Dansa Kourouma prévient : ‘’le contrôle parlementaire n’est pas dirigé contre le gouvernement…’’

Le président de l’Assemblée nationale a appelé les députés à considérer leur mandat comme une responsabilité au service de la Nation. A l’ouverture de la première session ordinaire unique de la législature, Dansa Kourouma a décliné les principales priorités de son institution, notamment l’amélioration de la qualité des lois, le rapprochement avec les citoyens et le contrôle de l’action gouvernementale.

Dans son discours, le président du Parlement a rappelé aux élus que leur mandat ne saurait être considéré comme un privilège.

‘’Le mandat que nous avons reçu n’est pas une récompense. Ce n’est ni un titre honorifique, ni une position sociale, ni un privilège. C’est une charge au sens le plus noble et le plus exigeant du terme. Le peuple qui nous a élus pour que nous soyons quelqu’un, il nous a élus pour que nous fassions quelque chose. Chacun d’entre nous a été élu dans une circonscription, sur une liste, mais aucun d’entre nous ne représente une parcelle de la Nation. Le député de Boké est aussi celui de Nzérékoré. Le député de Kankan est aussi celui de Labé. Le député de Kaloum est aussi celui du paysan de Kissidougou. Notre mandat est national et notre regard doit l’être aussi’’, a-t-il souligné.

Pour le président de l’Assemblée nationale, l’assiduité doit constituer l’une des premières obligations des députés.

‘’Un siège vide est une voix perdue par le peuple. La présence en séance plénière, comme en commission, n’est pas une option. Elle est la première forme de respect que nous devons à nos électeurs. Lire les textes, les comprendre, les amender, interroger, proposer. Chaque vote exprimé dans l’hémicycle doit refléter une préoccupation des citoyens. Le citoyen nous regarde. Il attend de ses représentants une conduite digne, une probité sans faille et un sens élevé de l’intérêt général’’, a-t-il martelé.

Dansa Kourouma a par ailleurs invité les députés à faire du Parlement un espace de débat démocratique, malgré les divergences de points de vue.

‘’Nous devons savoir nous écouter sans nous renier, nous opposer sans nous diviser, débattre sans nous décrédibiliser et défendre nos convictions sans jamais perdre de vue l’exigence du respect de l’autre et la primauté de l’intérêt général’’, a-t-il lancé.

Pour cette première session ordinaire unique de la législature, le chef du pouvoir législatif a annoncé plusieurs priorités qui devront guider le travail parlementaire.

‘’Une constitution, aussi belle soit-elle, demeure une promesse tant que ses lois organiques ne lui ont pas donné vie. Car sans ces lois, la constitution reste une architecture inachevée’’, a-t-il noté.

À ses yeux, ces textes sont indispensables pour préciser ‘’l’organisation, la composition, les attributions et le fonctionnement’’ des institutions.

‘’Le temps n’est plus où l’on mesurait le travail d’une assemblée aux normes de textes votés. Ce qui compte, c’est la qualité de ces textes et surtout les effets réels sur la vie des citoyens’’, a-t-il déclaré, avant de résumer les enjeux en trois formules, à savoir  ‘’une loi qui n’est pas appliquée est une loi qui affaiblit l’État. Une loi mal écrite est une loi qui divise les juges et égare les citoyens. Une loi sans moyen est une promesse sans lendemain’’.

Dr Kourouma a cité Montesquieu pour rappeler que ‘’les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires’’.

Il a plaidé pour ‘’des lois claires, applicables et appliquées, mais aussi pour des lois efficaces, qui atteignent leurs objectifs, et des lois efficientes, qui permettent de les atteindre au meilleur coût pour la collectivité’’.

Pour y parvenir, il a annoncé le renforcement de l’expertise mise à la disposition des commissions, l’audition des acteurs concernés et des spécialistes, ainsi que la réalisation d’analyses d’impact des textes.

Dans le même cadre, il a dénoncé le sentiment selon lequel certains citoyens ne verraient leur député qu’en période électorale.

‘’Trop longtemps, le citoyen a eu le sentiment que son député ne le visitait qu’en période électorale. Ce sentiment, nous devons l’éradiquer définitivement. Le député n’est pas un visiteur de sa circonscription, il est la voix dans cet hémicycle de sa circonscription, le messager de notre nation auprès d’elle. Ce temps n’est pas un temps de repos, c’est un temps de mandat. Ces périodes devront notamment servir à écouter, à expliquer les lois votées, à recueillir les préoccupations des populations et à constater sur le terrain l’état des services publics et des projets de l’État’’, a-t-il fait savoir.

La quatrième priorité annoncée par Dansa Kourouma concerne le contrôle de l’action gouvernementale. S’adressant au Premier ministre et aux membres du gouvernement, il a voulu préciser l’esprit dans lequel l’Assemblée nationale entend exercer cette prérogative.

‘’Le contrôle parlementaire n’est ni une opposition systématique, ni une complaisance de principes. Il n’est pas dirigé contre le gouvernement, il est exercé au service de l’action publique. Contrôler, c’est aider l’État à mieux faire. C’est vérifier que les engagements sont tenus, que les ressources publiques sont bien employées et que les politiques produisent les résultats attendus pour les populations’’, a-t-il indiqué.

‘’Au plus haut sommet de l’État, le président de la République fait preuve d’une exigence croissante quant à la qualité de la gouvernance publique, à la reddition des comptes et à l’obligation des résultats. L’Assemblée nationale entend être un partenaire exigeant de cette ambition présidentielle, dans le cadre de ses prérogatives’’, a-t-il dit.

Pour exercer ce contrôle, le Parlement compte utiliser les différents mécanismes prévus par la Constitution et son règlement intérieur.

‘’Les questions écrites et orales, les questions d’actualité au gouvernement, les auditions des membres du gouvernement et des responsables d’établissements publics, les missions d’information, et lorsque cela sera nécessaire, les commissions d’enquête parlementaire. C’est dans le budget que se lisent les véritables choix d’une nation. Passer progressivement d’un contrôle de conformité à un contrôle de la performance. Nous voulons passer progressivement d’un contrôle de conformité à un contrôle de la performance. Il ne suffit plus de savoir si une dépense a été régulièrement engagée. Il faut savoir ce qu’elle a produit’’, a-t-il expliqué.

Dr Dansa a annoncé que le programme Simandou 2040 constituera un terrain majeur pour l’exercice de ce contrôle de performance.

‘’Ce document stratégique traduit dans la loi-plan 2026-2040 et la loi-programme 2026-2030 conduira la Guinée durant les 14 prochaines années. Simandou 2040 porte l’ambition de transformer notre économie, de faire de nos ressources naturelles le levier d’un développement inclusif et durable et d’offrir à notre jeunesse les perspectives qu’elle mérite’’, a-t-il souligné.

Boussouriou Doumba, pour VisionGuinee.Info

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