Dans le quartier Hafia, à Dixinn, l’effondrement d’un immeuble dans la nuit du lundi 10 au mardi 11 août, qui a fait cinq morts, suscite de nombreuses interrogations. Sur place, un témoin évoque des signes de fragilité apparus sur le chantier avant le drame et soulèvent des questions sur les conditions dans lesquelles les travaux étaient conduits.
Aboubacar Sidiki Condé, voisin de l’immeuble effondré, affirme que des alertes avaient été données quelques heures avant le drame et que les autorités locales avaient été informées de la situation.
‘’Quand nous sommes dans le quartier, c’est ici que nous passons assez de temps. Même hier soir, c’est moi qui ai fait prier des gens ici. Quand je suis venu, j’ai été informé qu’il y a une fissure sur un pilier de l’immeuble qui était là. Du coup, je suis allé constater les faits. Avant cela, moi, je me suis posé la question, j’ai dit : ils ont commencé l’immeuble-là, mais je ne vois aucune plaque, aucun indicatif qui prouve qu’il y a eu des études préalables’’, témoigne-t-il.
Selon lui, l’absence d’un ingénieur sur le chantier constituait un sujet d’inquiétude. Il affirme que les travaux étaient coordonnés par un maçon.
‘’Quand je suis venu regarder les dégâts, j’ai posé quelques questions, j’ai demandé où est le chef de chantier. Parce qu’ici, il n’y a pas d’ingénieur, c’est un maçon qui coordonne les travaux. Je suis allé le trouver, c’est lui qui était sorti vers 14h, en courant. Il est venu informer la famille en disant : évacuez, évacuez. Après, il est reparti trouver des supports, pensant que ces supports pouvaient retenir l’immeuble. Le chef de quartier a été informé, lui aussi, à son tour, a informé la commune’’, relate-t-il.
Le témoin affirme que le chef de quartier s’est ensuite rendu sur les lieux et a procédé à la fermeture du chantier. Un responsable du service de l’habitat de la commune est arrivé vers 19 heures.
‘’Le chef de quartier est venu regarder le chantier et a fermé le coin. Après ça, un responsable du service de l’habitat de la commune est venu vers 19h. Nous, on était là. Après, il ne nous a rien dit, il est parti. Moi, selon mon constat, ils ont négligé, parce qu’étant un professionnel, quand tu viens voir un tel dégât, il faut prendre des mesures préventives. Cela n’a pas été fait, ils ont minimisé’’, affirme-t-il.
Aboubacar Sidiki Condé met en cause les conditions techniques dans lesquelles le bâtiment aurait été construit. Il s’interroge sur l’absence, selon lui, d’un ingénieur et sur la réalisation d’études préalables. ‘’Ils ont construit cet immeuble, il n’y a pas un ingénieur. Comment construire un immeuble pareil, sans un ingénieur, sans les études préalables ?’’, se demande-t-il.
Selon son témoignage, ‘’il y avait une construction là-bas que le même maçon avait faite, mais il a démoli cela. Après, ils ont commencé à construire un étage de R+5’’.
Sur le bilan du drame, notre interlocuteur rapporte que parmi les victimes figurent Mariama, une femme âgée de 70 ans, ainsi qu’Amara, un jeune vacancier de 18 ans, Baba, âgé de 22 ans, une fillette de 8 ans et Moustapha, 15 ans, qui a passé cette année son BEPC.
Cinq personnes ont par ailleurs été secourues et évacuées à l’hôpital pour y recevoir des soins.
Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.info
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