L’esprit cartésien, (dont nous fûmes instruits en tant que lycéens qui requière de ne « rien prendre pour vraie tant que nous le connaissons être évidement telle »), est bafouée dans cette déclaration. Pour répondre à cette déclaration fantaisiste et sans fondement, je voudrais partager avec vos lecteurs une analyse de ce que pensent les guinéens basée sur des données scientifiques[1] afférant à la situation politique actuelle du pays.
Dans un document publié en septembre de cette année, Robert Mattes[2], rend compte du dernier sondage que son organisation a conduite sur la Démocratie en Afrique (34 pays dans l’échantillon y compris la Guinée). Selon ce sondage, 73% des Guinéens supportent la démocratie mais 23% seulement pensent que le régime actuel est démocratique et seulement 23% sont satisfait de la gouvernance actuelle. 76% pensent que le gouvernement ne lutte pas sérieusement contre la corruption. 48% pensent que les cadres de la présidence et de la primature sont corrompus. 62% pensent que la corruption a augmentée en 2019. 51% pensent que les membres du gouvernement sont corrompus. 44% voudraient une gouvernance différente et démocratique. 76% supportent la démocratie.
Quant à la question du 3eme mandat déguisée comme une nouvelle constitution le verdict est clair comme l’eau de roche :
a. Ethniciser la lutte actuelle des Guinéens :
Professeur Lancine Kaba (2019) suggère qu’il y un effort en cours pour ethniciser la lutte actuelle du FNDC : « Les protestations n’avaient donc pas le caractère “tribal”, que des journalistes, en hâte de commentaires sensationnels ont déclaré avec l’image rapide de Cellou Dalein Diallo, opposant bien célèbre depuis longtemps. Ne nous trompons pas, cependant: la question est d’ordre politique plutôt qu’ethnique. »
b. Banaliser le succès du FNDC.
« Le FNDC représente un cercle de plus en plus vaste. Les membres et sympathisants sont tous de jeunes Guinéennes et Guinéens de toutes origines, de toutes conditions, de toutes régions, de toutes religions et de toutes ethnies; ils sont déterminés à renforcer les idéaux de décence qui font beaucoup défaut dans la gestion politique, administrative et économique du pays. Dans une nation qui connaît, depuis quelques décennies, l’ethnicisme à outrance à divers niveaux de la vie politique, ce mouvement fait honneur. Car, il encourage les nationaux à transcender les divisions anachroniques, et donc fausses. Ceux et celles qui animent le FNDC aspirent à jouer les rôles de patriotes dans la tradition honorifique que nous considérons caractéristique du bel esprit de guinéenité.
c. Camoufler l’échec de la gouvernance actuelle.
C’est un divertissement qui a pour objectif de détourner l’attention de notre peuple de la situation actuelle du pays. Le pays se porte mal les signes sont visibles par tous les guinéens. Un certain nombre de nos dirigeants ont vendu leur âme au diable et s’enrichissent à outrance pendant que nos populations se noient dans la pauvreté. L’État semble absent dans la bonne conduite des affaires du pays.
En conclusion, je tiens à souligner encore une fois que le comportement responsable de nos politiciens est un facteur indispensable pour une démocratisation réussie de la société guinéenne. Cela passe par la dénonciation de l’extrémisme exhibé à l’endroit et à l’envers, l’acceptation des règles du jeu démocratique, le respect des adversaires. Et plus, particulièrement le respect sacré des droits des personnes et de leurs propriétés.
Les Guinéens devraient et pourraient éviter une douloureuse transition vers la démocratie en se détournant de l’ethnicisme qui continuera à exclure des filles et fils capable, compétent et patriotes dans la gestion de notre bien commun, la Guinée. Cherchons à mettre plus d’ingéniosité, d’efforts et de ressources dans la création d’institutions démocratiques qui nous permettront d’édifier un régime constitutionnel permanent au bénéfice de tous les Guinéens et Guinéennes.
Dr. Abdoulaye BAHProfesseur d’université aux Etats-Unis
[1] https://afrobarometer.org/sites/default/files/publications/Policy%20papers/ab_r7_policypaperno54_africans_views_of_democracy1.pdf
[2] Source: (Democracy in Africa: Demand, supply, and the‘dissatisfied democrat’, By Robert Mattes, Afrobarometer Policy Paper No. 54| February 2019)
[3]http://afrobarometer.org/sites/default/files/press-release/Guin%C3%A9e/ab_r7_pr_guineans_overwhelmingly_favour_term_limits_21092019.pdf