Guerre américano-israélienne contre l’Iran et convictions politiques : la leçon venue de Téhéran (Par Abdoulaye Condé)

Depuis plus de 3 semaines, l’Iran, confronté aux bombardements des aviations américaine et israélienne, avec des centaines de victimes humaines et des dégâts matériels très lourds, administre de coûteuses répliques aux coalisés et à leurs alliés, les monarchies du Golfe, que les experts de ces deux armées les mieux équipées n’ont pas pu prévoir.

Mais, au-delà de la résistance sur le front de la guerre, c’est l’attachement et la fidélité à leur régime que les dignitaires iraniens donnent en leçon de convictions politiques au monde, mais aussi à la Guinée où la transhumance semble être une religion chez les hommes publics et cadres.

La campagne aérienne américano-israélienne contre l’Iran a décimé les plus hauts échelons du pouvoir politique et militaire, détruit des infrastructures de commandement et de contrôle militaire essentielles ainsi que des capacités de combat, et endommagé des bâtiments civils à travers tout le pays.

Les opérations débutent par des frappes ciblées sur Téhéran, Ispahan, Qom, Karadj et Kermanchah. Un nombre important de figures clés du pouvoir sont tuées, dont le Guide suprême de la Révolution, l’Ayatollah Ali Khamenei, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Ali Shamkhani, l’ancien président de la République islamique Mahmoud Ahmadinejad, le ministre de la Défense Aziz Nasirzadeh et son successeur Majid Ebnelreza, la fille, le gendre et la petite-fille du Guide suprême.

Pour autant, la structure dirigeante de Téhéran est restée étonnamment résiliente. Malgré l’intensité des frappes et des destructions, aucune défection significative au sein du régime ni aucun soulèvement populaire n’ont été signalés à ce jour.

Téhéran résiste avec une riposte holocauste : les drones et missiles iraniens s’acharnent sur les monarchies du Golfe et mettent les États-Unis et leurs alliés en difficulté, au point que le président Donald Trump, agacé et impuissant, appelle au secours quelques pays pour ouvrir le détroit d’Ormuz, bloqué par l’Iran.

Il avait déjà demandé de l’aide à l’Ukraine pour contrer les drones Shahed.

Le dimanche 15 mars, les Gardiens de la révolution islamique ont frappé les installations américaines d’Al-Harir à Erbil, ainsi que les bases d’Ali Al Salem et d’Arifjan, et menacé de traquer et tuer le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Les Iraniens démontrent ainsi à la face du monde que, malgré la guerre asymétrique, ils peuvent aussi infliger un maximum de dégâts à Israël, aux États-Unis et à leurs alliés dans la région du Golfe persique.

Que le régime islamique ne se résume pas à la figure du Guide suprême assassiné, mais qu’un puissant appareil d’État est en place et que le plan pour la suite n’aura de légitimité que s’il est écrit par les Iraniens eux-mêmes et non pas par ceux qui, à des milliers de kilomètres, veulent décider pour eux.

La partie est ainsi loin d’être gagnée, d’autant que depuis 1979, avec la chute du Shah, le régime islamique s’est solidement enraciné.

La désignation du fils comme nouveau Guide suprême de la République islamique après l’assassinat du père est un double message de la classe dirigeante iranienne adressé aux États-Unis de Trump et au reste du monde.

En effet, alors que le défunt Ali Khamenei avait suggéré, au cas où il lui arriverait quelque chose, le nom de l’ancien président du Parlement Ali Larijani, les membres de l’Assemblée des experts, comprenant toutes les structures politiques et étatiques du pouvoir, ont tenu à ce que le nouvel Ayatollah ne soit autre que son fils Mojtaba Khamenei, rien que pour porter une cinglante réplique à Donald Trump, qui avait publiquement dit s’opposer à ce que le fils prenne la relève après l’assassinat du père.

« Le candidat le plus approprié, approuvé par la majorité de l’Assemblée des experts, a été choisi contre la volonté du Grand Satan », a déclaré Mohsen Heydari, représentant de la province du Khouzestan à l’Assemblée.

Les Iraniens non seulement défient les États-Unis et Israël, mais disent aussi solennellement au monde entier que la ligne politique tracée en 1979, après la chute du Shah, par le fondateur de la République islamique, l’Ayatollah Rouhollah Moussavi Khomeini, loin d’être imposée, est plutôt celle d’un régime, sinon d’un peuple, et non d’un homme ou d’un clan.

À partir de là, ils affirment et assument le fait que l’Ayatollah Khomeini et l’Ayatollah Khamenei ne sont devenus de grandes figures de l’histoire iranienne que parce qu’ils ont justement incarné cette politique voulue et non subie et pour la défense de laquelle ils sont prêts à offrir leur vie.

Quelle force de caractère !

Difficile, sinon impossible, de trouver dans l’histoire des pays ou des nations les traces d’une telle forme de résistance motivée par des convictions aussi profondes et naturelles chez les dignitaires d’un régime en proie aux difficultés.

Sous beaucoup de cieux et dans un monde soumis à la loi du plus fort et à l’opportunisme des élites, dès les premières secondes d’épreuves, les collaborateurs et compagnons souvent renient et prennent rapidement leurs distances avec le chef, accablé de toutes les dérives, avant de se livrer au spectacle de retournement de veste ou de boubous.

Récemment, le 3 janvier 2026, au Venezuela, il a suffi de la capture du président Nicolás Maduro et de son épouse, exfiltrés vers les États-Unis sous des accusations de narcoterrorisme, pour que Mme Delcy Rodríguez, la vice-présidente élevée au rang de présidente de la République, malgré un discours aux accents chavistes, se plie aux injonctions du président américain Donald Trump, exigeant la livraison aux États-Unis de la quantité de pétrole réclamée et la suspension de l’approvisionnement de l’île de Cuba.

Si, en dépit de cet embargo de taille minime, le président Miguel Díaz-Canel et ses collaborateurs continuent de perpétuer dans ce pays le caractère communiste du régime cubain 65 ans après sa proclamation, à la veille du débarquement de la baie des Cochons, le 16 avril 1961, par le président Fidel Castro, et 18 ans après le décès du Leader Máximo, le 24 février 2008, aussi loin qu’on interroge l’histoire du monde, les archives ne mentionnent presque pas d’hommes, de faits et d’événements à la dimension de la persévérance et de la solidité que montrent aujourd’hui les dignitaires iraniens pour assumer et défendre la République islamique et sa Révolution.

Dire au monde que ce régime est le leur et non la propriété personnelle ou exclusive de l’Ayatollah Khomeini ou Khamenei, et que la mort du Guide ne change rien en ce qui concerne leurs convictions et leur détermination.

C’est aussi une façon de prévenir que même si le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei (Wanted pour 10 millions USD) était touché demain, la résistance continuera jusqu’au dernier souffle du dernier adhérent.

Le régime islamique tombera ou ne tombera qu’avec tous ses dignitaires.

C’est tout le contraire de l’humiliante fin de Saddam Hussein, victime de la guerre américaine et de la trahison de nombreux dignitaires de son régime.

Trois semaines seulement après le lancement, le 20 mars 2003, de la deuxième guerre d’Irak par le président George W. Bush, que le président guinéen en exercice du Conseil de sécurité de l’ONU, François Lonseny Fall, avait pourtant tenté d’éviter diplomatiquement, Saddam Hussein a été vite trahi et lâché par de nombreux collaborateurs civils et militaires, notamment des officiers soudoyés par les Américains.

Son régime baassiste chute au moment où ses compatriotes abattent son immense statue au centre de Bagdad, le 9 avril 2003, avant qu’il ne soit traqué, arrêté après neuf mois de cavale dans un trou, jugé et pendu par les mêmes Irakiens le 30 décembre 2006.

Le monde entier a également été étonné de la rapidité avec laquelle les dirigeants du Parti communiste ont déserté ce vieil appareil politique après l’effondrement de la deuxième puissance mondiale de l’époque, l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS), le 26 décembre 1991, survenu 24 heures seulement après la démission, le 25 décembre de la même année, de son dernier secrétaire général Mikhaïl Gorbatchev, mettant ainsi fin, 70 ans après sa création le 30 décembre 1922, à un État et à un régime incarnés par un parti, le PCUS, considéré comme le plus solide et le plus invulnérable du monde de l’après-guerre.

C’était l’assassinat par ses enfants politiques du père fondateur Vladimir Lénine.

En Guinée, la fidélité au régime qu’on a contribué à mystifier a toujours eu du plomb dans l’aile.

Le régime du PDG, renversé le 3 avril 1984, n’aura pas tenu plus d’une semaine après le décès, le 26 mars 1984, de son leader, le président Ahmed Sékou Touré.

Quelques jours après la prise du pouvoir par les militaires du CMRN, les observateurs ont été surpris de constater l’ardeur avec laquelle ses anciens fervents responsables, thuriféraires, éditorialistes dithyrambiques et autres propagandistes du PDG s’associaient à l’entreprise de diabolisation du parti-État, réduit à la seule volonté et responsabilité du président Ahmed Sékou Touré.

Avec les mêmes méthodes et pratiques, le régime GMD de Mamadi Doumbouya pourrait-il être l’exception guinéenne ?

Abdoulaye CONDE

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