé dans la réquisition du Parquet spécial. L’ancien président de l’Assemblée nationale avait été placé sous mandat de dépôt à la Maison centrale de Conakry le 27 avril 2022, dans le cadre des poursuites engagées par la CRIEF.

Il était poursuivi pour détournement de deniers publics et corruption, dans une affaire liée à la gestion des fonds destinés à la viabilisation du site devant accueillir le siège de l’Assemblée nationale.

En décembre 2024, la CRIEF l’avait condamné à quatre ans de prison et dix millions de francs guinéens d’amende pour détournement de deniers publics et corruption. En appel, le 22 mai 2025, sa peine a été ramenée à trois ans et six mois d’emprisonnement, assortis d’une amende de cinq millions de francs guinéens.

Après avoir purgé sa peine, Damaro Camara a recouvré la liberté le 28 octobre 2025, après plus de trois ans de détention.

Dans sa réquisition, le procureur spécial considère que la demande de Damaro Camara est fondée et que son départ pour des soins médicaux doit être autorisé.

“Attendu que Monsieur Amadou Damaro Camara reste et demeure fondé dans sa demande d’intervention visant sa sortie du territoire national pour raison de santé, qu’il y a lieu, dès lors, d’y faire droit, et ce, dans l’intérêt du respect de ses droits fondamentaux auxquels le parquet attache du prix”, écrit le Parquet spécial.

En conséquence, le procureur spécial requiert officiellement les autorités compétentes de permettre aux deux anciens responsables de quitter le pays.

Le commissaire spécial de l’aéroport Ahmed Sékou Touré et le directeur central de la police aux frontières sont appelés à mettre en exécution l’autorisation de sortie du territoire national de Kassory Fofana et Amadou Damaro Camara pour leur permettre de se rendre à l’étranger pour des fins de soins médicaux.

Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info

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