Et si la Gambie tenait enfin sa chance ?

A moins de trois mois de la présidentielle de décembre 2026, Adama Barrow vient de réussir ce que personne n’attendait de l’ancien opérateur immobilier devenu président par accident de l’histoire. Rallier Essa Faal, l’ancien procureur de la TRRC, la conscience morale de l’après-Jammeh. Rallier Mamma Kandeh, l’éternel troisième homme. Deux signatures qui donnent corps à sa Grande Alliance.

Mais au-delà du calcul électoral, c’est un autre enjeu qui se joue. Celui de l’ancrage démocratique.

Nous étions nombreux à craindre le pire. Que ce petit pays de moins de trois millions d’âmes, à peine sorti des bottes du tyran Yahya Jammeh, ne retombe sous le diktat kaki. Que l’hymne retrouvé de la démocratie, de la liberté d’expression et d’opinion, ne soit qu’une parenthèse.

La Gambie n’est pas un pays comme un autre. C’est la principale destination touristique d’Afrique de l’Ouest pour l’Europe. Son unique grande industrie. Cette industrie ne vit que de stabilité, d’image, de liberté. Les touristes ne viennent pas sous les baïonnettes. Ils viennent où l’on respire. Barrow l’a compris.

Face à lui, une opposition éclatée en trois blocs. Darboe et son Gambia First. Bensouda et sa Coalition 2026. Le PDOIS et sa gauche. Tous divisés. Tous audibles, justement parce que Barrow les laisse parler.

C’est là que se joue l’histoire. La Gambie a vocation à devenir un hub démocratique dans une sous-région infestée de putschs. Un laboratoire où l’on prouve que la liberté d’expression rapporte plus que la rente pétrolière.

Monsieur le Président, vous n’avez pas le droit à l’erreur. Vous n’avez pas le droit de porter le bâton du crocodile dictateur que le peuple a arraché et enterré à jamais. Votre rassemblement ne doit pas être une OPA. Il doit être la garantie que plus jamais un Gambien n’aura peur de parler.

L’Europe vous regarde. L’Afrique vous observe. Saisissez cette chance !

Car cette démocratie recouvrée, si chèrement acquise sur les cendres du régime Jammeh, reste une conquête fragile. Elle ressemble à cet œuf précieux qu’il faut couver sans relâche, à cette prunelle des yeux que chaque Gambien doit protéger avec une ferveur sacrée.

Dans ce tournant historique, la responsabilité d’un tel héritage ne repose pas uniquement sur les épaules du pouvoir en place. Elle incombe tout autant aux tenanciers de la mouvance présidentielle qu’aux figures de l’opposition. Tous appelés à placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des querelles d’appareil et des ambitions personnelles.

Dans notre Afrique de l’Ouest secouée par les incertitudes, la Gambie n’a d’autre choix que d’élever son jeu politique au niveau des grands standards civiques. Que l’on milite au sein de la Grande Alliance de Barrow ou dans les rangs des contestataires, le débat d’idées doit primer sur la confrontation, et la tolérance sur la discorde.

Protéger cet espace de liberté, veiller au respect des institutions et garantir la paix civile demeurent les seuls véritables garanties d’un avenir prospère.

J’ai dit.

Par Alpha Abdoulaye Diallo, in Le Populaire du 28 septembre 2026

 

Comments (0)
Add Comment