La mangeoire est prête, Messieurs les ministres ! (Par Tierno Monénembo)

C’est le second service du régime Mamadi Doumbouya qui, on l’imagine bien, sera tout sauf amaigrissant. Notre nouveau « mangué » a à peine achevé la nouvelle mouture de son gouvernement que la table est déjà dressée.

C’est l’heure du repas, des courbettes et des salamalecs. L’odeur du diamant rend fou. Mais on n’a pas besoin d’aller jusqu’au diamant pour mesurer la légendaire bassesse du Guinéen. Un bourakhé fumant lui suffit pour mettre le genou à terre et se couvrir de poussière, comme cela se faisait naguère à la cour du Moro-Naba.

Cette fois-ci, les Guinéens ne se sont pas contentés de s’offrir un nouveau dictateur, ils se sont trouvé un nouveau dieu, maître de leurs destins, propriétaire de l’eau, de l’air, du diamant et du fer. Il s’appelle Mamadi Doumbouya et c’est la course effrénée aux superlatifs pour qualifier cet être exceptionnel, cette nouvelle idole du panthéon noir. Les nouveaux promus roucoulent de plaisir et ne savent quels mots trouver pour exprimer au Tout-Puissant leur déférence et leur gratitude.

Les éconduits en sont presque à le remercier de les avoir foutus dehors à coups de pied au cul, espérant secrètement bénéficier prochainement d’un poste de planton ou de conseiller. Les zélés de la doumboumania qui se retrouvent sans fauteuil et sans strapontin, alors qu’ils n’ont pas arrêté de mouiller le maillot, multiplient les couplets de louanges pour se rappeler au bon souvenir du chef, guignant, la bave aux lèvres, un point de chute dans une sous-préfecture ou une lointaine ambassade.

Jamais depuis Sékou Touré, le pays n’a connu autant de flagorneries. Qui c’est, le plus beau ? Qui c’est, le plus fort ? Qui c’est, le plus doué, le plus noble, le plus magnanime ? C’est Mamadi Doumbouya ! Tous les Guinéens sont devenus griots. Les Kouyaté et les Diabaté devraient porter plainte pour concurrence déloyale.

Dans les pays normaux, les ministres sont des hauts fonctionnaires choisis pour leur talent et leur respectabilité. En Guinée, pour entrer au gouvernement, la servilité est la seule qualité requise. N’ayons pas peur de choquer, nos ministres ne sont pas des commis d’Etat mais un ramassis de griots et de mendiants. Ils sont là pour flatter le chef et dévorer le pays exactement comme l’on dévore de la viande. Cette année, les appétits sont d’autant plus aiguisés que le steak a considérablement grossi.

En 2025, la Guinée a exporté 182,8 millions de tonnes de bauxite. Une hausse de 25 % en un an ! Tenez-vous bien, en quatre ans de pouvoir du CNRD, notre production de bauxite a crû de 100 millions de tonnes, soit une hausse de près de 117 % ! Nos déguerpis de Kaporo et de Sonfonia, nos étudiants qui crèvent de faim avec des bourses avoisinant les 300 000 GNF aimeraient bien savoir où est parti cet argent. Mais il n’y a pas que la bauxite et le fer, la Guinée regorge aussi de terres rares que l’on retrouve jusque dans la bauxite, jusque dans l’or, jusque dans le fer. Ça vaut vraiment le coup d’y être ministre, surtout par les temps qui courent.

Un ingénieur canadien qui a vécu dans notre pays et que j’ai croisé par hasard à Varsovie dans les années 90, m’a dit que la Guinée est quatre fois plus riche qu’on ne le dit. C’est fort possible. Mais seulement riche pour qui ? Pour les compagnies minières, bien sûr, mais aussi pour quelques ministres, pardon, pour quelques mendiants et griots.

Quand dans nos rues, je vois un enfant sur le dos de sa mère, j’ai envie de pleurer. Je sais qu’il est né pour rien. Son avenir, on le lui a déjà volé.

Tierno Monénembo

Comments (4)
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  • Mohamed Sanoussy Camara

    Après la lecture de cet article, je comprends mieux la réflexion de son auteur, même si celle-ci paraît encore s’inscrire dans le contexte de la Guinée des années 1960, une période marquée par des réalités très différentes de celles d’aujourd’hui.

    Après plusieurs décennies d’épreuves et de tâtonnements, notre pays n’a sans doute jamais été aussi proche de consolider pleinement sa souveraineté économique et politique. Cette dynamique s’appuie également sur une réalité souvent méconnue : la Guinée dispose de cadres compétents et engagés, dont une large majorité est prête à accompagner, avec rigueur et détermination, le processus de transformation et de souveraineté engagé sous la présidence du Président Mamadi Doumbouya.

    L’enjeu désormais est de poursuivre cet élan dans la cohésion nationale, le travail et la confiance en nos propres capacités, afin de bâtir durablement une Guinée forte et prospère au bénéfice de tous ses citoyens.

    • Alpha

      Apparement, vous n’avez rien compris de l’article et de la réflexion de l’auteur.
      Un homme d’ETAT n’accompagne pas une personne fut -elle Mamadi. Le militant, oui.
      Vous êtes tellement dans la demagogie et le grillotisme, que vous avez perdu tout raisonnement lucide.
      En Guinee beaucoup sont capables de lire et écrire mais tres peu sont capables de reflechir par soi même et le résultat est lá. Queue du peloton ,comparée au Senegal et la Cote d’ivoire.
      Le potentiel naturel on en a mais le potentiel humain est Nul et c’est ce dernier qui est essentiel.

  • BALDE

    C’est toute la vérité qui est dite ici. Heureusement que nous avons quelques cadres qui viennent ici cracher la vérité. Je sais qu’il est peu probable que Doumbouya et ses ministres lisent cet article et tirent les leçons pour mieux préparer l’avenir. Tous ne sont pas qualifiés pour occuper et exercer ces fonctions. Ils sont là pour ruiner le payer. Regardez leur train de vie, les voitures 4×4 grosse cylindrée, des dépenses somptueuses, des soirées et des tournois de football organisés à la gloire du chef.
    Regardez bien l’etat de nos infrastructures et comment les guineens sont traités, comment ils vivent!

  • Ousman

    Dommage pour un pays où l’armée est dirigé par un seul clan hélas aujourd’hui tu parles on te met en prison un pays qui se veut démocratie et qui veut se comparer au Sénégal je tombe dénudé
    Il faut que les opérateurs économiques confisques le pouvoir économique je suis très ravie quil n’y ait pas de liquidité