Le Barreau de Guinée à la junte : ‘’Si les choses ne changent pas, ce n’est pas exclu que nous passons à la vitesse supérieure’’

Ce lundi 15 mai, pour protester contre les multiples violations des procédures judiciaires, le barreau des avocats de Guinée a observé une journée sans audiences sur toute l’étendue du territoire nationale. Ces professionnels de droit n’écartent l’option de se faire entendre davantage si l’exécutif continue de s’immiscer dans des affaires judiciaires.

Maître Gabriel Kamano assure que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la libération sans aucune forme de jugement des responsables du Front national pour la défense de la constitution (FNDC), détenus plus de 9 mois.

‘’En tant que barreau, il n’est pas de notre vocation de s’immiscer dans les affaires judiciaires. Mais en tant qu’institution, lorsqu’il y a des violations des droits de l’homme, il nous appartient de les dénoncer et même de se constituer partie civile. La loi nous donne cette possibilité. Pour l’interpellation d’un citoyen n’importe lequel, la détention et la mise en liberté, la loi a dicté la procédure à suivre’’, explique Me Kamano sur Djoma TV.

Le porte-parole du Barreau de Guinée dénonce la libération du coordinateur du FNDC et ses co-accusés alors que le procès était prévu ce mardi 16 mai.

‘’Foniké Mengué et Cie avaient des avocats qui ont toujours dénoncé le dysfonctionnement de la justice. L’audience dans ce dossier était prévue pour ce 16 mai. L’avis d’audience avait été distribué aux avocats. Les avocats concernés s’attendaient à ce que l’audience se tienne aujourd’hui. Mais à notre grande surprise et par l’effet de l’immixion de l’exécutif dans le judiciaire, l’audience à été écourtée. Au lieu du 16 mai, le dossier a été appelé le 10 mai’’, fustige-t-il.

Me Gabriel Kamano fait remarquer que ‘’la cour suprême est un juge qui siège dans les formations collégiales. C’est-à-dire c’est 5 magistrats qui doivent monter plus le parquet. Mais à l’audience du 10 mai, non seulement les avocats n’ont pas reçu des avis d’audiences. Ce qui est quand même un dysfonctionnement inacceptable. Et au lieu de 5 magistrats, c’est un seul qui a siégé avec un greffier. Cela est inacceptable’’.

‘’Si nous avons décidé à ce que la justice soit la boussole qui gouverne désormais nos actions, il faudrait qu’on accorde la primauté au droit. Mais on ne peut pas vouloir faire de la justice la boussole et banaliser le droit. Nous avons compris que chaque fois l’exécutif a des intérêts, les procédures sont accélérées et violées. Alors qu’à la cour suprême, il y a des dossiers qui ont fait une dizaine d’années qui n’ont jamais été évoqués. Cette précipitation par laquelle la procédure a été menée est une violation grave des droits de l’homme et de la procédure’’, estime Me Gabriel Kamano.

‘’Si nous continuons comme ça, la justice va perdre toute sa crédibilité. C’est tout cela qui nous a amenés à consacrer une journée de boycott pour protester contre ces pratiques inacceptables’’, affirme-t-il avant de prevenir : ‘’Ça, ce n’est qu’une première action. Si les choses ne changent pas, ce n’est pas exclu que nous passons à la vitesse supérieure’’.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info 

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