La Cinquième République face au regard africain (Par Abdourahamane Condé)

Le sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba s’est tenu dans un contexte particulier pour la Guinée. Pour la première fois depuis l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, qui a vu l’avènement de la Cinquième République, le président Mamadi Doumbouya participe aux travaux continentaux en tant que chef d’État, désormais inscrit dans un cadre constitutionnel renouvelé.

Ce déplacement ne relève pas seulement de la diplomatie ordinaire. Il intervient à un moment où plusieurs pays africains s’interrogent sur la solidité de leurs institutions et la nature de leurs processus politiques. Le discours du président angolais João Lourenço, président sortant de l’Union africaine, a rappelé fermement la position constante de l’organisation, qui prône : la tolérance zéro à l’égard des changements anticonstitutionnels et la nécessité de préserver la crédibilité des institutions continentales.

Dans ce contexte, la situation guinéenne se distingue par une configuration particulière. Après une période de recomposition politique, le pays affirme être entré dans une nouvelle ère institutionnelle, avec l’adoption d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’une élection présidentielle. L’enjeu n’est donc plus celui d’une transition, mais de la consolidation.

Toute nouvelle République porte une double exigence. D’une part, elle doit assurer la stabilité et la continuité de l’État. D’autre part, elle doit construire une légitimité durable, au-delà de l’acte électoral lui-même. Car si une élection confère une légalité, la légitimité se construit dans le temps, à travers le respect des institutions, l’équilibre des pouvoirs, et la confiance que les citoyens accordent à leurs dirigeants.

À Addis-Abeba, la présence du président guinéen traduit une reconnaissance formelle de l’ordre constitutionnel en place. Mais sur le continent, le débat va au-delà des cas particuliers. Il porte sur une question plus large : Comment les États africains peuvent-ils renforcer la crédibilité de leurs institutions dans un environnement marqué par des ruptures, des recompositions et des attentes sociales fortes ?

La Cinquième République guinéenne entre ainsi dans une phase d’observation. Non pas une observation critique permanente, mais une attention naturelle portée à toute nouvelle architecture institutionnelle. Le regard extérieur, notamment celui des pairs africains, se double d’un regard intérieur, celui des citoyens, qui mesurent la solidité d’un régime à sa capacité à produire stabilité, équité et cohérence.

Le sommet d’Addis-Abeba rappelle une évidence politique : la reconnaissance internationale accompagne la légalité institutionnelle, mais ne la remplace pas. Ce qui fonde durablement une République, ce ne sont ni les discours ni les cérémonies, mais la constance de l’État et la confiance de la société.

Pour la Guinée, désormais engagée dans sa Cinquième République, le véritable enjeu n’est plus l’ouverture d’un cycle, mais sa consolidation. Et c’est dans cette continuité que se jouera, au-delà des sommets et des déclarations, la profondeur de sa légitimité politique.

Abdourahamane CONDE
Politologue

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