La participation du Front Démocratique de Guinée (FRONDEG) à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 s’inscrivait dans une logique de conquête du pouvoir et non de simple figuration. Notre démarche reposait sur une confiance assumée dans la maturité politique du peuple de Guinée et sur la conviction que le moment était venu de rendre la rupture possible par les urnes. Ce choix traduisait une lecture lucide du contexte guinéen et une volonté d’assumer le verdict populaire, quel qu’il soit.
Notre leader, Abdoulaye Yero Baldé, a porté cette ambition avec constance et sobriété. Sa conviction n’était, et n’est jamais, fondée sur l’illusion mais sur un parcours marqué par la lutte pour la justice et la démocratie. S’il reconnaît aujourd’hui qu’il reste du travail à accomplir, cela ne traduit ni un renoncement ni une défaite morale, mais une compréhension réaliste des cycles politiques et des résistances au changement.
En fait, l’adhésion de certains acteurs à la dynamique du FRONDEG n’était pas toujours motivée par cette vision commune ou cet engagement idéologique. Beaucoup y ont vu une opportunité de positionnement personnel dans l’hypothèse d’un partage du pouvoir après l’élection. Cette lecture utilitariste de la politique a nourri des attentes déconnectées du projet initial et de la philosophie du combat mené. Et cela a alimenté des débats inutiles dans la cité, comme quoi « c’est un potentiel futur PM ».
La deuxième place obtenue à l’issue du scrutin présidentiel a paradoxalement ravivé ces espoirs chez ceux qui misaient sur des arrangements post-électoraux. Ils ont cru voir dans cette position une porte entrouverte vers des nominations ou des compromis de circonstance. Cette interprétation révèle une méconnaissance profonde de l’homme et de la ligne politique qu’il incarne.
Le silence du Président Yero a été perçu comme une ambiguïté, alors qu’il relève plutôt d’une posture stratégique et d’un trait de caractère assumé. En laissant circuler les rumeurs sans les alimenter ni les démentir frontalement, il a observé les réactions et les motivations réelles de chacun. Pour lui, cette effervescence relevait davantage du bruit politique que d’une perspective sérieuse.
Penser qu’un homme façonné par des décennies de combat pour des principes accepterait de troquer une vision de long terme contre des avantages immédiats relève d’une lecture superficielle de la politique. Son parcours professionnel et militant démontre une constance rare dans un environnement souvent dominé par le calcul et l’opportunisme (ceux qui le connaissent vraiment pourront en témoigner). Ce type de leadership ne se mesure pas à l’aune des postes obtenus mais à la cohérence des choix posés.
La réalité est que la transformation politique ne s’opère ni dans la précipitation ni dans les arrangements de couloir. Elle exige du temps, de la pédagogie et parfois l’acceptation de reculs tactiques pour mieux avancer ensuite. Ceux qui s’impatientent face à cette temporalité révèlent surtout leur difficulté à penser la politique en termes d’optimalité, autrement que comme un raccourci vers le pouvoir.
Croyez-moi, cette séquence électorale a agi comme un révélateur. Elle a distingué ceux qui croient sincèrement à la construction d’une alternative crédible de ceux qui ne cherchent qu’un retour immédiat sur investissement. Pour Yero et pour ceux qui partagent sa vision, la perte d’une élection n’annule pas un combat, elle en redéfinit simplement les étapes.
Aboubacar Sidiki Kabac