Empruntons au Québec ce dicton de sagesse qui nous rappelle que « c’est au bout du fossé que l’on voit enfin le bout du pré », tant il est vrai que la semaine qui s’ouvre ce 20 avril s’inscrit dans le sillage d’un crépuscule fertile, véritable prélude à une Ve République qui, tel ce pré, nous guide en pèlerinage vers le sanctuaire de la normalité institutionnelle.
Cette quête, disons ce sacerdoce, exige de rompre avec les ombres du déni démocratique pour consacrer enfin le respect absolu de la vie en sa sacralité. Dans cette marche résolue, notre pays ne saurait s’offrir le luxe de l’amnésie ni céder aux sirènes de l’ostracisme envers ses esprits les plus féconds, car une nation qui se prive de ses talents par simple calcul partisan est une nation qui s’atrophie.
Oui, disons-le ! À l’heure où s’esquissent les plans de notre nouvel édifice, notre aspiration profonde appelle au retour des plus valeureux architectes afin que l’espérance demeure une force agissante.
Partout ailleurs, le principe veut que la République rassemble son intelligentsia et ses as pour épauler les grands commis dans l’œuvre de refondation. Et la sagesse de nos bergers ne dit pas autre chose lorsqu’elle enseigne qu’« on ne laisse pas le troupeau sans guide sous prétexte qu’il a traversé des zones d’épines, puisque les cicatrices du passé sont les parchemins où s’écrit la science du pouvoir. »
Cette science, Alhoussein Makanéra Kaké l’a cultivée dans l’arène politique et il a prouvé sa capacité à résister aux tempêtes pour préserver l’édifice.
De son côté, Tibou Kamara déploie une trajectoire marquée par une haute exigence intellectuelle, car ce journaliste de talent devenu ministre d’État a bravé les vents contraires au sommet de la pyramide avec une finesse qui force le respect.
Ces deux hommes d’État, et d’autres que je n’ai pas cités ici, demeurent des ancres indispensables, parce qu’Abraham Lincoln a raison d’affirmer qu’« une maison divisée contre elle-même ne peut subsister. » Encore de même !
Nos institutions demeurent des coquilles vides sans le souffle sacré de l’État qui impose la rigueur du protocole et l’orthodoxie administrative.
Demain, le Sénat siégera en gardien de l’intérêt général. Ben oui, encore ! L’exemple de Lansana Kouyaté, mandaté par la CEDEAO auprès de l’AES, prouve que l’inclusion des talents est une boussole mariant expertise et sang neuf. Donc, solliciter ces grands serviteurs est enrichissant, d’autant qu’en politique, comme sur les terres lointaines du Québec, si le fossé de nos divisions fut profond, il ne doit être qu’une transition nécessaire.
Ceci étant, rappelons nos bâtisseurs ! Franchissons enfin cette limite pour que l’horizon de la République se dégage au cœur d’une démocratie retrouvée, puisqu’il est vrai que c’est seulement après avoir longé la rigueur du fossé que l’on mérite la clarté du pré, cette étendue de paix où l’avenir, enfin, peut s’épanouir en toute liberté.
Par Alpha Abdoulaye Diallo, in Le Populaire du 20 avril 2026