Depuis plusieurs heures, la presse relaie dans l’opinion avec insistance, à la surprise générale, la mise en place d’un Conseil Exécutif Provisoire à la tête du Rassemblement du Peuple de Guinée Arc-en-ciel (RPG-AEC), dirigé par Ibrahima Kassory Fofana.
Dans l’éventualité de la confirmation de cette nouvelle, pour un parti politique de sa trempe, dont la contribution a été historique, des décennies durant, dans la marche démocratique de notre pays et face au contexte actuel de crise grave et inédite et de ses enjeux, alors que le pays n’a aucun agenda électoral qui urge, il est clair que cela relèverait d’une grosse bévue politique, sinon la plus importante de son histoire.
Cette lecture de cette situation se fait au visa d’un faisceau de faits ci-après :
1- L’inexistence de l’opportunité de la mise en place d’un Conseil Exécutif Provisoire pour le parti, au moment même où son champion, le Professeur Alpha CONDE, en raison de son statut de mi- libre et mi- prisonnier, n’a pas toute la marge de manœuvre nécessaire à sa mise en œuvre.
2- L’irrégularité démocratique et même politique du modus operandi de la démarche, menée en catimini et dans l’exclusion totale de structures et responsables statutaires et importants du parti.
3- L’inopportunité de la perspective d’un congrès annoncé pour le mois d’avril en vue de restructurer les organes dirigeants du parti, de la base au sommet, lequel fait courir des risques réels et graves de frustration et d’implosion en cette période politiquement sensible, trouble et délicate.
4- Le mauvais casting avec la désignation de Kassory Fofana, pour trôner sur ledit conseil, on ne sait encore sur quelle base. En tout cas, jusqu’à preuve du contraire, politiquement et administrativement, le promu n’a fait montre d’aucune aptitude le proposant à cela. Lui qui, au vu et au su de tout le monde, a fait faux et usage de faux sur son diplôme et que sans mérite, aucun, il continue à porter sans embarras le titre de « docteur », on ne sait en quoi. Sur le critère politique, il ne pèse que dalle.
Sur fond de discours ethnicistes et malgré tous les milliards qu’il a injectés dans des consultations populaires, notamment la présidentielle de 2010 et les législatives de 2013, il n’a jamais atteint 1℅ de l’électorat. Même dans son Forécariah natal, il ne peut casser électoralement la patte à un canard. Près de 4 ans après avoir rejoint l’ancien parti au pouvoir et pris la tête du gouvernement, il n’a jamais véritablement intégré le parti, restant éloigné de ses activités, de ses structures et de sa jeunesse.
5- Alors que le parti avait, tant bien que mal, réussi à gérer la crise politique née de l’amorce de la transition et qu’il se préparait à battre le rappel des troupes dans la perspective des prochaines consultations électorales, au moment où le prétendu promu avait confié sa langue aux chats, n’allant jamais comme à son habitude aux charbons pour les causes qu’il prétexte défendre pourtant, préférant toujours prendre l’actif et rejeter le passif, dans le débat public, le processus d’installation d’un Conseil Exécutif Provisoire lui, vient renverser complètement la table.
6- A moins qu’on veuille garantir l’échec et la mort du parti, comment comprendre le choix d’une personnalité, qui a assumé, les responsabilités de Chef d’orchestre d’un gouvernement, dont l’échec notoire et l’irresponsabilité à trouver des réponses politiques, économiques et sociales aux préoccupations des populations et l’imprudence ont conduit à la chute d’un régime dont les partisans ont payé un lourd tribut pour le triomphe de sa vision et de son candidat.
7- Enfin, jusqu’à preuve du contraire, l’information qui prétend que ce processus d’installation d’un Conseil Exécutif provisoire a reçu les bénédictions du Président Alpha CONDE et qu’il y serait même aux manettes, relève totalement d’un écran de fumée et de la manipulation et qu’en connaissance de cause, il aurait été plus sage et efficace, de garder pour le moment le statu quo.
A moins que le dessein nourri de ce projet soit autre chose que le renforcement et le succès du parti, à la faveur de joutes électorales à venir, le timing et le modus operandi de l’opération laissent eux croire, que Kassory Fofana chercherait un strapontin et une couverture politique contre d’éventuels ennuis judiciaires. C’est ce que confirme, en tout cas, sa récente convocation à la Direction des Investigations Judiciaires.
En tout cas, en un mot comme en mille, le RPG-AEC a tout à perdre et se fondrait, comme neige sous le soleil, dans la confirmation de ce projet. En raison des casseroles qu’il traîne dans plusieurs affaires comme ANAIM, FRIGUIA, les impôts, les timbres fiscaux…et récemment avec la MAMRI et l’ANIES et les mailles qu’il pourrait avoir à partir avec la justice, Kassory Fofana à la tête ou candidat du RPG-AEC, quelle tragédie ! Quel doigt d’honneur fait à l’intelligence et à l’engagement politique !
Abdoulaye CAMARA
Analyste politique