Déguerpi de Kaporo-rails, un père de famille s’en remet à Dieu : ‘’Je n’ai nulle part où aller…’’

[dropcap]L[/dropcap]e ministre de la Ville et de l’Aménagement du territoire est passé à la vitesse supérieure. Ibrahima Kourouma a entamé mardi une vaste opération de déguerpissement des occupants de Kaporo-rails sur le centre directionnel de Koloma.

Plusieurs occupants des lieux, qui se retrouvent sans abri, ont plaidé la clémence de l’Etat. Boubacar Sidy Diallo, habite la zone depuis près de 40 ans. Lui et sa famille se retrouvent dans la rue, obligés de dormir à la belle étoile après cette opération de déguerpissement.

‘’Je suis sans mots. Nous sommes guinéens comme eux. Venir casser des maisons de la sorte, c’est déplorable’’, se lamente le père de famille, déboussolé.

Aujourd’hui, assure M. Diallo, ‘’je n’ai nulle part où aller, mais je m’en remets à Dieu. J’habite dans la zone depuis près de 40 ans. Que le président de République sache que nous sommes guinéens et nous avons des droits que l’Etat devrait s’atteler à respecter’’.

Hamidou Thiam est une autre victime du déguerpissement. Arrivé au centre directionnel de Koloma en 2012, il affirme qu’il gagnait sa vie, en exerçant le métier d’ouvrier, sur le site.  ‘’C’est ici je me débrouille depuis des années’’, nous indique-t-il avant de se demander ‘’comment vais-je faire pour m’en sortir après ce déguerpissement ?’’

Oumar Barry, diplômé d’université depuis 5 ans, déclare qu’il peine à décrocher son premier boulot. Pour ne pas continuer à dépendre de ses parents, il installe un kiosque à Kaporo-rails. Mardi, sous son regard impuissant, des gendarmes ont démoli sa baraque.

‘’Ce kiosque était mon seul gagne-pain en vue d’éviter de tendre la main. Mais nous avons été surpris hier matin par la présence du ministre du territoire et  l’aménagement nous demandant de quitter les lieux. On n’est pas contre le déguerpissement, mais c’est la manière’’, martèle le jeune Barry qui demande au gouvernement de revoir sa copie et de réaliser que de nombreux guinéens gagnaient leur vie sur le site déguerpi.

Salématou BALDE, pour VisionGuinee.Info

Comments (1)
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  • I. Mb. SOW

    D’autres zones occupées comme la Sig-Madina ou les casses auto de Dixinn et du Quartier ENTA sont pourtant également des domaines de l’Etat, à ce que l’on sache.
    Seulement, en Guinée il y a deux catégories distinctes d’occupants illégaux et ce, depuis l’ère Lansana Conté du reste: ceux que l’on peut déguerpir, sans aucun risque de soulèvement social, pour récuprer les terrains et ceux que l’Etat place au-dessus des lois et dont les droits sont évidemment tabous.
    L’opposition crédible et les Guinéens avisés devraient plutôt s’inquiéter de cette folle politique de spéculation et de rente immobilière, que le pouvoir RPGiste a ainsi engagée dans la capitale guinéenne. Ils veulent transférer tous les ministères de Kaloum à Koloma. Mais que feront-ils des terrains de ces différents bâtiments vétustes ?
    C’est toute la question à se poser, quand on connaît le prix du mètre carré de terrain dans cette zone de Conakry aujourd’hui (…)