La politique n’aime pas les émotifs, car l’émotion conduit souvent à la déception. Elle exige sang-froid, lucidité et stratégie. Lorsque le Professeur Alpha Condé était au pouvoir, la question du procès du 28 septembre était déjà d’actualité.
Le gouvernement avait la possibilité et même le devoir moral de l’organiser. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Parce qu’en politique, les décisions ne sont pas toujours dictées par la justice ou l’émotion, mais par des calculs froids. La politique politicienne rime avec stratégie, pas avec compassion.
À la veille des élections présidentielles de 2015, le Président Cellou Dalein Diallo a scellé une alliance politique avec les FPDD de Moussa Dadis Camara, pourtant considéré comme principal responsable du massacre du 28 septembre, un massacre dont la majorité des victimes étaient issues des rangs de l’UFDG.
Pire encore, à cette époque, Dadis n’avait pas encore été jugé. Il était seulement accusé, tandis que les victimes, elles, étaient déjà enterrées dans l’oubli. Malgré cela, Cellou Dalein Diallo a choisi de tendre la main à celui que beaucoup tenaient pour le commanditaire d’une tragédie nationale, pour éviter le qualificatif GÉNOCIDE.
Nous avons dénoncé cette alliance, la qualifiant d’immorale. Mais la réponse fut brutale : « C’est de la politique ! Qui êtes-vous pour juger les choix du Président Cellou ? » L’objectif était simple : faire tomber Alpha Condé, coûte que coûte. Comme le disait Machiavel : « Tous les moyens sont bons pour accéder au pouvoir. »
Plus récemment, lorsque le Président Mamadi Doumbouya a accordé une grâce présidentielle à Moussa Dadis Camara, ce sont ces mêmes militants ultras qui sont montés au créneau pour dénoncer l’acte. Pourquoi ? Parce qu’à ce moment-là, cela ne les arrangeait plus politiquement. Pourtant, leur propre leader avait été prêt à s’allier avec lui par le passé, malgré les accusations.
Encore une fois, la politique politicienne est affaire de stratégie, pas de fidélité émotionnelle. Voyons par exemple le cas d’Ousmane Gaoual Diallo. Il a fait le choix, il y a quatre ans, de rejoindre le CNRD. Cela lui a valu insultes et attaques. Pourtant, l’avenir a montré un autre visage, car nombre de ses anciens camarades, ceux-là mêmes qui l’accusaient de trahison ont fini par suivre ses pas : Cellou Baldé, Malado Diallo, et bien d’autres ont, à leur tour, rallié le pouvoir.
Je me pose alors une question : à quand une véritable prise de conscience chez certains ultras militants ? Il est temps de comprendre que juger avec le cœur et non avec la tête, c’est se condamner à l’aveuglement politique.
Aujourd’hui, la plupart des proches du Président Mamadi Doumbouya sont d’anciens militants du RPG ou sont issus de familles ayant servi le régime du Professeur Alpha Condé. C’est une réalité qu’on ne peut nier. C’est aussi cela, la politique guinéenne : mouvante, imprévisible, stratégique.
Sinon, le Président de l’UFDG fut l’un des premiers politiciens Guinéens à applaudir la prise du pouvoir par le CNRD, n’est-ce pas ? Quelle est donc sa position aujourd’hui ? Oui, les intérêts ont changé de camps, les querelles ont pris dessus.
Alors, qui suis-je pour me sacrifier pour un politicien guinéen ? Qui suis-je pour insulter ou haïr un ancien camarade de lutte qui décide de rejoindre un autre camp politique ?
Il est temps d’ouvrir les yeux. Ne mourons jamais pour un politicien de ce pays. Servons simplement notre pays avec lucidité et conscience, et surtout : restons prudents car la politique est un jeu pour les personnes douées et imprévisibles. L’émotion altère la raison, cultive la déception, caresse la colère…
Dr. Karamo Kaba
Écrivain Auteur Consultant