La capitale guinéenne, Conakry, accueille du 21 au 23 octobre 2025, la troisième édition du DASAF, un événement majeur organisé par le Centre ODAS, créé en 2021. Ce rassemblement stratégique réunit des délégués de 22 pays d’Afrique francophone et d’ailleurs sous le thème percutant : « Unifier nos voix et s’engager pour des choix reproductifs en Afrique francophone ».
Ce troisième DASAF fait suite au succès de la première édition à Abidjan en 2022 et du Dialogue des Jeunes en Afrique Francophone (DJASAF) au Bénin en octobre 2023.
Son organisation intervient à un moment ‘’majeur et critique pour l’autonomie corporelle dans le monde’’, offrant une plateforme essentielle pour la diversité des parties prenantes, afin de se rassembler, de se ressourcer et de se connecter face aux défis persistants.
La directrice du Centre ODAS, Kadidiatou Sow, a souligné ‘’l’urgence silencieuse, mais dramatique’’. En citant l’Institut Guttmacher, elle a précisé que ‘’15,4 millions d’avortements pratiqués en Afrique subsaharienne en 2019. 77 % de ces avortements réalisés dans des conditions non sécurisées. Environ 16 000 femmes meurent chaque année des suites d’un avortement non sécurisé dans la région. Les jeunes femmes de moins de 25 ans représentent près de 60 % des femmes ayant recours à un avortement’’.
Elle ajoute que ‘’chaque décès évitable est une faillite collective. Chaque femme qui meurt d’un avortement clandestin nous rappelle ce que coûte notre inaction’’.
Le DASAF 2025 vise à intensifier l’action autour du Protocole de Maputo qui, selon Kadidiatou Sow, est une ‘’boussole. Mais il ne sauvera aucune vie tant qu’il ne sera pas pleinement domestiqué et mis en œuvre’’.
Le Protocole, dont l’article 14 reconnaît le droit à la santé sexuelle et reproductive, est un instrument juridique de référence, même si sa domestication et sa mise en œuvre rencontrent encore des défis dans plusieurs pays francophones.
La tenue de cette rencontre en Guinée, coorganisée avec le ministère de la promotion féminine, de l’enfance et des personnes vulnérables, est perçue comme un signe fort.
Kadidiatou Sow a martelé que le dialogue répond à une ‘’exigence politique, morale et stratégique, réaffirmant que les droits reproductifs des femmes et des filles, en Afrique comme ailleurs, sont un impératif’’.
Cécile Thiombianio, présidente du Conseil consultatif de ODAS, a salué l’engagement de notre pays. ‘’En acceptant la tenue de cette rencontre, la Guinée démontre, une fois encore, son engagement à créer des espaces de concertation et d’action collective’’, a-t-elle expliqué.
Elle a également insisté sur la maturité et la transformation du mouvement ODAS, créé en 2021, et qui est aujourd’hui en phase d’autonomisation avec la volonté d’asseoir une gouvernance féministe, inclusive et transparente.
Mohamed Ly, représentant des partenaires, directeur régional WCA de EngenderHealth, a mis en exergue la nécessité de la collaboration et des partenariats équitables pour contrer une opposition qui gagne du terrain.
‘’Nous n’avons pas d’autre choix que de privilégier la collaboration et des partenariats équitables’’, a-t-il déclaré.
Le Professeur Tely Sy, représentant la société civile, a rappelé que le dialogue de Conakry doit être ‘’franc, inclusif et courageux, et qu’il ne s’agit pas de débattre d’une abstraction, mais pour parler de vies’’.
Il a mis en perspective les données de l’OMS selon lesquelles 4,2 millions d’avortements provoqués ont lieu chaque année en Afrique, dont plus de 75 % sont jugés à risque, et qui contribuent pour 13 % aux décès maternels dans le monde.
La ministre de la promotion féminine, de l’enfance et des personnes vulnérables, Charlotte Daffé, a accueilli les délégués, réaffirmant la vision du gouvernement de construire ‘’une société inclusive fondée sur la dignité humaine, la solidarité et l’égalité des chances’’. Elle a rappelé que le choix de la Guinée démontre que les ‘’réformes sociales engagées dans le cadre de la Refondation depuis le 5 septembre 2021 résonnent fort au-delà des frontières du pays’’.
‘’Toutefois, le juste impératif de valorisation des choix reproductifs ne doit pas nous détourner des spécificités nationales. À ce titre, en faisant la promotion de la famille, nous avons foi de bâtir des sociétés où les valeurs culturelles positives seront encouragées’’, a-t-elle indiqué.
La ministre a précisé le cadre juridique guinéen, expliquant que ‘’le protocole de Maputo, déjà domestiqué, autorise l’avortement médicalisé seulement en cas de viol, d’inceste, et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus. Le Code pénal révisé, aux articles 262 et suivants, interdit la pratique de l’interruption de grossesse, sauf pour la sauvegarde de la vie de la mère gravement menacée, ainsi que dans le cas de grossesse précoce, de viol, d’inceste et d’affections graves de l’enfant à naître’’.
Elle ajoute que la nouvelle Constitution, adoptée le 21 septembre dernier, ‘’fait obligation à l’État d’assurer la protection de la famille en tant que base naturelle de la société humaine’’.
Les priorités du gouvernement guinéen sont claires, selon la ministre Daffé, qui précise qu’il s’agit de ‘’garantir la santé maternelle, prévenir les grossesses précoces et non désirées, réduire les décès maternels évitables et assurer la protection des droits et de la dignité des femmes et des filles’’.
Il est soutenu par un comité technique comprenant notamment Ipas Tex, Médecins du Monde, IPPF ARO, et Equipop.
Abdoulaye Bella DIALLO pour VisionGuinee.Info
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