Le Palais du peuple a servi de cadre, ce dimanche 8 février 2026, à la 4ᵉ édition de la Journée culturelle ADLaM, consacrée au Pulaaku. Cette rencontre culturelle et éducative a réuni élèves, encadreurs, responsables institutionnels et partenaires autour de la promotion de la langue pular et de son système d’écriture, l’ADLaM. Des concours de slam, de poésie et d’expression écrite ont marqué la cérémonie, avec à la clé des récompenses pour les lauréats.
Placée sous le signe de la valorisation des langues nationales, la Journée culturelle ADLaM a mobilisé des apprenants venus de plusieurs régions du pays. À travers des compétitions intellectuelles et artistiques, les organisateurs ont voulu démontrer l’importance de l’appropriation de l’écriture ADLaM par la jeunesse guinéenne.
Prenant la parole, Aicha Sow, vice-présidente de ADLaM Guinée, a rappelé la portée éducative et culturelle de l’événement.
“La 4ᵉ édition de la Journée culturelle Pulaaku est une journée qui rassemble des élèves d’ADLaM venus de partout en Guinée, les meilleurs, pour une compétition. Les cinq premiers sont primés. Ils participent également à un concours de poésie en pular. Ces activités, entre autres, sont organisées chaque année. L’objectif est de sensibiliser la jeunesse à l’importance de la langue pular, mais surtout à l’utilisation du caractère ADLaM pour écrire correctement la langue pular afin de la valoriser”, a-t-elle déclaré.
La cérémonie a également enregistré la présence d’Adama Garanké Diallo, conseillère du Premier ministre, qui a mis l’accent sur la question identitaire et le rôle de la culture dans la cohésion sociale.
“Cette journée est importante pour tout le monde. Aujourd’hui, nous sommes dans un monde où tout se lie et se croise. Il est donc essentiel de garder son identité. Mais garder son identité, ce n’est pas refuser celle des autres ; c’est savoir qui on est et d’où l’on vient. La culture, à travers cette écriture et cette langue qu’est l’ADLaM, est un vecteur de paix et de cohésion sociale en Guinée et dans le monde”, a-t-il souligné.
Elle a salué l’appropriation rapide de l’alphabet ADLaM par les enfants. “Je suis très impressionnée de voir les enfants s’approprier cet alphabet, pourtant tout nouveau, et participer à des concours à la fois à l’écrit, à l’oral et en questions-réponses. J’ai été marquée par leur capacité et la facilité avec laquelle ils répondent. Je me suis dit que, dans un futur proche, une pléthore de personnes parlera et écrira en ADLaM. J’ai également été surprise de voir la Constitution guinéenne transcrite en ADLaM”, a-t-elle confié.
Elle a, par ailleurs, invité les institutions nationales et internationales à soutenir ces initiatives, non seulement pour l’ADLaM, mais aussi pour d’autres langues nationales comme le N’ko.
Pour Ibrahima Sory Condé, directeur national adjoint de l’alphabétisation, l’ADLaM est désormais une référence nationale.
“Il faut reconnaître que l’ADLaM est devenu une fierté nationale. C’est dans ce cadre que l’État a reconnu les langues nationales dans la Constitution guinéenne, ici même au Palais du Peuple. Nous avons travaillé pendant une semaine sur la loi organique portant orientation linguistique de la République de Guinée. Nous avons produit un document qui orientera la Guinée du point de vue linguistique. En tant que promoteurs des langues nationales, nous nous sommes battus pour que les systèmes d’écriture inventés par des guinéens, tels que le N’ko, l’ADLaM et le koré sebely, soient reconnus par la loi organique”, a-t-il fait remarquer.
De son côté, Mamadou Lamine Sow, coordinateur du cabinet Afrique Éducation et représentant du directeur des Éditions Gandal, a insisté sur les valeurs véhiculées par le pular.
“À travers le pular se transmettent des valeurs fortes telles que la dignité, la maîtrise de soi, la solidarité, le respect et la parole donnée. Le pular, en tant que code d’éthique, propose une vision profondément humaniste du vivre-ensemble et du rapport à l’autre. C’est cette vision que portent, chacune à leur niveau, les Éditions Gandal et le Cabinet Afrique”, a indiqué M. Sow.
La rencontre a servi de tribune pour des plaidoyers en faveur d’un soutien accru aux initiatives linguistiques. Sidy Diallo, vice-président de la délégation spéciale de Mamou, a lancé un appel pressant aux autorités : “J’invite chacun de nous, au-delà des promesses et des beaux discours, à aller vers des actions concrètes. L’ADLaM mérite mieux aujourd’hui. Il doit être soutenu non pas comme une question communautaire, mais comme un levier pour toute la Guinée. J’interpelle le ministre Alpha Bacar Barry à porter un regard sur ces différentes langues, pas seulement l’ADLaM, mais toutes les autres. Je demande également à l’État de nous aider à construire le siège de l’ADLaM à Mamou, un projet qui peine à se terminer. Cela permettra à l’ADLaM de mieux s’identifier à travers toute la Guinée”.
Entre compétitions culturelles, réflexions identitaires et appels à l’action, la 4ᵉ édition de la Journée culturelle ADLaM s’est achevée sur une note d’espoir, confirmant la place centrale des langues nationales dans la construction d’une Guinée unie et fière de sa diversité culturelle.
Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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