L’interdiction des sachets plastiques suscite des réactions au sein de la société civile. Interrogé ce mardi 6 octobre par un reporter de VisionGuinée, l’activiste des droits de l’homme et coordonnateur de l’ONG Démocratie Sans Violence, Mamadou Kaly Diallo, reconnaît la nécessité de lutter contre la pollution plastique, tout en appelant les autorités à prévoir des alternatives accessibles aux populations.
Pour lui, la protection de l’environnement constitue désormais une urgence qui ne peut être ignorée. ‘’Tout individu a droit à un environnement sain. Aujourd’hui, la problématique climatique est un enjeu mondial, c’est une problématique réelle et c’est une menace sur la vie sur terre. Prendre des mesures pour interdire les plastiques qui contribuent à la dégradation de l’environnement, je pense que personne ne pourrait s’y opposer’’, estime-t-il.
Si l’activiste soutient le principe de la mesure sur le plan environnemental, il estime toutefois que sa mise en œuvre aurait dû être précédée d’une période de transition. Il propose aux autorité de favoriser les emballages biodégradables avant de procéder au retrait définitif des sachets plastiques.
‘’Il fallait prendre des mesures préalables, négocier avec des industriels en matière de biodégradable, mettre ces emballages à la disposition des populations et faire ensuite le retrait progressif des plastiques. Malheureusement, aujourd’hui, l’interdiction est venue de façon ferme et les alternatives n’ont pas été suffisamment pensées en amont’’, déplore Mamadou Kaly Diallo.
Cette situation, selon lui, pose des problèmes liés l’accès à l’eau potable. Il souligne que les sachets d’eau constituaient pour de nombreux citoyens une solution relativement abordable, alors que les alternatives actuellement disponibles sont parfois beaucoup plus coûteuses.
‘’Un sachet d’eau qui était vendu à 500 francs était accessible à beaucoup de citoyens. On peut faire des emballages biodégradables contenant la même quantité d’eau et vendus à un prix accessible. Mais aujourd’hui, lorsqu’on se retrouve avec des bouteilles ou des canettes beaucoup plus chères, cela crée forcément un problème d’accessibilité, surtout pour les populations à faibles revenus’’, explique-t-il.
L’activiste attire l’attention des autorités sur les difficultés rencontrées dans certaines écoles depuis la rentrée scolaire. Après avoir sillonné plusieurs établissements, il dit avoir constaté les difficultés des encadreurs à assurer l’accès à l’eau pour un nombre important d’élèves.
‘’Certes, il y a par endroits des forages qui alimentent certaines écoles, mais lorsqu’on a des centaines d’élèves, il faut avoir des dispositions suffisantes. Des mesures de désinfection de l’eau n’avaient pas non plus été prises à temps dans certains endroits. Il faut donc se demander, en l’absence de mesures alternatives, si cette interdiction aura davantage d’impact positif ou négatif sur les populations’’, souligne-t-il.
Mamadou Kaly Diallo précise que sa position ne constitue pas une opposition à la lutte contre les sachets plastiques. Il estime, au contraire, que la protection de l’environnement doit être accompagnée de mesures permettant aux citoyens de s’adapter progressivement.
Il recommande l’instauration d’une période moratoire permettant aux producteurs et aux autorités de mettre en circulation des emballages biodégradables en quantité suffisante et à des prix accessibles.
L’activiste appelle également à renforcer le contrôle des nouveaux circuits de distribution de l’eau. Il s’inquiète notamment de pratiques consistant à réutiliser certains bidons sans garantie sur les conditions de traitement et d’hygiène.
‘’Il faut mettre en place un mécanisme de contrôle, de suivi et de surveillance. On pourrait même mettre en place une brigade chargée de cela. Mais en amont, il faut surtout avoir des industriels capables de fournir des emballages biodégradables à bon prix et en quantité suffisante pour la consommation des populations’’, propose-t-il.
Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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