Les femmes déguerpies du Km 36 recasées au marché de Fassia

Les vendeuses déguerpies aux abords de la route du Km 36 ont été réinstallées depuis quelques jours au marché de Fassia, dans la commune de Sanoyah. Ce vendredi 10 avril, notre reporter s’est rendu sur place pour constater les conditions de leur installation.

Selon Mamadou Oury Baldé, administrateur adjoint du marché, la commune urbaine de Sanoyah a mis plus de 4 hectares à disposition pour ce recasement. Mais si l’espace était initialement réservé aux vendeuses du Km 36, le responsable déplore l’arrivée de marchandes venues de tout le Grand Conakry.

“À l’heure où je vous parle, on a tellement de difficultés, je peux dire qu’on est un peu paniqués, parce qu’il y a plus de 10 000 femmes ici. Au départ, on a pensé que le marché, c’était pour les déguerpies du Km36 et que c’est la commune de Sanoyah seulement qui allait venir s’installer. Mais, au jour d’aujourd’hui, il y a des femmes d’Entag, Tannerie, Madina, Matoto, Enco 5, Dixinn, Dubréka et Coyah. Presque toutes les communes ont 200 à 300 représentantes ici. L’espace est trop petit par rapport aux gens qui sont venus”, indique-t-il.

L’administrateur adjoint du marché de Fassia dit rencontrer d’énormes difficultés avec l’installation des vendeuses.

Depuis qu’elles sont venues, tellement on est embrouillés, la secrétaire générale de la commune a dit de les laisser faire comme elles veulent. Parce qu’on ne veut pas de bruit et le président de la République ne veut pas que les femmes souffrent. Même le droit de marché, on ne le réclame pas pour le moment. Mais on a assez de difficultés parce que tu peux voir une dame venir occuper 6 à 7 palettes par là et elle descend en bas faire la même chose. Mais si on dit qu’on va gérer les femmes, ça va crier. Donc, on sollicite de l’aide pour avoir d’autres places afin de pouvoir satisfaire les femmes”, plaide M. Baldé.

Toutefois, Mamadou Oury Baldé assure que les autorités ont promis de tout mettre en œuvre afin de satisfaire ces vendeuses.

“Il y a des bars, des garagistes et des habitations ; maintenant, c’est de voir avec l’habitat comment faire pour qu’on puisse installer ces femmes. La commune vient deux à trois fois ici, mais ne veut pas qu’il y ait du bruit ou de l’embouteillage sur la route, mais on est débordés. Tous les deux jours, on a deux à trois missions qui viennent ici pour voir ce qu’il faut pour satisfaire les dames. Le processus avec l’État, ce n’est pas facile. Nous, on est pressés, mais l’État ne l’est pas. Ils ont promis beaucoup de choses à mettre à notre disposition, mais l’heure n’est pas arrivée”, souligne-t-il.

À la question de savoir combien ces femmes paient pour leur installation, Mamadou Oury Baldé répond : “Elles ne paient ni le droit de marché, ni le droit de développement, ni le prix de l’installation parce qu’on est débordés. Certaines ont trouvé de la place, d’autres n’en ont pas eu. Si tu demandes de payer un montant, celles qui n’ont pas eu de place vont croire que c’est parce qu’elles n’ont pas payé. Même pour le nettoyage, c’est nous qui finançons pour le moment”.

Pour éviter tout débordement sur les lieux, l’administrateur adjoint du marché de Fassia mise sur la sensibilisation en invitant les vendeuses à plus de patience.

“Chaque jour, nous donnons un micro à une dame pour sensibiliser les femmes. Parce que la commune a fait ce qu’elle peut faire. Nous aussi, nous sommes en train de faire ce que nous pouvons. Là où on a pensé avoir 2 000 à 3 000 personnes, on en a reçu plus de 10 000, c’est débordé. Je demande à toutes les femmes qui n’ont pas eu de place de patienter ; la commune, le gouvernorat et le président de la République sont en train de chercher d’autres espaces pour elles. Actuellement, les responsables du quartier ne dorment pas. Des fois, on est obligés d’envoyer deux à trois pickups pour la sécurité de la zone. Avant, quand tu disais Fassia, on te demandait : ‘C’est vers où ?’ Mais aujourd’hui, tous les commerçants cherchent à venir à Fassia », estime-t-il.

Aïcha Camara, venue du marché de Bentourayah, est là depuis quelques jours. « Je viens tous les jours dans l’espoir de trouver une place, mais je n’en ai pas eu. On me dit que c’est fini, mais je ne vais pas abandonner”, promet-elle.

D’autres femmes rencontrées sur place ont refusé de témoigner. En colère, elles expliquent ne pas avoir obtenu de place et ne souhaitent donc pas s’exprimer.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info

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