Ousmane Boiro, de l’enseignement à la transformation des produits locaux : “Il ne faut pas avoir peur d’échouer”

Engagée depuis plusieurs années dans la transformation des produits locaux, Ousmane Boiro œuvre pour la valorisation des ressources agricoles et la lutte contre les pertes post-récolte. Ce mercredi 13 août, notre rédaction l’a rencontrée à son domicile à Labé, dans le quartier Pounthioun, où sont installées ses machines de transformation.

Dans un entretien accordé à VisionGuinee, elle est revenue sur ses débuts dans l’activité, les échecs traversés, les difficultés rencontrées, ses projets ainsi que les opportunités qu’elle a saisies grâce à ce métier.

Ancienne enseignante, elle emploie aujourd’hui huit personnes et transforme le fonio, le maïs, le sorgho, la mangue et la patate. À l’endroit des entrepreneurs et de ceux qui souhaitent se lancer, elle lance un message fort : “Il ne faut pas avoir peur d’échouer. Quand on entreprend, il faut avoir du courage et de la volonté”.

VisionGuinee : Dites-nous quels sont les produits que vous transformez et depuis quand ?

Ousmane Boiro : Cela fait huit ans que j’exerce cette activité. Au début, nous étions un groupement. Mais avec le temps, certains membres ont démissionné. J’ai donc décidé de transformer le groupement en entreprise. Aujourd’hui, j’emploie huit personnes.

Nous transformons le fonio, le maïs, le sorgho, la mangue et la patate dans le but de les conserver. L’objectif est de permettre aux consommateurs d’en acheter et d’en manger même après la période d’abondance. Cela permet aussi aux personnes qui voyagent d’emporter facilement nos produits locaux.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans la transformation des produits locaux ?

Ce qui m’a poussée à me lancer, c’est le constat qu’après les récoltes, beaucoup de produits pourrissent. Je voulais donc contribuer à la valorisation de nos produits locaux en les transformant pour mieux les conserver. Auparavant, les gens ne savaient pas qu’on pouvait transformer et emballer nos produits ici, en Guinée. Au début, quand j’emmenais mes produits au marché, on me demandait : ‘Ça vient de la Chine ? Les chinois ont commencé à produire du fonio et du soumbara’. Je répondais : ‘Non, c’est nous qui produisons’.

Pouvez-vous nous expliquer les étapes de transformation du fonio ?

Pour le fonio, nous commençons par séparer les graines des cailloux. Ensuite, nous les séchons au soleil. Puis, nous passons au décorticage dans la machine. Nos femmes lavent les graines pour retirer les dernières impuretés. Nous les mettons à sécher au soleil pendant deux jours. Avec le déshydrateur, cela ne prend que 24 h. Après, nous grillons le fonio. Nous vérifions qu’il ne reste aucune saleté noire avant de passer à l’emballage.

Nous vendons le paquet de 1 kg à 28 000 GNF. Nous recevons aussi des commandes pour les cérémonies, pour 10, 20 ou 50 kg. Dans ce cas, nous mettons le fonio dans des sacs et le prix est différent de celui du paquet.

Où est-ce que vous vous approvisionnez ?

Pour le fonio, je travaille directement avec les agriculteurs pendant la période de récolte. Après cette période passée, je me ravitaille chez les collecteurs. D’ailleurs, c’est avec eux que nous obtenons de grandes quantités. Pour le maïs et le sorgho, nous achetons auprès des commerçants venus de Bamako. Nous pouvons acheter jusqu’à 2 à 3 tonnes selon nos moyens.

Quelles sont les plus grandes difficultés que vous rencontrez ?

Au début, nous avions un problème d’eau, mais grâce à Dieu, nous l’avons résolu. Aujourd’hui, le plus grand défi, c’est le courant électrique. Nos déshydrateurs consomment beaucoup d’énergie, mais la ligne ici est faible et le transformateur est loin.

J’ai été obligée d’envoyer mon séchoir de 200 kg au Centre d’autonomisation des filles et femmes (CAF), pour y sécher nos produits. Quand nous avons une grande quantité de couscous ou de fonio à sécher, je fais appel à un motard qui transporte les produits là-bas et les ramène 24 h après. Le coût du transport fait donc grimper les charges. C’est très difficile pour nous. Acheter une machine chère qu’on ne peut pas utiliser à cause du courant, c’est de l’argent qui est bloqué.

Comment vous arrivez à écouler vos produits sur le marché ?

Pour le moment, j’arrive à écouler mes produits sur le marché avec moins de difficultés. Mon souhait est de tout écouler afin d’augmenter ma production et de recruter plus de travailleurs. Pour cela, nous avons besoin de plus de séchoirs.

J’avais une boutique en ville, mais nous avons eu des problèmes de gestion avec le gérant et nous avons subi de lourdes pertes. J’ai donc préféré fermer. Aujourd’hui, comme les clients connaissent nos produits, ils nous appellent et nous assurons la livraison.

Quels appels avez-vous à lancer aux jeunes filles et femmes qui veulent se lancer comme vous ?

Je demande aux femmes de ne pas rester les bras croisés. J’étais enseignante, mais avec une grande famille, un seul salaire ne suffit pas. J’encourage les femmes à fournir des efforts et à innover. Il y a beaucoup de choses à faire. Il ne faut pas avoir peur d’échouer. Nous avons échoué plusieurs fois, mais nous nous sommes relevés. Heureusement, je ne travaillais pas avec l’argent d’autrui, sinon je ne serais pas là aujourd’hui. Quand on entreprend, il faut avoir du courage et de la volonté.

Quels sont les avantages que vous avez eus dans ce métier ?

Ce métier m’a beaucoup apporté. Grâce à cette activité, j’ai pu voyager dans plusieurs pays africains, au Maroc pour une foire artisanale, en Afrique du Sud, au Rwanda et plusieurs fois au Sénégal pour exposer mes produits. J’ai aussi suivi beaucoup de formations et tissé de nombreuses relations.

On ne cherche pas l’argent seulement. Quand on travaille avec sérieux et confiance, les gens finissent par vous faire confiance et vous aider.

Un mot pour les consommateurs pour acheter et consommer local ?

Nous demandons à la population de nous faire confiance. Nous ne pouvons pas produire des aliments de mauvaise qualité. Nous invitons tout le monde à consommer nos produits locaux. Achetez local pour encourager ceux qui veulent se lancer dans cette activité.

Merci beaucoup.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info

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