Maladies chroniques : quand les charlatans profitent de la détresse des malades (Par Habib Yembering Diallo)

Il y a quelques décennies, la Guinée connaissait relativement peu de maladies chroniques comme l’hypertension artérielle et le diabète. À l’époque, la population, majoritairement rurale, travaillait dur et se nourrissait essentiellement des produits de sa propre production.

Aujourd’hui, la situation a considérablement changé. L’exode rural a vidé de nombreux villages au profit des villes, entraînant une transformation progressive des habitudes alimentaires. À la place des produits locaux, une grande partie de la population consomme désormais des denrées importées, y compris le riz, pourtant principal aliment de base des Guinéens.

Une alimentation souvent trop riche en sucres et en graisses, conjuguée à une sédentarité croissante, a contribué à l’essor de maladies autrefois relativement peu connues dans le pays. Jusqu’au début des années 1980, certains villages comptaient peu, voire aucun cas connu de diabète ou d’hypertension artérielle.

Aujourd’hui, ces maladies touchent aussi bien Conakry que l’intérieur du pays. Selon certaines sources médicales, les maladies cardiovasculaires figurent parmi les principales causes de décès dans les hôpitaux.

Face à cette situation préoccupante, des individus peu scrupuleux ont trouvé un moyen de tirer profit de la détresse des malades en exploitant leur crédulité, leur naïveté ou simplement leur manque d’information. De prétendus guérisseurs ont ainsi investi de nombreux quartiers de la capitale. Pour attirer leur clientèle, ils font un usage abusif des médias audiovisuels et des réseaux sociaux, où ils multiplient les promesses de guérison miraculeuse.

Or, le diabète et l’hypertension artérielle sont des maladies chroniques qui nécessitent généralement une prise en charge médicale au long cours. À ce jour, il n’existe pas de remède universel permettant de les guérir définitivement. Cela n’empêche pourtant pas ces individus de prétendre pouvoir les éradiquer en un temps record. Certains vont même jusqu’à affirmer qu’ils peuvent guérir le Sida.

L’ironie est parfois cruelle. L’un de ces prétendus guérisseurs, lui-même dans un état de santé préoccupant, a dû se rendre dans une clinique privée de la place pour se faire soigner. Alors qu’il promettait de guérir le diabète chez les autres, sa propre glycémie ne cessait d’augmenter. Et pendant qu’il cherchait désespérément une solution à son problème de santé, des malades continuaient de le solliciter, convaincus de ses prétendus pouvoirs thérapeutiques.

J’ai moi-même été témoin d’une situation particulièrement édifiante. Il y a quelques années, un de mes voisins avait fait venir son frère, atteint de diabète, depuis Beyla. Après une consultation au CHU de Donka, ils ont entendu parler, sur les ondes d’une radio privée, d’un guérisseur qui prétendait pouvoir soigner le malade en un temps record.

Mon voisin m’en a parlé. J’ai alors tenté de l’en dissuader en lui expliquant que ni à Paris, ni à Washington, ni à Rabat, encore moins à Dakar, on ne disposait d’un remède permettant de guérir définitivement cette maladie. Il était donc peu vraisemblable qu’un guérisseur de Conakry détienne une solution miraculeuse ignorée de la médecine.

Mais mon avertissement n’a pas suffi à le convaincre. Il a finalement conduit son frère chez le fameux guérisseur. Comme on pouvait malheureusement le craindre, l’état du malade s’était gravement détérioré, jusqu’à ce qu’il sombre dans un coma profond.

De retour au CHU de Donka, ils se sont heurtés, dans un premier temps, à la réticence des médecins à le prendre en charge.

Cependant, ce refus étant contraire à leur serment, ils ont finalement accepté de reprendre le malheureux patient pour l’hospitaliser.

Ce cas est loin d’être isolé. De nombreux malades, pourtant soumis à un traitement médical à vie, l’abandonnent après avoir rencontré un prétendu guérisseur qui affirme pouvoir soigner toutes les maladies du monde. Les conséquences peuvent être dramatiques : certains se retrouvent avec des séquelles irréversibles et demeurent alités pour le restant de leurs jours. D’autres, malheureusement, perdent la vie.

Face à de telles dérives, les autorités ne peuvent plus rester les bras croisés. Le ministère en charge de la Santé doit prendre ses responsabilités. Il lui appartient d’identifier les structures qui exercent illégalement des activités de soins, de vérifier les qualifications de leurs responsables et de faire fermer celles qui ne respectent pas les règles en vigueur. Il doit également renforcer la sensibilisation du public aux dangers de l’abandon des traitements médicaux prescrits.

De son côté, le ministère chargé de la Communication doit rappeler les médias à leurs obligations professionnelles et les mettre en garde contre la diffusion de fausses informations sanitaires, notamment les publicités promettant des guérisons miraculeuses. La liberté de communication ne saurait justifier la promotion de pratiques susceptibles de mettre des vies en danger.

Il y va de la santé publique, mais aussi de la protection des citoyens les plus vulnérables. Car lorsqu’un malade, confronté à la souffrance et parfois au désespoir, se raccroche à la moindre promesse de guérison, il devient une proie facile pour les charlatans.

Il est donc urgent d’agir avant que d’autres familles ne paient de leur vie le prix de ces illusions savamment entretenues.

Habib Yembering Diallo

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