Dans un entretien accordé à VisionGuinee, le Dr Moustapha Diop, pédiatre et responsable de l’unité d’hématologie et d’oncologie pédiatrique de l’hôpital national Donka, tire la sonnette d’alarme sur le cancer chez l’enfant, une maladie devenue un véritable enjeu de santé publique. Il souligne qu’un dépistage précoce permettrait d’augmenter considérablement les chances de guérison.
Face à cette réalité, le spécialiste appelle les professionnels de santé ainsi que la communauté à agir vite, en favorisant un diagnostic précoce pour épargner aux jeunes patients des complications souvent évitables.
VisionGuinée : Parlez-nous des cancers chez les enfants ?
Les cancers sont des maladies rares, souvent dues à une croissance incontrôlée des cellules. Quand vous prenez la cellule humaine, elle se développe, s’agrandit et meurt. Mais quand il y a un gène qui entraîne une certaine défaillance, cette croissance devient incontrôlée. Elle peut apparaître au niveau d’un tissu, des yeux ou de n’importe quelle autre partie du corps.
Quels sont les causes du cancer chez l’enfant ?
Contrairement aux cancers de l’adulte, ceux de l’enfant n’ont pratiquement pas de causes. 85 % des cancers chez l’enfant surviennent de façon sporadique. Il existe cependant des facteurs de prédisposition qui entraînent parfois la survenue de certains cancers, mais ceux-ci ne représentent que 5 à 10 %. Cela signifie que, dans 95 % des cas, il n’y a pas de cause identifiable.
D’autres facteurs sont parfois suspectés. Par exemple, un enfant atteint d’une leucémie, on peut se demander si ses parents n’utilisent pas des pesticides dans l’agriculture. Vivre près de lignes à haute tension, ou encore les cas d’enfants nés à Nagasaki et Hiroshima après la bombe atomique, où des cancers accompagnés de malformations ont été observés. Mais en général, chez les enfants, on recherche moins les causes, car elles sont très rares.
Comment peut-on reconnaître les symptômes ?
Il existe plusieurs types de cancers chez l’enfant. Le plus connu est la leucémie, un cancer du sang. Les signes sont : anémies à répétition, fièvre, ganglions (adénopathies), augmentation du volume du foie, besoin fréquent de transfusions… Ces signes sont souvent confondus avec le paludisme ou la drépanocytose.
On retrouve aussi le rétinoblastome, une tumeur oculaire. Un enfant avec une tache blanchâtre dans l’œil (leucocorie) ou un œil qui louche (strabisme) doit être orienté vers un ophtalmologue. D’autres tumeurs peuvent se manifester par des céphalées intenses ou une augmentation du volume de l’abdomen, ce qui peut indiquer un néphroblastome (tumeur du rein).
Chaque cancer a ses spécificités. Un cancer de l’œil chez un enfant de 0 à 5 ans peut par exemple être suspecté en cas de leucocorie.
Quels sont les risques pour les enfants atteints de cancer ?
Contrairement aux adultes, les cancers des enfants sont très chimio-sensibles, donc curables s’ils sont détectés tôt. Notre objectif est un diagnostic précoce, et non un dépistage comme pour le cancer du sein ou du col de l’utérus. Si le cancer est détecté très tôt, les chances de guérison sont énormes.
En Europe, le taux de guérison atteint 95 %, alors que dans les pays moins développés, il est inférieur à 20 %. Le vrai problème, c’est le retard au diagnostic. Il faut sensibiliser la communauté : un œil qui louche ou brille à la lumière n’est pas forcément sorcellerie, cela peut être un cancer.
Un enfant avec des anémies à répétition, une fièvre persistante, plusieurs transfusions doit être envoyé chez un spécialiste pour un hémogramme. Seul un spécialiste peut faire la différence
Le cancer chez l’enfant constitue-t-il un problème de santé publique ?
Oui. En Guinée, on estime à 500 le nombre de nouveaux cas attendus chaque année. Mais, à cause du manque d’information, beaucoup d’enfants ne sont pas amenés à l’hôpital à temps. Entre 2008 et 2015, seuls 20 à 30 cas étaient diagnostiqués par an. Aujourd’hui, nous en sommes à environ 150 par an, ce qui montre que la sensibilisation commence à porter ses fruits. Mais il reste un écart important : 500 attendus contre 150 diagnostiqués.
Pire, 80 % des cas diagnostiqués le sont à un stade avancé de la maladie, ce qui réduit fortement les chances de guérison.
Qu’est-ce qu’il faut pour éviter ces cancers ?
Je ne parlerai pas d’éviter, mais de diagnostiquer précocement. Il faut sensibiliser la population pour qu’elle amène les enfants à l’hôpital dès les premiers signes. Une tumeur comme le rétinoblastome, si elle est dépistée tôt, peut guérir à 100 %.
Il faut enlever de la tête des gens que le cancer est égal à la mort. Non, le cancer n’est pas une fatalité. Il peut être guéri, à condition qu’il soit détecté assez tôt pour maximiser les chances de survie.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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