L’écho de l’histoire : au-delà de l’aigreur et des allégations (Par Ibrahima Molota Camara)

​Le soleil, dit-on, ne peut être caché par la main. C’est une vérité qui s’applique aussi bien à la lumière qu’à l’histoire. Les tentatives d’éclipser la mémoire d’un homme par des pamphlets empreints d’amertume et de raccourcis faciles ne servent qu’à éclairer, par contraste, la fragilité de leur propre propos.

L’article de Tibou Kamara, d’une virulence ciblée, se veut un réquisitoire contre un héritier, mais il déterre surtout, avec une indécence regrettable, le souvenir d’un homme qui ne peut plus se défendre : Son Excellence Soriba Kaba.

S’en prendre à un mort, qui est par définition privé de son droit de réponse, est une démarche à la fois lâche et stérile. Le respect des défunts est une règle universelle de dignité, et la tombe ne devrait jamais être le lieu d’une bataille médiatique. Les reproches et les règlements de compte personnels – qui transparaissent clairement entre les lignes de l’article – devraient se faire face à face avec les vivants, et non en piétinant la mémoire des disparus pour régler des différends avec leur descendance.

La mémoire collective contre l’oubli sélectif

​Contrairement à ce qu’avance l’auteur, les Guinéens se souviennent bel et bien de Soriba Kaba. Sa silhouette n’était pas ‘’frêle’’ ni ‘’insignifiante’ ; elle était celle d’un haut fonctionnaire international, dont le parcours témoigne d’une compétence rare.

Avant de servir son pays au plus haut niveau, M. Kaba a été fonctionnaire en France, a œuvré dans divers ministères en Côte d’Ivoire, et a été le représentant de la Banque mondiale en Guinée. Ce pedigree international est la preuve irréfutable d’une expertise reconnue bien au-delà des frontières nationales.

Son passage au gouvernement du Général Lansana Conté marque un jalon historique : il fut le premier à cumuler la responsabilité de deux grands ministères fusionnés : Économie-Finances et Plan. Une telle nomination n’est pas le fruit du hasard ou d’une simple coïncidence ; elle est l’affirmation d’une confiance dans sa capacité à mener des réformes structurelles profondes.

Les membres du Conseil des Ministres de 1992-1994, s’ils étaient consultés, pourraient témoigner de l’impact de ses interventions sur les orientations socio-économiques du pays. Il fut d’ailleurs nommé Chef de cabinet civil à la Présidence avant d’être ministre, un poste clef qui atteste de sa proximité et de son influence auprès du Chef d’État. Le Général Conté lui-même l’appelait intimement « Maninkè Mori Foté », un surnom respectueux qui en dit long sur l’estime qu’il lui portait.

La légitimité face à la compétence avérée

​La remise en question des compétences de Soriba Kaba par M. Kamara soulève une question légitime : De quelle légitimité et de quelles compétences M. Kamara lui-même se prévaut-il pour jeter ainsi l’opprobre sur un tel parcours ? Il est aisé, des années plus tard, de juger le travail d’un homme qui fut aux commandes à une époque où M. Kamara n’était probablement qu’étudiant ou débutant dans le journalisme.

L’histoire et l’expérience ne s’improvisent pas. Les faits et les titres de service de Soriba Kaba sont avérés et publics ; les allégations de fortune mal acquise, quant à elles, restent des insinuations non étayées, destinées uniquement à satisfaire un ego blessé ou une rancœur personnelle.

De plus, attaquer un fils, aujourd’hui quadragénaire, en le réduisant aux allégations non prouvées contre son père est une faute morale et logique. Le père d’un homme n’a rien à voir avec les actions de son fils. Chaque individu est responsable de son propre destin et de ses propres combats. L’aigreur et l’agressivité d’un fils, si elles existent, sont son fardeau, non celui du père défunt.

Les faits contre les clameurs

​Pour que le débat public soit constructif, il doit se fonder sur des faits véridiques et avérés, et non sur des campagnes de diffamation ou des ‘’pluies d’injures sans relief’’. Les accusations de ‘’voleur de la République’’ sans la moindre preuve versée au dossier ne sont que des calomnies. Si des preuves existent, qu’elles soient présentées aux instances judiciaires et non dans des colonnes de presse, car la diffamation ne saurait masquer les différends personnels.

Monsieur Kamara ferait mieux de régler ses différends directement avec le fils de Soriba Kaba. Le récit national est un lieu de débat pour les vivants, pour ceux qui se battent pour l’avenir, et non un champ de bataille pour régler les comptes des générations passées. L’histoire retiendra ceux qui ont construit avec compétence, qu’ils soient issus de l’élite ou autodidactes, et non ceux qui ont pâli de jalousie en voyant briller les autres.

La mémoire de Soriba Kaba, Maninkè Mori Foté, ne sera pas dictée par la bile d’un pamphlet. Elle subsistera dans les archives des institutions où il a servi avec distinction, bien loin de ‘’la poubelle de l’histoire’’ que certains semblent vouloir lui destiner.

Il est temps de mettre fin à cette querelle par presse interposée. Les enjeux du pays sont trop importants pour être occultés par des règlements de compte personnels. Ne pensez-vous pas que le débat national devrait se recentrer sur les défis actuels plutôt que de s’enliser dans ces attaques post-mortem ?

Ibrahima Molota Camara

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