Injures à répétition sur les réseaux sociaux : ‘’C’est la justice qui a démissionnée’’, selon un avocat

Depuis quelque temps, les injures proférées sur les réseaux sociaux se multiplient, visant parfois des personnes nommément désignées. Une situation préoccupante qui suscite de nombreuses interrogations sur l’efficacité de la riposte judiciaire. Dans une interview accordée à notre rédaction ce jeudi 5 mars, Maître Aboubacar Camara dénonce ces dérives et accuse la justice d’avoir démissionné de ses prérogatives face à ce phénomène.

À la question de savoir pourquoi ils récidivent avec ce genre de comportement, l’homme en robe noire répond : ‘’Juridiquement, c’est revenir à commettre le même acte pourtant qui est réprimé par la loi pénale par rapport à ce genre de pratiques qu’il y a aujourd’hui. Les gens, malgré l’existence de nos textes de loi, reviennent encore là-dessus, je vois que c’est une faiblesse de la justice. C’est la justice elle-même qui a démissionné en ce qui concerne la répression systématique de ces genres de pratiques qui est devenue une monnaie courante aujourd’hui pour la plupart de nos concitoyens. La meilleure réponse que je peux tirer de ça, c’est que la justice, elle est défaillante, elle a démissionné’’.

‘’Le fait de proférer des injures, même si ce n’est pas à l’endroit d’une personne nommément désignée, cela équivaut à la commission d’une infraction qu’on appelle injure publique, à plus forte raison que les gens le font en désignant même des personnes. Et ils sont là, libres ou parfois, on les interpelle. Parfois, c’est des condamnations associées. Ce sont des peines qui ne valent absolument rien. Cela pousse les gens à récidiver’’, déplore-t-il.

Maître Aboubacar Camara fait remarquer que ‘’si je sais que si je parviens à insulter X ou Y et que si je suis interpellé, c’est juste pour me blâmer à travers une décision de sursis ou une mise en garde, à travers une décision de sursis, une mise en demeure, demain encore, je vais récidiver parce que là, il n’y a pas une condamnation ferme. Et moi, sous cet angle, je vais dire que c’est la loi. La loi est là, mais l’applicabilité fait défaut. Et c’est parce que la justice est défaillante en la matière que les gens se permettent encore de continuer sur les mêmes actes’’.

À la question de savoir ce que risquent les auteurs de ces actes en matière pénale, l’homme de droit est catégorique : ‘’C’est une condamnation ferme. C’est ce que la loi dit. Je n’ai pas les dispositions légales dans ma mémoire, mais en la matière, pour des actes d’injures, qui sont des actes prévus et punis par la loi, la loi n’a prévu que la condamnation à l’égard des personnes qui profèrent des injures sur les réseaux sociaux. C’est sur les réseaux sociaux que c’est lourdement réprimé, c’est la condamnation’’.

L’avocat estime que l’éducation fait défaut pour ceux qui s’adonnent à ce genre de pratiques sur les réseaux sociaux.

‘’C’est une question d’éducation. Il faut que nous puissions parvenir à donner une meilleure éducation à nos enfants. Si l’enfant est bien éduqué, je pense que même s’il reçoit par coup l’injure de X, il ne saurait aussi répondre coup pour coup. Sinon, peut-être s’adresser à la loi au lieu de se mettre sur les réseaux sociaux pour faire la même chose’’, assure-t-il.

Pour mettre fin à ces agissements, il préconise une synergie d’actions. ‘’Il faudra que les administrateurs de groupes et pages sur réseaux sociaux puissent prendre des mesures de censure sur des plateformes. Toutes les fois que des actes de ce genre portant atteinte à la dignité humaine sont commis par des personnes, qu’ils parviennent au moins à censurer ces gens-là et voire contribuer à les traquer et les mettre à la disposition de la loi. Donc, il faut une contribution à la fois de l’État et un investissement des administrateurs sur les réseaux sociaux pour qu’il y ait une synergie d’actions entre ces deux entités pour essayer de démasquer ces gens, de les traduire devant la loi et de les condamner’’, suggère Maître Camara.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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