Lorsqu’un peuple refuse d’être ce qu’il est pour tenter d’être ce qu’il n’est pas, s’il n’y arrive pas, il devient inéluctablement la risée de tous. L’endoctrinement est tel que certains Africains ne veulent ni voir ni comprendre. La lutte pour l’éveil des consciences sera certes rude, mais elle finira par aboutir grâce à l’esprit des ancêtres.
Avant l’influence des croyances religieuses issues notamment des contacts avec les Almoravides au XIe siècle et les missionnaires catholiques, les Africains portaient des prénoms traditionnels resplendissants et évocateurs. Ces prénoms sont aujourd’hui affectés par des croyances religieuses dans de nombreuses communautés africaines. Voici quelques prénoms authentiquement guinéens.
Chez les Peuls :
- Bodéwal signifie « teint clair » ;
- Sadio ou Sadjo : enfant né après des jumeaux ou des jumelles ;
- Korka : le jeûne, le ramadan. Ce prénom est donné à un enfant né pendant le ramadan ;
- Boye : donné à un enfant afin de lui souhaiter une longue vie ;
- Oury, qui signifie « vivant », est donné à un enfant pour lui souhaiter de survivre ;
- Téli : érythrophleum guineense, une espèce d’arbre très toxique. Ce prénom est donné à un enfant dont la mère a perdu plusieurs enfants de suite, afin de le protéger contre les mauvais esprits. C’est une manière d’annoncer aux ennemis que cet enfant est intouchable. Téli désigne en effet le caïlcédrat, un arbre très amer ;
- Malaadho : quelqu’un qui a le salut, qui est béni.
Chez les Maninkas :
- Tinda signifie littéralement « lieu d’approvisionnement en eau ». Ce prénom est attribué à un enfant dans l’espoir qu’il soit l’espoir de toute une famille, de toute une communauté ;
- Kounadi, prénom féminin signifiant « chanceuse ». Ce prénom est donné à un enfant (une fille) dans l’espoir qu’elle soit chanceuse ;
- Guémèrin, c’est le melon. Dans la tradition maninka, le melon est considéré comme une plante dotée d’un pouvoir d’adaptation et de résistance inimaginables, capable de pousser dans des sols pauvres. Ce prénom est attribué à un enfant dans l’espoir qu’il soit aussi résilient qu’un melon ;
- Noumoukè : forgeron. Ce prénom vient de deux mots maninka : Noumou (forgeron) et Kè (homme). Il est souvent donné à un enfant né à la forge ;
- Filifing : c’est lorsqu’on jette un enfant, puis qu’on le récupère. Lorsqu’une femme perd plusieurs de ses nouveau-nés, puis donne naissance à un nouvel enfant, un membre de la famille le jette dans un carrefour ou dans une poubelle, puis un autre le récupère pour le remettre à sa mère. Fili signifie « jeter ».
Chez les Sossos, par exemple :
- N’Sira est la première fille d’une fratrie ;
- Tanoundi et M’Bemba signifient « petit frère » et « grand frère » et sont souvent donnés aux enfants portant le prénom d’un aïeul ;
- Baadi ou N’Baadi signifie « petit-papa » ;
- N’gady ou N’nady : petite maman ;
- Kassory est la contraction de Karamo Sory.
Chez les Kpèlès :
- Pola : le prénom donné à une fille qui accède pour la première fois à un lieu d’initiation ; c’est le contraire de Pogba ;
- Gobou : prénom donné à une fille au cou ridé ou magnifique ;
- Mamey : prénom donné à une fille après l’excision, abandonnée avec sa mère et ayant grandi dans la maison de son oncle maternel ;
- Nowaï : prénom donné à une fille après excision, dont les parents sont divorcés et qui fait la navette entre sa mère et son père.
Chez les Tomas :
- Fabali ou Foromo : intrépide, courageux et franc ;
- Köhö : éclaireur et protecteur du patrimoine du village ;
- Koma, Zouba, Gaba, Gawala : guerriers intrépides, symboles de bravoure et de puissance physique ;
- Kama, Kolly, Pévé : esprits brillants, dotés de réflexion et de sagesse ;
- Damawa ou Komassa : élancée.
Chez les Kissis :
- Bölö : bananier, né sous le bananier ;
- Böölen : plume, qui a le pouvoir de s’envoler, féticheur ;
- Böw-vo : kaolin, argile ;
- Balö ou Barö : promenade, né pendant que l’un des parents était sorti de la localité, sans situation ;
- Kaw nalén : aventure ;
- Ballé : lance, flèche, né pendant la guerre traditionnelle où les lances et les flèches ont été utilisées (tel que Tamba Ballé) ;
- Ban-Oulén ou Ban Oulén : mettre un genou à terre (se mettre à genou) ;
- Bassi : relatif à un arbre de la forêt appelé Bassio. Cette substance est utilisée pour la teinture.
Un vieux proverbe maninka nous enseigne qu’on ne coupe pas la coupe de cheveux qui permet à un homme d’être reconnu parmi les autres. Les prénoms traditionnels africains sont plus resplendissants et définissent mieux l’Africain que ces prénoms importés qui ne nous ressemblent ni ne nous rassemblent.
N’ayons pas honte de les donner à nos enfants, car ils créent un lien fort entre les peuples africains et leurs ancêtres, contrairement aux prénoms arabes et occidentaux qui creusent un véritable fossé entre nos aïeux et nous.
Sayon MARA, Juriste