Limoger l’hydre, le vertige sénégalais (Par Caleb Kolié)

À mon sens, le pouvoir use ceux qui refusent de le partager. En limogeant Ousmane Sonko, l’exécutif sénégalais a commis une erreur classique : croire qu’un coup de frein administratif suffit à arrêter une locomotive populaire.

La violence d’État, même déguisée en procédure, détruit le pouvoir bien plus qu’elle ne le consolide. Libéré des obligations de sa fonction, Sonko devient, à mes yeux, un symbole plus puissant que jamais, et je sais bien qu’un symbole ne se décrète pas : il se métamorphose dans les cœurs.

Offenser un adversaire, c’est le rendre plus dangereux que si l’on l’avait combattu loyalement. Aussi, ce limogeage spectaculaire n’apaise rien : il déplace la fièvre du palais vers la rue, des discours officiels aux colères sourdes des marchés. Ce que l’on craint, on cherche à l’écarter ; mais en écartant l’orage, on lui offre tout le ciel.

Je le dis franchement : d’un côté, la légitimité de l’État invoque l’ordre et la continuité, de vieilles raisons que les souverains ressassent dès qu’ils se sentent menacés. De l’autre, le camp évincé y voit un aveu de faiblesse, et je partage en partie cette lecture. Car on n’écarte que ce que l’on redoute réellement.

L’équilibre me paraît intenable, car gouverner, c’est prévoir ; mais, comme le rappelait Albert Camus, « prévoir sans le peuple, c’est déjà mourir ». À mon avis, le baobab sénégalais a perdu une branche maîtresse ; je doute que le tronc résiste longtemps à la tempête qu’il a lui-même convoquée.

Une chose est sûre pour moi : le silence des institutions ne fait jamais taire les foules, il leur donne juste un autre rythme, souvent plus décisif.

Caleb Kolié

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