Lettre ouverte à la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (Par Dr Karamo Kaba)

Madame la Ministre,

Je me permets de vous adresser cette réflexion avec respect, humilité et, surtout, avec le sens de la responsabilité que nous impose notre engagement dans le domaine de la formation des futurs professionnels de santé.

Je souhaite, pour une deuxième fois, attirer votre attention sur une problématique qui mérite, à mon sens, une réflexion urgente et approfondie : la qualité de la formation dans certaines écoles de santé en Guinée.

Les écoles de santé ne doivent pas devenir une voie de recours pour les élèves sans aucun niveau. Une formation en santé ne devrait jamais être considérée comme une solution de substitution à l’échec scolaire.

Depuis plusieurs années, on constate que certains jeunes, après plusieurs échecs au BEPC ou au baccalauréat, sont orientés ou encouragés par leur entourage à s’inscrire dans une école de santé, comme si les métiers de la santé constituaient une dernière possibilité d’insertion scolaire ou professionnelle.

Autrefois, dans certaines familles, lorsqu’un enfant était considéré comme difficile à encadrer, on disait parfois qu’il fallait « l’envoyer à l’armée ». Cette conception était déjà discutable. Elle le devient davantage lorsqu’elle est transposée au secteur de la santé, car prendre soin de la vie humaine exige des compétences, de la discipline, de la rigueur, de l’éthique et une véritable vocation.

Tous les jeunes ne sont pas nécessairement faits pour exercer un métier de santé, et cela n’a rien de déshonorant. Chaque domaine professionnel exige des aptitudes particulières.

La santé ne peut pas être une filière de dernier recours. Être infirmier, sage-femme, technicien de santé, pharmacien, médecin ou exercer toute autre profession de santé ne consiste pas simplement à obtenir un diplôme.

Il s’agit de prendre des décisions qui peuvent avoir des conséquences directes sur la vie et la santé des patients.

Cela nécessite notamment :

  • un niveau académique suffisant ;
  • une bonne maîtrise de la langue et des connaissances fondamentales ;
  • de la rigueur scientifique ;
  • de la discipline ;
  • une capacité d’analyse et de raisonnement ;
  • de l’empathie et du respect du patient ;
  • une solide éthique professionnelle ;
  • la capacité à apprendre continuellement.

Or, dans certaines structures de formation, sans généraliser à l’ensemble des établissements ni à l’ensemble des étudiants, nous observons des situations qui devraient interpeller les autorités compétentes.

Certains étudiants éprouvent d’importantes difficultés avec les notions fondamentales, la compréhension des enseignements ou même l’expression écrite. Dans des cas plus préoccupants encore, des soupçons de falsification de diplômes ou de documents scolaires sont rapportés.

Si nous acceptons que les exigences à l’entrée diminuent, nous prenons le risque de transférer ces insuffisances vers nos établissements de santé.

Et lorsque les lacunes de formation deviennent professionnelles, les conséquences peuvent être lourdes : erreurs dans la prise en charge, mauvaise communication avec les patients, pratiques inappropriées, exercice illégal de certaines activités, multiplication de structures sanitaires insuffisamment encadrées et, plus largement, dégradation de la confiance des populations envers notre système de santé.

La question mérite donc d’être posée avec courage : Que faisons-nous aujourd’hui pour garantir la qualité des professionnels de santé que nous formerons demain ? Cette question ne relève pas uniquement du ministère de l’Enseignement supérieur.

Elle concerne également le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, les ordres professionnels, les institutions de régulation, les établissements de formation, les enseignants, les syndicats et, plus largement, l’ensemble des acteurs du système de santé.

Il est temps de renforcer la collaboration entre ces différentes institutions afin de mettre en place un véritable système national d’assurance qualité de la formation en santé.

À ce titre, je soumets respectueusement quelques propositions à votre appréciation :

  1.  Instituer un concours ou un mécanisme national de sélection à l’entrée des filières de santé, fondé sur des critères transparents et harmonisés, afin de garantir un niveau minimal de compétences chez les candidats.
  2. Renforcer le contrôle de l’authenticité des diplômes et documents scolaires présentés lors des inscriptions et prévoir des sanctions appropriées en cas de fraude avérée.
  3. Procéder à une évaluation périodique des écoles de santé, notamment sur la qualification des enseignants, les infrastructures, les équipements pédagogiques, les stages pratiques, le ratio étudiants/enseignants et les résultats académiques.
  4. Renforcer les capacités des professionnels déjà formés, à travers des programmes nationaux de formation continue, de remise à niveau et de certification des compétences.
  5. Mettre en place un dispositif national de suivi des diplômés.
  6. Lutter fermement contre l’exercice illégal de la médecine et les pratiques professionnelles non conformes, notamment dans les structures sanitaires insuffisamment réglementées.
  7. Mieux orienter les jeunes, en leur faisant comprendre que choisir une profession de santé doit être le résultat d’une aptitude, d’un projet professionnel et d’une vocation, et non simplement d’un échec dans une autre filière.

Notre pays possède une histoire et une tradition de formation médicale dont nous pouvons être fiers. Il nous appartient aujourd’hui de préserver cet héritage et de l’adapter aux exigences contemporaines.

La réforme de notre système de santé ne peut pas se limiter aux infrastructures, aux équipements ou au financement. Elle doit également commencer par la qualité de l’être humain qui prendra demain en charge nos malades.

Je suis convaincu que la Guinée dispose aujourd’hui des moyens institutionnels nécessaires pour engager une réforme profonde, courageuse et structurée de la formation des professionnels de santé.

Madame la Ministre,

L’école de santé ne doit pas être une porte de sortie face à l’échec scolaire. Elle doit être une porte d’entrée vers une profession exigeante, noble et profondément humaine.

On ne devrait pas y entrer uniquement parce qu’on le souhaite, mais parce que l’on dispose des aptitudes, du niveau, de la discipline et de la vocation nécessaires pour servir dignement les populations.

Pour avoir moi-même enseigné dans des établissements de formation en santé, je mesure la réalité de cette problématique. Je ne parle donc pas uniquement d’une perception extérieure : je parle également d’une expérience vécue sur le terrain.

C’est précisément pour cette raison que je souhaite que cette question fasse l’objet d’un débat institutionnel sérieux, dépassionné et constructif.

Notre responsabilité collective est simple : former moins par facilité, mais mieux par exigence ; diplômer moins par automatisme, mais davantage par compétence ; et surtout, protéger le patient en plaçant la qualité de la formation au cœur de nos priorités.

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma très haute considération.

Dr. Karamo KABA

Pharmacien | Spécialiste en Gestion des Services de Santé | MBA en Management des entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques | Enseignant-Auteur

Tatakaba66@gmail.com

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