Après la décision du ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation (MATD) de suspendre l’UFDG dirigée par Cellou Dalein Diallo, la classe politique et l’opinion publique s’enflamment. Pour Lamarana Petty Diallo du Mouvement des Réformateurs, cette mesure ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un long processus aux motivations bien précises. Entretien…
VisionGuinee.Info : Comment avez-vous acceuilli la décision relative à la suspension de l’UFDG ?
Lamarana Petty Diallo : C’est une décision qui nous désole, que nous n’avons jamais souhaitée, une décision qui ne nous réjouit pas. En ce sens que notre combat a toujours été et reste celui de sauver l’UFDG, de faire de ce parti un espace où la parole interne est libre, où la diversité est acceptée, où l’existence de différentes lignes de pensée est enrichissante. Donc, cette décision du ministère de l’administration du territoire nous désole. Elle aurait pu être évitée dans la mesure où le MATD avait donné les indications de ce qu’il y avait lieu de faire pour que le parti, qui avait été mis dans un premier temps en observation, se mette en règle par rapport au département de tutelle.
Fort malheureusement, le bureau politique, qui s’est substitué au comité exécutif, seul organe de décision selon les textes statutaires, s’est donné tous les droits en rejetant ses devoirs ou en les piétinant. Il a fait du musellement des idées sa ligne de conduite. Toute voix discordante, toute analyse critique, si positives soient-elles, qui n’émanent pas d’un certain nombre de responsables au sommet, a été considérée comme une faute de lèse-majesté.
La preuve, l’exclusion de cadres parmi les plus éminents, les plus anciens, les plus fidèles du parti pour des motifs infondés, arbitraires et illégaux. À part l’exclusion de M. Ousmane Gaoual, de M. Souleymane Bah, de M. Bailo Diallo et de moi-même, il s’en est suivi d’autres sanctions. Des fédéraux ont été sanctionnés, d’autres cadres se sont vu retirer leurs fonctions au sein du parti. Ils ont été démis sans qu’on n’ait jamais expliqué la faute qu’ils auraient commise.
Ceci ne suffisant pas, le parti s’est mis à attaquer l’administration du territoire, le ministère de tutelle, la justice, le CNRD. Le parti a oublié la notion d’État. La direction nationale s’est mise dos à dos avec les institutions de l’État.
À vous écouter, cette décision découle directement de l’attitude adoptée par la direction du parti…
Oui ! Ça a été une erreur d’approche. Il était plus facile à l’UFDG de se mettre à la tâche pour concilier les positions et mettre fin au conflit interne, comme l’ont indiqué différentes décisions. Parce que cette suspension est un aboutissement, un processus. Elle n’est pas tombée du ciel, il fallait s’y attendre. Pourquoi fallait-il s’y attendre ? Les erreurs, les manquements, les irrégularités, les conflits internes n’ont jamais été la préoccupation de la direction nationale du parti.
Des propositions ont été faites par le Mouvement des Réformateurs de l’UFDG, un mémorandum a été rédigé. Nous avons appelé à nous mettre autour de la table pour éviter le scénario catastrophe. Tout semble indiquer que certains cadres au sommet œuvraient pour cette suspension afin de s’en servir comme argument pour, une fois de plus, accuser et se victimiser.
Le MATD a demandé qu’on mette en place au sein de l’UFDG un comité ad hoc et inclusif pour mettre fin au conflit. Cette proposition a été rejetée, tout comme celle demandant au parti de réintégrer M. Ousmane Gaoual et les autres exclus. Certains responsables, sortis de nulle part, se donnaient la joie d’invectiver, de menacer.
Un parti politique ne peut pas faire de la violence verbale, des menaces, une arme politique et espérer s’inscrire dans les règles et lois de la République. Le sens de la mesure, de la tolérance, de l’unité et de l’union seul peut faire vivre un parti et le rendre pérenne. Toute chose qui a manqué aux cadres de l’UFDG.
Selon lui, que doit être maintenant la démarche à suivre ?
Le Mouvement des Réformateurs appelle les militants de l’UFDG à se recentrer sur la vie nationale, à nous retrouver pour qu’ensemble nous formions un parti de pouvoir, une entité de gouvernance, un parti réellement national et fondamentalement démocratique comme l’ont rêvé les fondateurs, ses militants et sympathisants. C’est ça mon appel.
Donc, venir se retrouver, voir ce qui manque pour corriger les failles dans les 90 jours impartis et se positionner. L’un dans l’autre, le Mouvement des Réformateurs continue son chemin. Il ne sera pas en reste dans la reconstruction de la nation, ne sera pas en marge ni de l’actualité politique, ni du processus référendaire, ni du processus électoral.
Que les militants sachent que, s’ils ne retrouvent pas leurs droits et devoirs de citoyens militants en rejoignant notre mouvement politique fondé sur le respect des textes, leur révision et donc leur mise à jour, ainsi que les refondations, ils ne pourront participer à aucune échéance électorale. Pourtant, on fait de la politique pour prendre part aux différentes élections, de la base au sommet, pour contribuer en tant que citoyen engagé à la construction de son pays.
Donc, j’invite les militants à comprendre que c’est l’UFDG qui est suspendu, et non leur devoirs ni leurs droits en tant que guinéens, pouvant participer à toutes les activités du pays.
Boussouriou Doumba, pour VisionGuinee.Info
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