Le principal syndicat de la société, proche de la puissante centrale CNTG a lancé mardi 21 février 2017 un préavis de grève de dix jours pour protester contre le blackout imposé sur leurs salaires depuis plusieurs années.
Selon nos sources, le débrayage sera marqué par une pause ce mardi 11 avril 2017 afin de donner une ultime chance à la direction de se ressaisir. « La grève pourrait être reconduite en cas de statu quo», a menacé une source syndicale, lors de l’assemblée générale, tenue la semaine dernière. Au terme de ce grand raout, les travailleurs s’étaient unanimement prononcés pour la grève.
Pour cause, le syndicat accuse la nouvelle direction de vouloir remettre en cause tous les acquis de leurs revendications antérieures. Celles-ci portaient principalement sur la hausse de leurs pécules. Il faut rappeler que ces acquis obtenus de haute lutte, il y a des années, ouvraient la voie à une révision régulière des salaires sur la base des performances financières réalisées par la société.
Or celles-ci, à en croire les syndicalistes, se sont nettement améliorées depuis la recapitalisation, à hauteur de 1 milliard, des actifs de la compagnie par la Banque mondiale et l’ouverture de nouvelles zones de d’extraction qui ont fouetté la production. Cette grève est perçue avant tout par les travailleurs comme la conséquence des manœuvres dilatoires de la direction qui multiplie les effets d’annonce depuis des années et, surtout, de son arrogance face à la détresse des salariés.
A peine installé, le nouveau Directeur est accusé d’avoir mis sous le boisseau les conclusions des accords scellés sous la gouvernance austère de Namory Condé ; le sulfureux ex-Directeur général limogé sans frais en décembre 2016 pour ses pratiques ubuesques et au terme d’une guerre sans relâche avec les syndicalistes.
De la capacité de Souleymane Traoré à résoudre la crise sociale en cours, dépendra le maintien de la CBG dans le peloton de tête des entreprises minières performantes. Mais cette crise risque de s’éterniser, car les syndicats ont, dès après leur assemblée générale, corsé leurs revendications. De 2 millions de FG initialement, ils ont fait grimper la mise, exigeant un cash de 3 millions sur chaque feuille de paie. Et ce n’est pas tout : ils exigent pêle-mêle la hausse conséquente des primes de départ à la retraite, de décès, etc.
L’ombre du DRH
Si elle s’éternisait, la grève pourrait bloquer tout le système de production de l’entreprise. Et mettre en péril les contrats avec ses partenaires commerciaux. La compagnie étant tenue par un calendrier très exigeant sur la base d’une production journalière calculée au millimètre cube près et négocié en amont… Devant le tollé suscité par le refus de la direction d’augmenter les salaires, et l’enlisement de la crise, les syndicats ont pointé un doigt accusateur sur le Directeur des ressources humaines, l’entremetteur dans la crise, qui agite l’épouvantail des sanctions et manœuvre en sous-main pour casser la grève.
Ce dernier est connu pour être un briseur de grève, un véritable bourreau de syndicats. Son passage, il y a quelques années dans une des filiales d’Arcelor Mittal, en Algérie, a été rythmé par des crises perpétuelles avec les représentants syndicaux de cette société. Arcelor Mittal, l’une des plus grosses sociétés de métal au monde s’était résolue à expulser ce DRH. Mais il reste une porte de sortie à cette impasse : la décision du Directeur général Souleymane Traoré.
S’il parvient à résoudre cette crise, il aura réussi à envoyer un signal de rupture d’avec les méthodes managériales de son prédécesseur. Du coup, il parviendra à imprimer sa marque à la marche de cette société qui accumule les impairs vis-à-vis de ses travailleurs. Cette grève est un révélateur : exit les clichés officiels entretenus en interne et projetant de la CBG l’image d’une entreprise modèle, la réalité, implacable, vient rappeler à tous que la CBG apparaît de plus en plus comme une entreprise fantôme. Le modèle économique défendu par l’entreprise relève davantage de la caricature.
En effet, comparée à ses concurrents immédiats dans l’exploitation de la bauxite, le contraste est grand : Avantages sociaux minimalistes, rémunérations très peu motivants, style de management traditionnel…voire arrogance de membres zélés d’une direction qui se complaît dans des affrontements permanents avec ses délégués syndicaux en foulant aux pieds les principes de négociation. La crise risque d’être longue.
Alpha DIALLO