La récente décision du Ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation (MATD) de dissoudre 40 partis politiques, dont plusieurs figures majeures de l’opposition des principaux ténors de l’opposition, notamment l’UFDG, le RPG Arc-en-ciel et l’UFR continue de susciter de vives réactions en Guinée. Entre soutien au respect des règles et inquiétudes pour l’avenir de la démocratie, des citoyens livrent des avis profondément partagés.
Ce mardi 17 mars, VisionGuinee a tendu son micro à des citoyens. Aboubacar Camara estime que le gouvernement est dans son droit de dissoudre ces partis politiques s’ils ne répondent pas à certaines exigences.
“Quand une situation survient comme ça, chacun a sa manière d’interpréter. Avant même qu’on ne parte aux élections, le gouvernement est passé pour faire des évaluations de tous les partis politiques en République de Guinée. Alors, suite à cela, les partis politiques ont été catégorisés. Il y en a qui étaient en normes et d’autres non. Et ceux qui n’étaient pas en normes ont été invités à fournir certains documents. Il y en a aussi qu’on a mis en demeure afin de reprendre complètement leur structure. Alors, nous sommes restés dans cela et nous sommes allés aux élections avec les partis qui étaient vraiment en règle. Si jusque-là, ils n’ont pas réussi à se mettre en règle, je crois que le gouvernement, même s’il y a des dessous, est dans son droit de dissoudre ces partis”, assure-t-il.
Toutefois, il exhorte le gouvernement à donner une seconde chance à ces partis, pour qu’ils “puissent se restructurer et revenir avec force. Mais vous savez, dans une république démocratique, quand vous voulez créer un parti politique, il y a des règles et des principes à respecter. Alors, si ces choses-là ne sont pas vraiment dans les normes, je crois que celui qui a la responsabilité de faire respecter ces principes en a le droit, surtout s’il avait donné un délai moratoire pour se mettre en règle”.
Malgré le fait que ces formations politiques ne prendront pas part aux prochaines échéances électorales, Aboubacar Camara souligne qu’ils ont “encore la chance de se restructurer et de se mettre en règle. Nous, on peut penser que c’est une manière de les bloquer, de les empêcher de se présenter aux élections législatives et communales à venir. Ça peut être vrai, mais je crois que nous devons maintenant changer la donne pour que chacun se mette en règle s’il veut réellement représenter un parti. Donc, il faut que nous acceptions cela, parce que nous voulons que beaucoup de choses changent maintenant”.
Mamadou Madiou Barry assure que cette décision des autorités publiques prouve à suffisance que le régime en place veut instaurer un parti-État en Guinée.
“Aujourd’hui, on a compris que dans notre pays, on est en train de faire taire toutes les voix discordantes. Il n’y a plus de contre-pouvoir. Ce que nous constatons, c’est l’instauration du parti unique. Mamadi Doumbouya est en train d’instaurer une dictature qui ne dit pas son nom. Maintenant, il est temps que les partis politiques dissous saisissent la justice pour qu’ils soient rétablis dans leurs droits”, estime-t-il.
À ceux qui pensent que la dissolution de ces partis politiques peut stopper les protestations de rue, Madiou Barry répond : “Je pense que c’est une mauvaise lecture. Les partis politiques n’ont jamais été un problème en Guinée. Ce sont plutôt les dirigeants qui réprimaient les manifestations, alors qu’elles sont un droit constitutionnel. Je pense que ceux qui estiment que cela va amener la quiétude dans la cité se trompent. Ça va plutôt créer des tensions, parce qu’on sera sous une dictature. Aujourd’hui, toutes les personnes qui vont oser dire non à ce régime seront kidnappées. C’est un recul. Même si aujourd’hui les gens ne descendent pas dans la rue, ils ne vont pas se taire. Cela va toujours continuer à faire des remous”.
Mamadou Yaya Diallo analyse cette dissolution des partis politiques sous deux volets.
“La dissolution de plusieurs partis politiques a des avantages et des inconvénients. D’abord, cela peut réduire les conflits politiques et renforcer aussi l’unité nationale. Parce que, quand il y a beaucoup de partis politiques, certains vont défendre le parti de leur région ou de leur ethnie. Le gouvernement aussi va gouverner au nom de toute la nation, et non pour un groupe d’individus. En supprimant beaucoup de partis politiques, le pouvoir peut prendre des décisions sans blocage politique, sans opposition parlementaire ou débat prolongé”, explique-t-il.
Et d’ajouter : “Parlant des inconvénients, cela tue carrément la démocratie dans un pays. Les partis politiques sont essentiels dans une démocratie. Sans eux, les citoyens ont moins de choix pour élire leurs dirigeants. C’est un facteur très dangereux pour la démocratie. Et le pouvoir peut se retrouver entre les mains d’un seul groupe d’individus ou d’un seul dirigeant, ce qui peut conduire à une dictature. On peut dire que la dissolution des partis politiques peut apporter un certain calme politique à court terme, mais à long terme, cela peut affaiblir la démocratie, la liberté d’expression et la participation des citoyens aux différentes élections qui vont se tenir dans le pays”.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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