Les enjeux du référendum constitutionnel du 21 septembre 2025

Le projet de référendum constitutionnel annoncé en Guinée le 21 septembre 2025 marque, à première vue, une étape décisive vers le retour à l’ordre constitutionnel. Dans un pays où l’instabilité institutionnelle a souvent freiné la consolidation démocratique, une nouvelle Loi fondamentale peut symboliser un nouveau pacte social, clarifier les règles du jeu politique et baliser la voie vers des élections crédibles.

C’est un moment porteur d’espoir, mais aussi de vigilance, car un tel exercice ne se limite pas à un simple vote : il engage l’avenir politique, économique et social de la Nation.

Les préalables indispensables à un processus référendaire crédible

Pour que le référendum du 21 septembre 2025 traduise réellement la volonté populaire et non une simple formalité procédurale pour le retour à l’ordre constitutionnel, plusieurs conditions doivent être réunies :

Un processus inclusif et participatif : toutes les sensibilités politiques, les organisations de la société civile et les forces sociales méritent d’être, en amont, associées à l’élaboration et à la validation du projet constitutionnel ; puis, prendre part aux débats sur les tenants et aboutissants dudit projet constitutionnel soumis au vote du peuple. Car l’inclusivité renforce la large légitimité du texte.

La garantie de la liberté d’expression et d’opinion : chaque acteur – parti, syndicat, média, citoyen – doit pouvoir débattre, critiquer, proposer, sans crainte d’intimidation, de harcèlement ou de représailles.

L’indépendance effective de l’organe de gestion des élections (DGE) : sa composition, son fonctionnement et ses décisions doivent inspirer confiance, avec des règles claires, transparentes et équitables pour tous les camps.

Sans ces préalables réunis, l’exercice référendaire risque de renforcer la défiance plutôt que de la dissiper.

La portée du OUI ou le NON et l’émergence d’une « troisième voie »

Dans le contexte actuel, le “OUI” ne se réduit pas seulement à l’approbation d’un texte ; il peut être interprété comme un acte de confiance dans la transition et la promesse d’un nouvel ordre institutionnel.

Toutefois, faute de garanties claires sur la neutralité du processus, notamment concernant la possibilité pour l’actuel chef de l’État d’être candidat aux prochaines élections, le “OUI” peut aussi être perçu comme un blanc-seing à une transition prolongée ou à une éventuelle continuité du pouvoir.

Le “NON”, quant à lui, exprime la crainte d’une confiscation de la transition, une remise en cause de la sincérité du processus et un rejet des incertitudes pesant sur l’avenir des acteurs politiques.

Dans un tel contexte de méfiance, une troisième voie pourrait émerger, notamment l’abstention. Elle peut s’affirmer comme un signal politique : refuser de cautionner un processus jugé biaisé dès le départ, tout en évitant de polariser davantage le climat social et politique. Si elle traduit un malaise, l’abstention massive remettrait en cause la légitimité du scrutin et forcerait les autorités à réévaluer la démarche.

En définitive, un référendum constitutionnel ne doit pas être une simple étape symbolique, mais un tournant démocratique. Son succès dépendra moins du résultat que de la confiance suscitée par la méthode : transparence, équité et respect des libertés. La Guinée, riche de son histoire et des aspirations de sa jeunesse, mérite une Constitution qui rassemble, plutôt qu’un texte qui divise.

Aly Souleymane Camara

Analyste politique

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