La tribune des MR-UFDG intitulée « Analyse de la réplique de l’UFDG aux injonctions du MATD : Réhabiliter l’UFDG par le droit » révèle, s’il en était encore besoin, la nature profondément politique de l’intervention du ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation.
Certains y verront une réponse classique dans le cadre d’un différend institutionnel. Mais cette analyse illustre davantage une relation trouble, à la limite de l’inceste démocratique, entre une excroissance politique et un département ministériel censé incarner la neutralité de l’État.
Quand l’incompétence institutionnelle rencontre l’amateurisme administratif
Dans sa correspondance, le MATD semble avoir repris sans recul les arguments des « réformateurs », reprenant presque mot à mot leur vision partisane. Aucune référence aux textes législatifs encadrant les partis politiques en Guinée n’est avancée. En revanche, le courrier du MATD abonde de citations des statuts internes de l’UFDG, signe d’un parti pris manifeste, pis, comme si la Guinée s’était subitement mise à légiférer selon les règlements d’un parti politique.
L’évocation de « menaces à l’ordre public » pour suspendre le congrès de l’UFDG dépasse les prérogatives ministérielles : ce type d’alerte relève plutôt des services déconcentrés, tels que le préfet.
Le juriste Kalil Camara n’a pas manqué de souligner le manque de rigueur et d’équité dans la démarche du MATD : aucun contrôle indépendant des faits allégués, aucune démarche contradictoire. En se fondant uniquement sur les allégations du MR-UFDG, le ministère accorde une légitimité politique à un groupe sans reconnaissance juridique claire au sein du parti.
Une question s’impose : le MATD manquerait-il à ce point de cadres compétents pour reproduire littéralement le contenu d’une lettre d’un groupe marginal dans une lettre officielle ?
Le honteux renvoi d’ascenseur : manœuvre politique ou complicité ?
Ce qui choque le plus, c’est cette convergence d’intérêts flagrante entre le MATD et les MR-UFDG. Avant de se parer du costume de « réformateurs », les membres du CERAG réclamaient ouvertement la protection de l’État. On se souvient de Lamarana Petty Diallo, bras armé du « faux prophète » autoproclamé, Ousmane Gaoual Diallo, demandant à cor et à cri une intervention étatique : « Violence contre Ousmane Gaoual Diallo, l’État doit agir ». À l’époque, nous avions répondu avec cette pointe d’ironie : « Il faut sauver le soldat Ousmane Gaoual Diallo ». Aujourd’hui, force est de constater qu’ils ont été entendus.
Ce jeu de dupes prend alors les allures d’un renvoi d’ascenseur, où l’État notamment le ministère tutelle abandonne sa posture d’arbitre neutre pour devenir acteur d’un règlement partisan. De leur côté, les prétendus « réformateurs » véritables chevaux de Troie du pouvoir au sein de l’UFDG, se muent en commentateurs zélés, s’empressant de décortiquer les textes et de défendre coûte que coûte le ministère, comme pour solder une dette politique. Une pirouette qui ressemble fort à un remerciement déguisé.
Pour une administration républicaine, pas aux ordres
Ce « mano a mano » entre le MATD et les MR-UFDG dépasse largement le cadre administratif. C’est un signal d’alarme, un révélateur inquiétant de la politisation rampante des institutions et de leur instrumentalisation au profit de courants marginaux qui jouent pleinement le rôle de « cheval de Troie » au sein des partis politiques. Le renvoi d’ascenseur opéré par un groupuscule d’opportunistes à l’endroit d’un ministère censé incarner la neutralité est non seulement indécent, mais constitue une menace directe pour le pluralisme politique en Guinée.
L’État ne peut se muer en marionnettiste des libertés partisanes. L’UFDG, comme tout autre formation politique, doit pouvoir exercer son droit à l’organisation en toute indépendance, conformément à ses statuts et aux lois en vigueur. Les éventuelles irrégularités doivent être arbitrées par les juridictions compétentes — et non tranchées à la va-vite par des lettres ministérielles à géométrie variable.
Il est temps pour le MATD de revenir à l’essentiel : assurer un cadre démocratique pluriel, respecter l’autonomie des partis politiques, et cesser de confondre autorité administrative et pouvoir personnel.
Taliby Diané
Adjoint à la communication UFDG France