L’incident survenu à Labé, où des filles ont agressé leurs camarades tout en filmant et diffusant la vidéo sur les réseaux sociaux, ainsi que l’affaire de Kamsar, dans la préfecture de Boké, où des lycéennes ont partagé une vidéo jugée inappropriée sur Internet, ravivent le débat sur l’usage des réseaux sociaux et la possession de smartphones en milieu scolaire. Ces événements soulèvent des questions cruciales sur l’impact de ces technologies sur le comportement des élèves et sur la nécessité d’une régulation stricte.
Pour aborder ce sujet, VisionGuinee a interrogé Aboubacar Amara Camara, membre de l’Association des parents et amis de l’école primaire de Taouyah et conseiller du quartier de Taouyah, ainsi qu’Alhassane Ouendouno, directeur des études de l’école Bano à Keïtaya. Avec eux, nous avons évoqué la question de l’interdiction du téléphone et de la nécessité de restaurer l’autorité et les valeurs dans les établissements scolaires.
Aboubacar Amara Camara milite pour l’interdiction stricte des téléphones dans les écoles. ‘’À mon avis, il faut l’interdire surtout dans le milieu scolaire. Récemment, nous avons vécu la même chose dans une école privée à Taouyah où les enfants se sont permis de filmer une scène vraiment déplorable. Cette situation, nous l’avons gérée au niveau du quartier’’, indique-t-il.
Il fait remarquer que ‘’dans les établissements scolaires, les enfants ont une autre conception du téléphone que de l’utiliser à des fins scientifiques. Donc, il faudrait l’interdire dans le milieu scolaire. On n’est pas gendarme pour surveiller ce que les enfants font avec leurs téléphones. Si ce sont des recherches, ils peuvent les faire à la maison avec leurs parents. Sinon, avec les nouvelles technologies, ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent. À moins qu’il y ait un centre informatique à l’école où ils doivent apprendre des cours. Sinon, il faut l’interdire’’.
‘’Les enfants d’aujourd’hui n’ont pas la mentalité de comprendre qu’ils viennent à l’école pour eux et non pour leurs parents. À longueur de journée, on les voit dehors, alors que nous payons cher la scolarité. Ils ne sont pas conscients de leur situation. C’est pourquoi, on doit penser à leur place’’, estime M. Camara.
Comment restaurer l’autorité et les valeurs en milieu scolaire ?
Selon lui, ‘’en tant que parents, nous avons notre propre valeur et culture, mais on a tendance à copier ce qui ne peut pas s’adapter chez nous. Par exemple, interdire le fouet dans les établissements scolaires. Pourtant, on dit chez les musulmans que le Coran est venu avec le fouet. Donc, il faut le restaurer en milieu scolaire sans pour autant en abuser. Il faut aussi donner de la valeur et de l’autorité aux enseignants pour qu’ils puissent canaliser les enfants’’.
‘’Les parents doivent suivre leurs enfants à la maison. Parce qu’on a tendance à laisser les enfants aller à l’école juste pour être occupés, mais on ne les suit pas et c’est très grave. Pourtant, notre avenir en tant que parents, ce sont nos enfants. Ils sont notre relève, et si nous ne fermons pas les yeux pour leur inculquer l’éducation nécessaire, il ne servira à rien d’investir sur un enfant auquel on n’a pas l’autorité pour imposer quelque chose’’, assure-t-il.
Alhassane Ouendouno, directeur des études à l’école Bano à Keïtaya, invite les responsables du secteur éducatif à fixer des règles pour l’usage des téléphones à l’école.
‘’Il ne faut pas interdire le téléphone, mais l’État doit réglementer son utilisation. Parce que dans quelques années, l’école guinéenne va basculer dans le numérique et si nous n’apprenons pas aux enfants à utiliser les outils numériques, cela les affectera. Même si l’enfant envoie un téléphone à l’école, il faut chercher un endroit pour le garder’’, préconise-t-il.
En ce qui concerne les jeunes de moins de 18 ans qui utilisent des applications comme Facebook, TikTok et autres, M. Ouendouno pointe un doigt accusateur vers les parents.
‘’La faute, c’est aux parents. Parce que lorsque vous donnez un téléphone à un enfant, vous devez restreindre l’accès à Facebook, TikTok, Messenger et autres, pour permettre à l’enfant d’avoir accès uniquement aux applications éducatives. Les réseaux sociaux sont des outils très dangereux. Beaucoup l’utilisent sans le savoir. Il faut donc les interdire aux enfants et les préparer aux études. Les parents doivent être très vigilants pour savoir ce que l’enfant fait à l’école. Parce que nourrir l’enfant est important, mais il faut aussi nourrir son esprit’’, estime ce professionnel de l’éducation.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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