Nous ne jurons que sur la Constitution !

En aparté comme sur la place publique, la question nous était posée récemment de savoir sur quoi nous devrions jurer dans une république laïque, à l’image des États-Unis, de la France, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Gabon ou de la Guinée. Car à chaque investiture, c’est le même rituel qui s’observe, alliant la main levée, la voix ferme et, sur la table, la Bible, le Coran ou le vide.

Face à cette interrogation, je dirai que le vrai sujet est de savoir de quoi nous avons besoin, nous, républicains, pour engager notre responsabilité. La réponse réside dans chacune de nos Constitutions.

Pour la Guinée, c’est dans celle du 26 septembre 2025. Et elle est claire. D’abord, ce que dit la loi, la parole et non le support.

L’article 59 fixe la formule du serment présidentiel. Il n’y a pas un mot sur le Coran. Pas un mot sur la Bible. « Nous jurons devant Dieu et devant le Peuple de Guinée, sur notre honneur de respecter et de faire respecter la Constitution et les lois… » Voilà tout.

La Constitution consacre Dieu dans la formule, par respect pour la foi de la Nation. Mais elle n’impose aucun livre saint.

L’acte juridique est validé par la parole prononcée, et non par l’objet touché. Parce que notre pays est une République laïque, selon l’article premier. L’État ne reconnaît aucun culte. Il ne peut donc obliger aucun citoyen à jurer sur un texte religieux.

Ensuite, ce que dit la coutume, le respect des convictions.

En pratique, nous avons gardé l’usage du livre saint. Pour beaucoup, poser la main sur le Coran ou la Bible donne au serment son poids moral.

Dans une société croyante, trahir un serment fait sur un texte sacré est vu comme une faute spirituelle. Cet usage est légitime. Il relève du protocole et de la liberté de conscience. La République l’accueille, mais elle ne l’impose pas.

Enfin, et nous, républicains convaincus ? Voici pourquoi nous ne jurerons que sur la Constitution.

D’abord, par fidélité au principe de laïcité. L’État n’appartient à aucune religion. Notre serment ne doit donc dépendre d’aucun livre confessionnel. Seule la Loi suprême doit être notre repère commun.

Ensuite, par fidélité au texte. La Constitution nous demande de jurer sur notre honneur. Elle ne nous demande pas de jurer sur un objet.

Respecter la Constitution, c’est d’abord respecter ce qu’elle dit, et aussi ce qu’elle ne dit pas.

Enfin, par fidélité au Peuple. Nous ne gouvernons pas au nom d’une communauté de foi. Nous gouvernons au nom du Peuple de Guinée, dans toute sa diversité, et la Constitution demeure le seul livre qui nous rassemble tous.

Prêter serment la main posée sur elle ou simplement la main levée a la même valeur juridique. L’engagement républicain repose en effet sur trois piliers fondamentaux, à savoir le respect de la Loi avant tout, la fidélité au Peuple et le sens de notre propre honneur. Nul besoin d’intermédiaire ni de symbole superflu, car la République se suffit à elle-même.

Par Alpha Abdoulaye Diallo, in Le Populaire du 24 août 2026

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