Poursuivi notamment pour des faits présumés d’enrichissement illicite et de gestion irrégulière de deniers publics, l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Dr Mohamed Lamine Bangoura, a de nouveau comparu ce lundi 2 mars 2026 devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Face à la partie civile, il s’est livré à un exercice d’explications pour contester toute responsabilité financière.
La chambre de jugement de la CRIEF a poursuivi, ce lundi, l’examen du dossier visant Dr Mohamed Lamine Bangoura. Interrogé par Me Pépé Antoine Lamah, avocat de l’Agent judiciaire de l’État, le prévenu s’est défendu sur la gestion des finances de la Cour constitutionnelle.
‘’Je ne suis associé ni de près ni de loin à la gestion de l’argent. Je ne peux ordonner aucune dépense ; c’est le comité de trésorerie qui gère tout. Moi, je ne fais qu’intervenir après les décisions prises par les structures compétentes’’, a-t-il affirmé.
Poursuivant ses explications, il a reconnu signer les chèques tout en rejetant la responsabilité des décaissements. ‘’Ce n’est pas moi qui ordonne les dépenses. Mais je signe les chèques après avoir reçu les procès-verbaux du comité de trésorerie. Sans ces documents, aucun paiement ne peut être validé de mon côté’’, a-t-il soutenu devant la cour.
Les échanges se sont ensuite cristallisés autour du paiement du loyer évalué à 11 milliards de francs guinéens. Questionné sur l’implication du comité de trésorerie lors de la signature, Dr Bangoura a apporté des précisions.
‘’Pour cette signature, seuls le président du comité de trésorerie et le secrétaire étaient présents. Mais il faut comprendre que la hausse du loyer était déjà prévue dans le contrat initial avec le bailleur. Ce n’était pas une décision prise de manière isolée par moi’’, a-t-il expliqué.
L’ancien président de la Cour constitutionnelle a également affirmé que ces montants n’étaient pas logés dans les comptes de l’institution qu’il dirigeait. ‘’Les 11 milliards de loyer ne transitaient jamais dans les comptes de la Cour constitutionnelle. Je ne peux même pas expliquer le processus de décaissement, parce que ces fonds ne passaient pas par nous’’, a-t-il déclaré.
Selon lui, ‘’le seul montant qui transitait effectivement était 1 milliard 200 millions’’.
Interpellé sur l’évolution de ses revenus, le prévenu a dévoilé son salaire durant ses fonctions de président de la Cour constitutionnelle.
‘’Pendant deux ans, j’ai perçu 21 millions de francs guinéens par mois, puis mon salaire est monté à 75 millions par mois durant trois ans. Au total, j’ai perçu 504 millions pendant deux ans et environ 3 milliards 200 millions sur l’ensemble de la période’’, a-t-il affirmé.
Concernant ses biens immobiliers, notamment ses duplex et l’immeuble de Dakar, il a rejeté toute origine frauduleuse. ‘’Au moment où j’ai construit mes deux duplex, je percevais 4 millions 200 mille en 2009. J’ai eu la chance de servir sous plusieurs gouvernements et j’ai vendu beaucoup de terrains. Quand je vends quelque part, je réinvestis ailleurs ; ce n’est pas de l’argent public’’, a-t-il expliqué.
À propos de l’immeuble de Dakar estimé à plus de 300 millions de francs CFA, il a maintenu sa ligne de défense, niant toute acquisition irrégulière.
Au terme de l’audience, la chambre de jugement de la CRIEF a décidé de renvoyer l’affaire au 9 mars 2026 pour la comparution d’Amadou Diallo, Sidiki Sylla et Rouguiatou Barry.
Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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