A peine distinguée du Prix Harambee 2026 pour la Promotion de l’Égalité de la Femme Africaine, la ministre ivoirienne Euphrasie Kouassi Yao a posé un acte fort en annonçant la redistribution intégrale de la dotation de 10 000 euros en faveur des jeunes et des femmes rurales de Côte d’Ivoire. Une décision qu’elle a officialisée lors d’une cérémonie organisée dans les locaux de la Représentation de la Commission européenne en Espagne.
Titulaire de la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » (CUEFPOD) et conseillère spéciale du Premier ministre ivoirien chargée du Genre, la ministre a été récompensée pour ses 35 années d’engagement en faveur de la paix, de l’égalité des chances et de l’autonomisation des femmes en Afrique. Décerné pour la 17e année consécutive par l’ONG Harambee, avec le soutien des Laboratoires Pierre Fabre, ce prix recompense des femmes africaines dont l’action transforme durablement leurs sociétés.
Devant un parterre de personnalités, dont Son Altesse Royale Donya Teresa de Borbón, présidente d’honneur de Harambee, le maire de Madrid José Luis Martínez-Almeida et des responsables institutionnels et économiques, Euphrasie Kouassi Yao a souligné l’impérieuse nécessité dechanger le regard porté sur les femmes africaines.
‘’Pendant très longtemps, la carte de la femme africaine a été une carte du manque, de la fragilité, de la dépendance. Or, j’ai vu des femmes invisibles devenir des leaders reconnues. Elles n’avaient ni un problème de compétences, ni un manque de volonté. Elles avaient besoin qu’on leur fasse confiance’’, a-t-elle déclaré.
Au cœur de ses 35 années d’engagement, la ministre a développé deux outils méthodologiques dont l’outil Genre et Développement, qui vise à identifier et corriger les sources structurelles d’inégalités, et l’outil COFA (Conscientisation, Formation, Action), conçu comme un levier de transformation concrète sur le terrain.
Ces outils ont permis la mise en œuvre de programmes d’envergure internationale, notamment le Programme d’implication des femmes dans la gestion de l’eau, à l’origine de la Chaire UNESCO CUEFPOD qui célèbre ses 20 ans cette année, le premier Plan d’Action National de la Résolution 1325 des Nations Unies sur les Femmes, la Paix et la Sécurité en Afrique, le Compendium des Compétences Féminines de Côte d’Ivoire (COCOFCI) regroupant plus de 19 500 femmes, ainsi que le programme CREA-PAIX, présent dans 27 pays sur quatre continents.
Fidèle à sa vision d’un leadership orienté vers l’impact, Euphrasie Kouassi Yao a surpris l’assistance en annonçant qu’elle reverserait la totalité des 10 000 euros du prix ‘’en faveur des jeunes assoiffés de connaissances et des femmes rurales qui portent l’Afrique et qui ont besoin d’accompagnement pour transformer leur communauté’’.
Ce geste marque le lancement du programme « Générations d’Excellence », un dispositif combinant mentorat entre femmes entrepreneures expérimentées et jeunes porteuses de projets dans la région du Gbêkê, ainsi qu’un programme de cafés littéraires destinés aux étudiantes et étudiants.
La ministre a appelé à la mobilisation en affirmant que ‘’l’heure n’est plus à l’hésitation, l’heure est à l’action et le moment est favorable. Ce moment, c’est maintenant’’.
Les personnalités présentes ont salué une trajectoire exceptionnelle. Le maire de Madrid a qualifié la lauréate de ‘’moteur de transformation’’, estimant que son action ‘’transforme la vie des personnes’’.
De son côté, un responsable des Laboratoires Pierre Fabre s’est dit ‘’vraiment très impressionné’’ par l’impact de son travail, notamment dans le domaine de l’accès des femmes à la gestion de l’eau.
Le président de l’ONG Harambee a, quant à lui, salué une ‘’véritable constructrice de la paix’’, tandis que le directeur de la Représentation de la Commission européenne en Espagne a évoqué des résultats ‘’réellement extraordinaires’’ en matière d’égalité des chances en Côte d’Ivoire.
Au-delà de la distinction honorifique, Euphrasie Kouassi Yao a transformé un prix en levier d’action. En choisissant de redistribuer intégralement sa récompense, elle entend faire des compétences féminines le socle d’un développement inclusif et durable.