En annonçant qu’il ne briguera pas un troisième mandat à la tête du Bloc libéral, Faya Millimouno précise qu’il n’entend pas se retirer de la scène publique. Il affirme vouloir poursuivre son combat politique et se préparer à briguer la magistrature suprême du pays. Extraits…
« Parfois, lorsque certaines convictions sont fortes, il faut prendre toutes les dispositions pour ne pas les trahir.
Peut-être que Lansana Conté n’avait pas une mauvaise intention. Peut-être qu’il ne voulait pas confisquer le pouvoir après la période transitoire des années 80 et 90. Il ne voulait pas aller au-delà de deux mandats que lui conférait la Constitution de 1990.
Mais il y a eu des gens, des guinéens, les pires de ce pays, qui sont en train de faire marcher ce pays par la tête. Ceux-là ont créé le concept de Koudeïsme. Le Koudeïsme, c’est le concept qui a accompagné le général Lansana Conté à toucher à la Constitution que les guinéens avaient adoptée en 1990. Non seulement il a supprimé la limitation de mandats, mais il a aussi modifié leur durée. Au lieu d’un mandat de 5 ans, on est passé à un mandat de 7 ans.
Tout cela, c’est à cause de ces clients politiques qui tournaient autour de lui, qui suçaient le peuple, qui détournaient les biens de ce pays. Ceux-là ne voulaient pas que cela se termine. C’est pourquoi ils ont imposé le Koudeïsme à Lansana Conté.
Je ne voulais pas que mes collaborateurs du Bloc libéral fassent de moi un Lansana Conté. Il a été un grand homme. Nous sommes certes tous les deux Lansana, mais nous sommes aussi différents. Moi, on ne me change pas.
Je ne voulais pas qu’on fasse de moi un Alpha Condé. Parce qu’Alpha Condé, après s’être battu pendant de si longues années, est arrivé au pouvoir. Il a fait deux mandats, alors que lui-même, dans l’opposition, avait dénoncé avec vigueur les changements de Constitution par le président Lansana Conté. Ces mêmes clientélistes autour de lui, ces mêmes prédateurs, ces mêmes clients politiques lui ont dit : ‘’Si vous quittez, Monsieur le Président, le pays va tomber dans les mains de mécréants.’’ Ils lui ont imposé le Koudeïsme, ou même il s’est lui-même imposé le Koudeïsme en faisant croire que c’étaient les femmes de Avaria qui avaient payé sa caution.
Je ne voulais pas être entraîné sur ce chemin-là. C’est vrai, au sein de notre parti, ou dans ses textes fondateurs, il n’est pas prévu de limitation de mandats. Mais je veux vous apprendre aussi qu’aux États-Unis d’Amérique, lorsque la Constitution a été adoptée, il n’y avait pas de limitation de mandats. Pourtant, tous les présidents qui sont venus après l’adoption de cette Constitution n’ont fait qu’un ou deux mandats, jusqu’à Roosevelt. Il a été le seul, dans l’histoire politique des États-Unis, à avoir fait trois mandats. Il est mort au début du quatrième mandat.
Le fait que je ne me présente pas pour briguer un troisième mandat à la tête du Bloc libéral, je veux dire implicitement au peuple de Guinée que, si vous me faites confiance, si vous me portez à la tête de notre pays, je ne serai pas celui qui va tripatouiller votre Constitution pour rester au pouvoir. Parce que je ne crois pas que la longévité au pouvoir soit synonyme de bonheur ou de stabilité. Sinon, notre pays, la Guinée, serait le pays le plus stable.
En 50 ans, nous n’avons connu que deux présidents : M. Ahmed Sékou Touré, paix à son âme, et le général Lansana Conté, paix à son âme. Je ne crois pas que la longévité au pouvoir puisse faire le bonheur d’un peuple. Sinon, le Cameroun serait le pays le plus développé du monde aujourd’hui.
Les gens trouvent toujours les mots pour se dédire. Les gens ont toujours des troubadours autour d’eux pour tourner le dos à leurs engagements. Le président du Bloc libéral que je suis, et le président de la République de Guinée que je serai, c’est la rupture que je vous promets.
Lorsque j’ai fait la surprise de vous dire qu’à notre prochain congrès je ne briguerai pas de troisième mandat, il y en a qui n’ont pas compris mon message. Certains ont même pensé que c’était une trahison. Ce n’est pas parce que je ne serai pas candidat à un troisième mandat à la tête du Bloc libéral que l’ambition de diriger la Guinée m’a quitté, que mon amour pour le projet de société de ce parti ou le rêve que nourrissent les militants et sympathisants du Bloc libéral s’est éteint. Je ne m’écarterai jamais de ces rêves-là. Je serai là.
Je n’ai pas voulu qu’on fasse de moi un Alpha Condé. Je n’ai pas voulu qu’on fasse de moi un Lansana Conté. Je ne voulais pas qu’on m’impose le Koudeïsme. J’ai dit aux guinéens en 2012, quand nous créions le Bloc libéral, que le Bloc libéral ne sera jamais la propriété privée de quelqu’un. Il en sera ainsi.
Si demain, la situation s’y prête, et que le parti décide d’aller à des élections, et que je vous dise que je peux porter les couleurs de notre parti, si vous croyez encore en moi, il sera possible de travailler à faire arriver à Sékhoutouréyah un leader, un président en qui vous croyez.
Donc, ce n’est pas une démission, loin s’en faut. Ce n’est pas un recul, ce n’est pas un abandon. Je n’abandonnerai jamais le Bloc libéral. Je ne vous abandonnerai jamais. Et je continuerai à travailler avec force et conviction pour que notre projet de société devienne une réalité. Je compte sur chacun de vous ».