Quand un auteur passe en quelques mois : d’un éloge quasi mystique « notre sorcier national », à une déconstruction sévère « général d’une armée d’ombres », cela ne relève pas d’une simple évolution intellectuelle. C’est un changement de registre, un repositionnement stratégique.
En effet, il y a des plumes qui changent de camp sans changer d’encre. Ousmane Boh Kaba vient d’en offrir la démonstration éclatante. En quelques mois, l’auteur est passé de la défense passionnée de Cellou Dalein Diallo à une attaque en règle, tout en glissant au passage un hommage appuyé au Président de la République « Un geste, un homme, une nation… ». Une trajectoire si nette qu’elle en devient transparente.
En août 2025, Ousmane Boh Kaba écrivait que l’exilé Cellou Dalein Diallo était devenu le “coupable éternel” du pays. Il dénonçait l’acharnement, l’injustice, la peur du bulletin de vote. Il rappelait que l’opposant était le miroir de nos lâchetés collectives. Bref, il parlait comme un homme affranchi.
Puis, soudain, changement de décor.
Un premier texte façon câlinothérapie : « Et maintenant… les femmes ! », comme un signal faible, un frémissement de repositionnement. On y lit : « Le Président, dans l’élan de l’investiture, a pourtant trouvé les mots justes… il avait raison (SIC) de dire qu’il n’y a pas de développement durable sans la pleine participation des femmes. » Un hommage feutré, enveloppé dans la douceur du consensus. Une entrée en matière qui prépare déjà le glissement.
Puis vient le véritable virage.
Dans « Un geste, un homme, une nation… », M. Kaba déroule un tapis rouge narratif au pouvoir. Il affirme que le geste du Général « le grandit plus que tous les défilés et tous les discours ». Il érige un acte isolé en scène fondatrice. Il transforme un dirigeant en figure rédemptrice. Sous couvert d’humanisme, le texte devient un instrument de légitimation. Une opération de polissage symbolique. Une manière de préparer les esprits, voire le terrain.
Et ce terrain, il le préparait pour quoi ? Pour frapper.
Quelques jours plus tard, Ousmane Boh Kaba publie « Cellou Dalein Diallo, général d’une armée d’ombres ». Le ton n’a plus rien à voir. Cellou devient un exilé confortable, un commentateur de salon, un leader sans courage. M. Kaba va jusqu’à écrire que l’opposant “risque une crampe au pouce” pendant que ses militants affrontent la répression.
Le contraste avec son texte « notre sorcier national » est si violent qu’il ne peut être accidentel.
Ce n’est pas une évolution. C’est un repositionnement.
Et pour se protéger, il ajoute la phrase magique : « Je sais que cette tribune sera interprétée comme une attaque ou une prise de position en faveur du pouvoir. » La phrase qui trahit plus qu’elle ne protège et elle demeure surtout une classique à la rhétorique défensive.
Le problème n’est pas qu’Ousmane Boh Kaba critique Cellou Dalein Diallo. Ce qui interroge ici, c’est la synchronisation des textes, la violence du contraste, la direction du mouvement. On ne passe pas : d’un éloge vibrant d’un opposant, à une glorification du pouvoir, puis à une attaque frontale contre ce même opposant, par accident. Un tel zigzag ne relève ni de la nuance ni de la maturation. C’est un virage calculé, un repositionnement assumé mais jamais avoué.
Les dernières sorties médiatiques de M. Kaba de « Et maintenant…les femmes ! » à « Cellou Dalein Diallo, général d’une armée d’ombres » tout en passant par « Un geste, un homme, une nation… » racontent une seule et même histoire : celle d’un auteur qui glisse, qui pivote, qui se repositionne, mais qui refuse de l’avouer.
Dans un espace public où chaque mot compte, où chaque silence pèse, où chaque plume peut devenir arme ou bouclier, ce genre de virage n’est jamais neutre. Il dit quelque chose. Il révèle quelque chose. Il engage quelque chose.
Alors oui, il faut le dire clairement : Ousmane Boh Kaba n’a pas seulement changé de ton. Il a changé de camp. Et il l’a fait avec la subtilité de ceux qui espèrent qu’on ne les verra pas bouger.
Et ironie du sort : il vient lui-même de démontrer que Cellou Dalein Diallo demeure ce « coupable éternel » qu’il décrivait hier encore. Non plus parce qu’on le désigne ainsi, mais parce que certains ont choisi d’ajuster leur plume au climat du moment.
Diané Taliby