La fille de Makambo sort de son silence : ‘’Quand j’ai appris que Dadis se serait réconcilié avec Toumba, ça m’a brisée…’’

Près de 13 ans après sa mort, la famille du commandant Joseph Loua alias Makambo, tué alors qu’il tentait de sauver la vie du capitaine Moussa Dadis Camara le 3 décembre 2009, souhaite que justice soit rendue pour situer les responsabilités. 

Dans les Grandes Gueules du jeudi 6 octobre, la fille de cet ancien officier du Bataillon autonome de la sécurité présidentielle (BASP) est revenue sur les circonstances dans lesquelles, elle a appris le décès de son père.

‘’Quand j’ai perdu mon papa, j’avais 9 ans et je faisais la 4e année. J’ai fini la licence cette année. J’ai fait administration des affaires à l’université. Ça s’est passé le jeudi 3 décembre, ma grand-mère était déjà au courant, mais elle ne voulait pas qu’on sache. Ce jour-là, j’ai remarqué que toute la nuit, ma grand-mère ne faisait que passer des appels téléphoniques. Elle nous a demandé d’aller nous coucher, ma jeune sœur et moi. Je me demandais ce qui n’allait pas parce que je n’ai jamais vu ma grand-mère dans cet état-là. Mais elle n’a rien voulu nous dire. Le lendemain, le vendredi 4 décembre, nous sommes allées à l’école, on parlait de tentative de meurtre contre Dadis, je voyais mes amies en parler. Il y a certains qui s’exprimaient en langue locale en disant qu’il parait que Makambo, le garde du corps de Dadis a été tué hier. Mais je ne comprenais rien de tout ça’’, relate Léonie Loua.

Et de poursuivre : ‘’Je me suis concentrée à suivre les cours. A la récréation, je voyais mes amis qui se cachaient de moi, qui n’osaient même pas me regarder en face. C’est là que ma grand-mère a appelé mon maitre Michel Zézé pour nous accompagner à la maison. Je me suis dit que ce dernier n’a pas l’habitude de nous accompagner à la maison, pourquoi devait-il le faire ce jour-là ? Malgré mon jeune âge, j’ai compris que quelque chose n’allait pas’’.

Arrivée à la maison, se souvient-elle, ‘’quand j’ai ouvert la cour, j’ai vu du monde. Mais je n’ai pas pensé que tous ces gens-là étaient là pour mon papa. Dès que ma grand-mère nous a vus rentrés, elle a pris la fuite en demandant : ‘Qu’est-ce que je vais dire à ces enfants?’. Les gens l’ont consolée en lui disant que c’est à elle d’annoncer le décès de mon père. On nous a demandé de manger, mais je ne pouvais pas. J’ai demandé à savoir ce qui se passe. Même si je suis petite, je comprends les choses. Je leur ai dit que depuis hier, ma grand-mère se comporte bizarrement. Ce matin, avant d’aller à l’école, ma cousine Germaine pleurait. Quand je lui ai demandé, elle m’a dit qu’il n’y a rien. Je ne peux pas comprendre qu’elle pleure juste parce qu’elle a envie de pleurer’’.

‘’Après, on a enlevé nos tenues et on s’est assises auprès de grand-mère. C’est là qu’elle a dit : ‘Jeanne, Léonie, papa est parti’. Ensuite, j’ai demandé s’il a voyagé. Elle a dit Non! Papa est mort. Je comprenais pas en ce moment. Je ne pouvais pas croire à ça parce que papa ne peut pas mourir en ce moment. On a commence à pleurer’’, souligne la fille du commandant Makambo.

Trois semaines après son père, révèle-t-elle, ‘’quand on a repris les cours, il y a des photos qui circulaient dans des téléphones. On disait que c’était le garde de corps de Dadis qui a été tué. Quand j’ai vu ces photos, j’ai dit que mon papa a été tué sauvagement’’.

Prétendue réconciliation entre Dadis et Toumba

‘’Le premier jour du procès, j’ai versé toutes les larmes de mon corps. Quand j’ai appris que Dadis se serait réconcilié avec Toumba, ça m’a brisée pour être vraiment honnête. Mais après tout, Dadis est un être humain. C’est quelqu’un de gentil. S’il se reconcilie avec Toumba, c’est parce qu’il est toujours en vie’’, estime-t-elle.

Soif de justice 

Jeanne Loua invite les autorités judiciaires à rendre justice dans cette affaire. ‘’Je veux que justice soit rendue. Je ne sais pas si on peut introduire le cas de mon papa dans ce procès du 28 septembre, mais si ce n’est pas possible, j’aimerais qu’on ouvre un dossier sur l’assassinat de mon papa’’, plaide-t-elle.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info 

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