La famille de Mariam Camara, âgée de 28 ans et diplômée de l’Institut supérieur des Arts Mory Kanté de Dubréka, est sans nouvelles de leur fille depuis janvier 2025. Rencontrée ce lundi 6 juillet à son domicile au Km36, sa grande sœur, M’Mahawa Agnès Camara, est revenue, au cours d’un entretien accordé à notre rédaction, sur la disparition soudaine de sa jeune sœur, les tentatives d’arnaque dont ses proches ont été victimes et les difficultés auxquelles la famille est confrontée depuis le début de cette affaire.
Selon M’Mahawa Camara, sa sœur n’avait aucun projet de voyage avant sa disparition. ‘’Au mois de janvier 2025, ma marâtre m’a appelée en larmes pour me dire que ma sœur est partie, mais qu’elle ne savait pas où elle était allée. Je me suis rendue directement chez elle à Kagbélen pour comprendre ce qui se passait. Elle m’a dit que ce jour-là, très tôt le matin, ma sœur avait fait des sacrifices avant de quitter la maison. Elle avait dit qu’elle partait à Kamsar’’, raconte-t-elle.
Et d’ajouter : ‘’Quelques jours après, j’ai réussi à la joindre sur les réseaux sociaux. Je lui ai demandé où elle était. Elle m’a dit qu’elle était en Algérie et m’a demandé de lui envoyer de l’argent. C’est ce qu’elle a également dit à mon petit frère. Tantôt, elle nous disait qu’elle était au Liberia, en Algérie ou en Sierra Leone. Mais elle ne nous disait jamais exactement où elle se trouvait. Quand on a voulu la mettre en contact avec quelqu’un qui est au Liberia, elle a refusé’’.
Des sommes d’argent réclamées à la famille
Sa grande sœur affirme que la famille a dépensé d’importantes sommes d’argent depuis le départ de Mariam de Guinée. ‘’Un jour, elle nous a appelés pour nous demander un montant de 1 million, puis 2 millions de francs guinéens afin qu’elle puisse faire son visa pour partir en Europe. Ensuite, elle nous demandait de l’argent à chaque fois. Nous faisions les dépôts sur le compte d’une autre personne. Très souvent, c’est mon petit frère qui se trouve en ville qui lui envoyait de l’argent’’, explique-t-elle.
Selon M’Mahawa Camara, cette situation a conduit son jeune frère Abdoul Gassim Camara à se rendre sur place. ‘’C’est ainsi qu’elle a réussi à piéger notre benjamin Abdoul Gassim Camara. Ce dernier est parti la retrouver là-bas. Il est resté pendant quelques mois. Mais comme il aimait lire le Coran, c’est grâce à cela qu’il a pu s’en sortir. Avec l’aide d’un guinéen vivant là-bas, ce dernier l’a hébergé pendant trois jours avant de l’accompagner jusqu’à la frontière. Ensuite, il s’est embarqué pour revenir ici’’, souligne Mme Camara.
La mort tragique de son jeune frère
Alors que des membres de la famille se rendaient en Sierra Leone, en compagnie d’Abdoul Gassim, pour tenter de retrouver Mariam, ce dernier a perdu la vie dans un tragique accident de la circulation.
‘’Vers la fin du mois de mai de cette année, ma marâtre a décidé encore d’envoyer des membres de notre famille avec notre benjamin Gassim pour aller chercher ma sœur en Sierra Leone, sans nous avertir. Ils sont partis un samedi matin à 6 heures. Après la frontière, vers Makeni, ils ont fait un accident. Mon petit frère, qui s’était échappé des mains de ces arnaqueurs, a perdu la vie sur le champ. Ils étaient au nombre de 5 dans la voiture. Tous les autres ont été grièvement blessés. La voiture a été totalement endommagée’’, déplore M’Mahawa Camara, encore sous le choc.
Selon elle, ‘’avant cet incident malheureux, on devait lui envoyer encore 5 millions. Mais finalement, nous avons renoncé. Nous avons décidé de ne plus rien lui envoyer. Depuis, nous cherchons des informations afin de pouvoir la ramener ici. C’est ce que nous faisons actuellement’’.
Elle souligne que ‘’même avant-hier, ma marâtre m’a appelée. Elle m’a dit avoir échangé avec une de ses petites sœurs qui se trouve en Sierra Leone. Cette dernière aurait trouvé un endroit où l’on pourrait faire des sacrifices pour essayer de la retrouver. Mais il faut mobiliser 2,5 millions GNF’’.
Aucune compassion après le décès de son petit frère
M’Mahawa Agnès Camara affirme n’avoir constaté aucun regret de la part de sa sœur après avoir appris le décès de leur frère.
‘’Après le décès de son petit frère, elle n’a pas réagi. Elle m’a juste demandé d’envoyer une preuve attestant que son frère est bel et bien décédé. J’ai publié sa photo pour annoncer son décès. Elle l’a vue, mais elle n’était pas convaincue. Je l’ai appelée sur Messenger. Je lui ai dit de se rendre à Makeni sur le lieu de l’accident si réellement elle se trouvait en Sierra Leone. Il y a une gendarmerie à côté, elle aurait pu avoir des preuves. Elle a dit qu’elle n’était pas à Makeni mais en Algérie’’, indique-t-elle.
Plusieurs tentatives d’arnaque dans la famille
M’Mahawa Camara affirme que sa sœur continue de contacter certains membres de la famille pour les pousser à la rejoindre.
‘’Le mois passé, elle avait réussi à embarquer un autre de nos frères dans cette histoire. C’est grâce à Dieu qu’il a pu s’échapper. Il a fait quelques mois là-bas. Les gens qui le retenaient lui réclamaient une forte somme d’argent. Sa maman leur a dit qu’elle avait deux maisons à Conakry et qu’elle devait en vendre une pour l’aider. Mais il fallait qu’il vienne signer les papiers, sinon elle ne pourra pas vendre. Finalement, ils l’ont laissé venir sans ses affaires. C’est ainsi qu’il a réussi à se libérer. Mais sa maman avait fait beaucoup de sacrifices avant cela’’, confie Mme Camara.
A l’en croire, ‘’elle a voulu arnaquer beaucoup de nos proches. Nous avons un petit frère chanteur qui s’appelle Yamsik. Lui et ses deux petits frères ont échappé de justesse. Elle a voulu les arnaquer, eux aussi. Mais Dieu merci, ils ont eu la chance parce que je les avais prévenus’’.
Un changement inquiétant dans son comportement
Mme Camara reste convaincue que Mariam n’agit pas de son plein gré. ‘’Ma sœur était un peu grosse avant de quitter ici. Mais un jour, lors d’un appel vidéo, j’ai remarqué qu’elle avait perdu du poids. Il y a un grand changement dans sa manière de parler. Sa voix tremble et puis elle n’a plus toute sa tête comme avant. Parfois, elle nous pose beaucoup de conditions et elle nous parle mal. Elle nous oblige à lui envoyer de l’argent. Avant son départ, c’était une fille simple et respectueuse. Elle était joyeuse, elle ne parlait pas trop et respectait tout le monde. Elle était timide. D’ailleurs, elle travaillait dans un restaurant ici et elle gagnait très bien sa vie’’.
La famille de Mariam Camara lance un appel aux autorités afin qu’elles interviennent pour retrouver la jeune femme et démanteler ce réseau présumé qui, selon elle, cause d’importants préjudices à plusieurs familles guinéennes.
‘’Nous demandons à l’État de nous aider à la retrouver. Parce qu’on a vraiment besoin d’elle. Notre papa est décédé. Notre marâtre ne fait que pleurer. Elle a besoin de sa fille, ainsi que nous aussi, nous avons besoin de notre sœur’’, conclut M’Mahawa Camara.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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