A la devanture de l’Université de Nairobi, en marge du sommet Africa Forward, le tricolore guinéen flotte entre plusieurs jeunes étudiants a attiré l’attention de VisionGuinee. Sourires aux lèvres, regards remplis d’espoir, ils se sont immédiatement présentés comme des étudiants guinéens vivant au Kenya.
Sans accréditation pour accéder au sommet, ces étudiants ont tenu à être sur place. A défaut de représentation diplomatique guinéenne au Kenya, ils ont choisi de camper aux abords du site, portés par l’espoir de rencontrer le président Mamadi Doumbouya et sa délégation pour exposer leurs préoccupations.
Parmi eux, Sékou Keita, étudiant en master génie civil avec spécialisation en environnement à l’Université panafricaine de Nairobi, arbore fièrement le drapeau national.
‘’C’est avec beaucoup de patriotisme que nous sommes venus accueillir Son Excellence Monsieur le président de la République de Guinée et à l’occasion du Africa Forward Summit. En tant qu’étudiants guinéens vivant au Kenya, notre présence ici aujourd’hui témoigne de notre attachement à la Guinée, de notre amour pour la Guinée, mais aussi et surtout de notre soutien aux efforts des représentations de notre pays sur la scène internationale’’, affirme-t-il.
Pour lui, ce sommet représente bien plus qu’un simple rendez-vous diplomatique. ‘’Il faut savoir que cet événement est très important pour l’Afrique mais aussi et surtout pour la Guinée puisqu’il ouvre des perspectives dans l’innovation, l’éducation, l’emploi, mais aussi surtout dans le domaine du développement économique. Aujourd’hui, nous ne voulons pas rester bras croisés en regardant nos autorités travailler. Nous voulons participer au développement de la Guinée et de l’Afrique. Nous croyons à une Guinée unie, forte, tournée vers l’excellence, l’innovation et le développement durable’’, ajoute-t-il.
Installés au Kenya depuis environ un à deux ans pour certains, ces étudiants reconnaissent bénéficier d’une opportunité offerte dans le cadre de leurs formations. ‘’C’est une opportunité que l’Union africaine nous a offerte. Nous sommes bien formés ici pour aller participer au développement de notre pays mais aussi de l’Afrique’’, poursuit Sékou Keita.
Mais derrière cet enthousiasme, des difficultés subsistent, notamment l’absence de représentation diplomatique guinéenne au Kenya. ‘’Nous n’avons pas d’ambassade et ça nous affecte un peu, puisque quand nous avons besoin de documents, il faut aller à Addis-Abeba. Cela nous fatigue un peu. Si vraiment on pouvait avoir des représentants ici, ça allait nous soulager. Ici, quand on voit un guinéen seulement, on est tellement heureux. Si on pouvait voir le chef de l’État, ça va nous aider et nous avons beaucoup de choses à lui dire’’, confie-t-il.
Doctorante en statistiques, Tewa Augustine Tolno évoque de son côté les contraintes liées à la recherche. ‘’On a beaucoup de difficultés parce que nous sommes des chercheurs. Nous avons des difficultés à avoir les données. Le message que j’ai à passer au président, c’est de nous faciliter la tâche à travers les services concernés par l’obtention des données. Nous aimons notre pays et nous voulons y retourner, donc faciliter aussi notre insertion professionnelle après la formation’’, plaide-t-elle.
Même constat chez Mariama Sow, étudiante en master data science, qui appelle à un renforcement du système éducatif guinéen dans le numérique.
‘’Je message que je veux passer à notre cher président Son Excellence Mamadi Doumbouya, c’est de renforcer l’éducation en Guinée surtout dans le domaine du numérique, la data science parce que personnellement, j’ai beaucoup souffert ici au Kenya. Je ne connaissais pas Python, MATLAB, LaTeX’’, explique-t-elle.
‘’Il faut renforcer la formation en langue anglaise et pourquoi pas l’espagnol ? Parce que c’est très important. Une fois que nous sortons de la Guinée, on a des difficultés. Moi, j’étais très forte au pays, toujours première de l’école. Mais ici, je me suis retrouvée au niveau des autres, parce que nous sommes en retard dans le domaine de la digitalisation’’, poursuit-elle.
Dans le domaine de l’intelligence artificielle, Souleymane Diakité estime que la Guinée doit accélérer sa transformation numérique. ‘’A la base, je suis ingénieur en développement web et application. Aujourd’hui, nul ne peut ignorer la place de l’IA dans le monde, parce que c’est la course entre les puissances. L’IA est partout’’, rappelle-t-il, tout en saluant les efforts déjà entrepris : ‘’Ce que je peux dire au président, c’est de mettre un accent sur l’IA. C’est primordial pour la Guinée et je pense qu’à travers la Cité des sciences ça commence à porter ses fruits’’.
Son ambition ? Se former pour mieux servir son pays. ‘’Je prie le président de nous aider davantage pour qu’après ce master, nous ayons aussi une autre possibilité de faire le doctorat dans le même domaine afin de retourner au pays et d’enseigner dans les universités guinéennes, surtout de promouvoir l’intelligence artificielle’’.
Souleymane Bah, étudiant en télécommunications et ancien enseignant de physique, évoque lui aussi le retard numérique de notre pays. ‘’En Guinée, j’étais professeur de physique au lycée. Ce n’est pas du tout facile parce que nous sommes un peu en retard par rapport au numérique, à la digitalisation, surtout en télécommunications. Si le président pouvait renforcer les universités afin que les étudiants puissent se former, se perfectionner pour être compétitifs à l’échelle mondiale’’, plaide-t-il.
A Nairobi, loin de leurs familles et de leur pays, ces étudiants guinéens nourrissent tous le rêve de revenir en Guinée avec des compétences solides pour accompagner la transformation du pays. Malgré les difficultés administratives, linguistiques et académiques auxquelles ils font face, ils incarnent avant tout l’espoir d’une jeunesse africaine qui refuse désormais de rester simple spectatrice du développement de son continent, et qui entend en devenir un acteur à part entière.
Ciré BALDE, pour VisionGuinee.info
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