Exode rural au Fouta Djallon : un fléau qui appelle une réponse politique urgente

De Mamou, Dalaba, Pita, Labé, Koubia en passant par Tougué, Mali, Lélouma… l’exode rural est devenu une réalité palpable. Après une tournée couvrant 109 sous-préfectures et 10 préfectures du Fouta-Djallon, le constat est amer : une région au climat exceptionnel, dotée de richesses naturelles et humaines, mais qui donne l’impression d’être abandonnée par l’État.

Pourtant, certains villages comme Koula Mawdé, Popodara, Kouramangui, Kourou, Kollet, Bassara, Madina-Gnannou, Sogolon, Tourkoun, Tounkourouma, Moromi, etc. continuent de briller et montrent que le potentiel existe. Ce contraste souligne à quel point la question de l’exode rural est avant tout politique et stratégique.

Analyse politique du fléau

  1. Un abandon historique de l’intérieur du pays

Depuis l’indépendance, la Guinée a pratiqué une politique hypercentralisée.

Conakry concentre les infrastructures, les emplois et les services publics, laissant les zones rurales, et particulièrement le Fouta, dans une marginalisation croissante.

  1. Une jeunesse condamnée à partir

Faute d’emplois, d’universités performantes et de centres de formation adaptés, les jeunes n’ont qu’un choix : l’exode vers Conakry, le Sénégal ou l’Europe, jusqu’en Amérique voire même en Asie.

Cela crée un vide démographique et un affaiblissement social dans nos villages.

  1. Un paradoxe guinéen

Le Fouta est le « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest », il possède l’un des climats les plus beaux du monde, et pourtant il souffre de pauvreté, de routes impraticables et d’un manque criant d’investissements.

Ce paradoxe révèle une faillite de la vision politique nationale.

Solutions politiques envisageables

  1. Aménagement du territoire et désenclavement
  • Goudronner les axes stratégiques, notamment Labé–Koubia–Tougué, pour relier les zones rurales aux marchés.
  • Réhabiliter la route de Mamou à Labé, qui est devenue un véritable calvaire pour les riverains.
  • Investir dans l’électricité solaire, hydraulique et l’Internet rural.
  1. Modernisation agricole et agro-industrie
  • Transformer localement les produits du Fouta (pomme de terre, lait, fonio, fruits).
  • Créer des pôles agro-industriels régionaux avec des incitations fiscales.
  1. Décentralisation réelle
  • Donner aux communes et préfectures de véritables moyens financiers et décisionnels.
  • Installer des universités spécialisées (agronomie, santé, tourisme) et des hôpitaux modernes dans la région.
  1. Tourisme et valorisation du climat
  • Développer l’écotourisme autour des villages modèles comme Koula Mawdé, Timbi-Madina, Kollet, Bassara, Sagalé, Tourkoun, Moromi, etc.
  • Valoriser le patrimoine culturel peul et les paysages uniques du Fouta.

Conclusion

L’exode rural au Fouta-Djallon n’est pas qu’un drame social, c’est une question politique majeure.
Il met en évidence l’absence d’une vision nationale équilibrée, qui prenne en compte l’intérieur du pays.

La solution n’est pas de freiner artificiellement l’exode, mais de créer les conditions pour que rester devienne un choix attractif : routes modernes, emplois agricoles et industriels, services sociaux de qualité et valorisation du climat exceptionnel du Fouta.

Tant que cette volonté politique n’existe pas, notre région continuera de se vider, et la Guinée perdra une partie de son âme et de sa richesse.

Alpha Oumar Baldé
Analyste Politique

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